Les choix de délibéré – 11 janvier 2017

LIVRES

 

Revel rewind

Jean-François Revel, esprit fin disparu il y a dix ans, revient faire un tour parmi nous en se glissant dans un Abécédaire tout juste paru, qui galope de « Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira ! » jusqu’à Zeugma. Mario Vargas Llosa signe la préface, Philippe Meyer la postface. Entre les deux, un choix de textes de Revel établi par Henri Astier, Pierre Boncenne et Jacques Faule. À l’entrée Critique Littéraire, cet avertissement : « Les grandes oeuvres, à l’instar des reines qui font régulièrement exécuter à l’aube leurs amants d’un soir, étendent avec ponctualité raides morts sur le terrain leur ration périodique de cadavres critiques. » Nous n’ajouterons donc pas un mot de plus. EL

L’Abécédaire de Jean-François Revel, Allary Editions

 

Dernier souffle

Respiration artificielle, de Ricardo Piglia, traduit de l'espagnol (Argentine) par Antoine et Isabelle Berman, André Dimanche, 2000« Y a-t-il une histoire ? » C’est ainsi que s’ouvre Respiration artificielle (1980), œuvre indispensable de l’Argentin Ricardo Piglia, qui vient de nous quitter. L’histoire familiale du jeune écrivain Emilio Renzi, alter ego aussi évident que mensonger de l’écrivain, s’entrelace avec l’histoire agitée de son pays, à un moment où les mots peinent à être dits. Troué de silences et d’ellipses, le roman est tissé à partir de bribes de lettres échangées entre Renzi et Marcelo Maggi, l’oncle qui sort de l’ombre pour rectifier l’histoire officielle. Dès les premières pages, il met en garde son lecteur, et par la même occasion celui du roman : « Tout est apocryphe ». (Lire la suite) MDC

Respiration artificielle, de Ricardo Piglia, traduit de l’espagnol (Argentine) par Antoine et Isabelle Berman, André Dimanche, 2000.

 

2017, année de l’ailleurs

Des mineurs escaladent une tour gigantesque pour aller creuser la voûte du ciel. Une hormone K, supposée sauver la victime d’un grave accident, décuple sans limite apparente son intelligence au point de la rendre dangereuse. Une linguiste de renom reçoit l’appel d’un colonel pour une rencontre du troisième type… Huit nouvelles SF d’un nouveau talent pour une évasion garantie ! LB

La Tour de Babylone de Ted Chiang, Folio SF

 

BANDE DESSINÉE

 

Ils sont Charlie

Catharsis, de Luz (Futuropolis)La Légèreté, de Catherine Meurisse (Dargaud)Tout juste deux ans après qu’ont été assassinés nos oncles rigolos préférés, ceux qui ne l’ont pas encore fait iront méditer une leçon de vie et de mort – de deuil, donc – auprès de deux de leurs amis et collègues, rescapés du massacre qui ont tenté de survivre à de ces disparitions qui prennent toute la place. Pour exorciser l’horreur, Luz et Catherine Meurisse chroniquent colères, cauchemars ou dépressions de l’après-attentat – rages brouillonnes, rouges sang, vides blancs, qui altèrent leurs traits de plume, deux traits libres et singuliers. Deux chefs d’œuvre qui vous foutent la boule au ventre et le trouble au regard, mais plutôt que des tombeaux, Luz et Meurisse savent répondre à la nuit par leurs armes de lumière. Des éclats de rire évidemment, mais aussi quelque chose comme une grâce, cette grâce qui exalte et qui sauve – par exemple, l’amour pour Luz, les réconforts du sexe et de la tendresse ; la beauté de la nature ou de l’art pour Catherine… Deux quêtes de légèreté, deux chemins de catharsis, contigus l’un de l’autre, et de nos humanités blessées, à jamais en manque de consolation. TG

Catharsis, de Luz (Futuropolis) / La Légèreté, de Catherine Meurisse (Dargaud)

 

FILMS

 

Une histoire à défendre

Héroïne du film : la Sécurité sociale. Ses enjeux, son histoire, aujourd’hui en partie oubliée. Le rôle décisif d’Ambroise Croizat, ministre du Travail communiste du général de Gaulle, qui disait « La retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie » mais aussi « Dans une France libérée, nous libérerons les Français des angoisses du lendemain ». Interviennent des historiens, des sociologues, et puis l’infatigable Jolfred Fregonara, 96 ans, ancien ouvrier, qui évoque avec enthousiasme sa participation à la mise en œuvre, en 1946, des ordonnances fondatrices. Objet aujourd’hui d’attaques violentes, la Sécu doit être racontée, expliquée. Et défendue. Allez donc voir le film de Gilles Perret. NP

La Sociale, un film de Gilles Perret – Calendrier des prochaines projections

 

Monstre transitionnel

Quelques minutes après minuit, de Juan Antonio Bayona, avec Lewis Mac Douglall, Felicity Jones, Sigourney Weaver...Difficile de ne pas redouter argument aussi tire-larmes, pianos et violons compris : le travail de deuil de Conor, enfant martyrisé par ses camarades et élevé seul par sa mère qui agonise d’un cancer. Mais le film double le mélo sur fond d’Angleterre grisâtre d’une aventure fantastique haute en couleurs : un arbre géant et vivant, fabriqué ici à l’ancienne (sur le modèle du King Kong de 1933), entraîne le jeune héros dans ses récits de prince et d’apothicaire, des merveilles d’animation aquarellée, stupéfiants mondes parallèles où le conte de fées se révèle psychanalyse. Car, heureuse surprise, la fable se donne pour morale une initiation à la complexité, aux paradoxes de nous autres humains quand on se confronte à la douleur et à la fatalité – une initiation au tragique, seule vérité de ce monde peut-être. TG

Quelques minutes après minuit, de Juan Antonio Bayona, avec Lewis Mac Douglall, Felicity Jones, Sigourney Weaver…

 

DANSE

 

Faits d’Hiver, sans dérapage

Depuis 19 ans, le festival Faits d’Hiver s’emploie à faire découvrir de jeunes auteurs, à confirmer certains autres et à se déployer dans Paris (7 lieux partenaires) et cette année, en plus, à Gennevilliers. Dans le cadre de « Monuments en mouvements », c’est aussi la Conciergerie qui ouvre ses portes à Yvann Alexandre. Fidèle à ses principes (de la danse contemporaine, de l’écriture et cette année la 1ère édition du festival micro-performance), Faits d’Hiver, organisé par micadanses, rejoint l’actualité avec 7 créations internationales. MCV

Du 12 janvier au 9 février, festival Faits d’Hiver, à Paris et à Gennevilliers, 0172388377 

 

Silence radio

Dans le cadre de la manifestation Silence(s), portée par le Théâtre national de Chaillot et à l’initiative du chorégraphe et danseur Dominique Dupuy, avec la collaboration du Collège International de Philosophie, le Théâtre national La Colline, joue avec nos nerfs d’auditeur. Rien de pire en effet qu’un silence radio ! Blandine Masson fait revivre la mémoire d’Alain Trutat, fondateur de France Culture qui n’a cessé de rappeler que l’art radiophonique est une bataille continuelle avec le silence. MCV

Le 16 janvier à 20h, La Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris 20e

 

INCLASSABLE

 

Un tour à Tours

Écoute Voir « n’est pas un festival de danse. Ce n’est pas un festival de musique. Ce n’est pas un festival pluridisciplinaire. C’est un ensemble de propositions accentuant ou divisant les notions de perception du sensible ». Ainsi Francis Plisson présente la manifestation qu’il programme depuis 9 ans dans une dizaine de lieux de la ville. D’Israel Galván à Laurent Goldring, du quatuor Watt à Thibaud Croisy ou Bernardo Montet : le festival est séduisant. On se laisse donc ravir. MCV

Du 12 au 14 janvier. Réservation à l’accueil du Petit faucheux. Du mercredi au vendredi de 13h à 19h et les jours de spectacles. Renseignements : 02 47 38 67 62

LES CHOIX DE LA SEMAINE

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