La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Un sacré bordel
| 03 Mai 2020

Edouard Philippe en veut à Emmanuel MacronBeaucoup croient que les échanges entre un Président et son Premier ministre sont toujours calmes et civils. Il n’en est évidemment rien, surtout en période de crise. Les nerfs sont à vifs, les enjeux énormes, les responsabilités écrasantes. À preuve, ce violent échange qui a eu lieu la semaine dernière dans le Jardin d’hiver de l’Élysée. Si violent et si peu discret que sa retranscription a atterri à délibéré dès le lendemain.

— Pas question. Tu m’entends bien Édouard, il n’en est pas question une seule fraction de millième de seconde ! Tu donnerais l’image d’un rat qui quitte le navire.

— Un rat ? Merci pour l’image, Emmanuel.

— Bon, un capitaine si tu veux. Tu sais, comme le commandant du Costa Concordia qui, après le naufrage à Giglio…

— Sauf qu’en l’occurrence ce n’est pas moi qui ai foutu le bateau à la côte. Tu as vu les chiffres ? Tu les sens monter, les émeutes dans les banlieues ? Tu la vois, l’ambiance à Pôle Emploi ? Et les gens privés de vacances cet été ? Et la rentrée sociale ? Et le pognon de dingue qu’il va falloir mettre dans les entreprises ? Excuse-moi, mais après avoir défendu la réforme des retraites et celle du chômage, je ne me vois pas baisser ma culotte jusqu’aux chevilles. Je te le dis clairement : ma décision est irrévocable.

— Ta culotte ? Tes chevilles ? Mais on s’en fout, mon pauvre Édouard. C’est dans les moments graves qu’on voit les vrais hommes d’État. Laisse-moi te dire ceci à mon tour : ta démission te grillerait pour le restant de tes jours.

— Eh bien, vire-moi.

— Mais pour mettre qui à la place ? L’allumé de Pau ? Xavier Bertrand ? Cette montgolfière de suffisance de Bruno Le Maire ?

— Tu vois, tu as le choix.

— Toi aussi : soit tu pars la queue basse et tu es mort, soit tu restes et tu fais le boulot.

— On a besoin de moi au Havre.

— Je ne te connaissais pas ce talent de comique.

Edouard Philippe

— Eh bien, je crois que tout est dit. Ma démission sera sur ton bureau dans une heure. Tu peux en faire des confettis, voire pire, le résultat sera le même.

— Tu es un lâche !

— Quoi ?

— Un lâche.

— Et toi tu n’es qu’un petit connard arrogant. Et je t’emmerde. Va te faire foutre !

— Tu t’entends ? Non mais tu t’entends ? Je crois que tu as perdu la tête, mon pauvre Édouard. Mais je te pardonne, on subit une pression énorme, c’est vrai. Quand même, vu le bordel qui nous attend, il y aura largement du boulot pour deux. Tiens, fais-toi donc porter pâle une semaine, dis que tu as le Covid ou je ne sais pas quoi. Après, tu reviendras frais comme une rose.

— Non, c’est fini pour moi. Je peux épeler si tu ne comprends pas. Bonne chance, Emmanuel.

— Bon. Euh… Tu as le portable de Xavier Bertrand?

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