La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Coup de vieux sur la Cour d’honneur
| 20 Juil 2015

Coup de vieux sur la Cour d’honneur du Palais des papes où Angelin Preljocaj présente jusqu’au 25 juillet Retour à Berratham, sa nouvelle création. Les danseurs de sa compagnie ne sont pas en cause : leur énergie collective sauve même la soirée d’un néant où la danse semble renvoyée à une fonction strictement illustrative. Un intrus s’est invité dans la Cour d’honneur et s’y cramponne : le texte. Laurent Mauvignier, son auteur, a déjà travaillé avec Preljocaj. Ce dernier avait imaginé un ballet à partir de Ce que j’appelle oubli, où Mauvignier revenait sur un fait-divers : le meurtre d’un jeune-homme dans un supermarché. Et cela fonctionnait plutôt bien.

Retour à Berratham © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Retour à Berratham © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Retour à Berratham est en revanche une pure fiction, une fable pour adultes, une histoire de viol et de meurtre dans une Europe en guerre. On peut nourrir quelques doutes sur l’authenticité de son souffle littéraire. D’autant que les trois acteurs auxquels Preljocaj a fait appel le déclament façon tragédie signifiante. Les mots qui s’insinuent partout relèguent les corps au rôle de faire-valoir. C’est à peu près aussi pénible qu’une cérémonie officielle avec discours. Ce grand retour en arrière esthétique, d’autres avant Preljocaj l’ont expérimenté au même endroit. On se souvient, il y a près d’un quart de siècle, d’un Dom Juan revu par Jean-Claude Gallotta et plombé jusqu’au ridicule par un livret aussi bavard que superflu. Il y a heureusement d’autres façons de marier texte et danse. Antoine et Cléopâtre, le spectacle que Tiago Rodrigues vient de présenter à Avignon, est interprété par deux danseurs qui n’arrêtent pas de parler. Dans un fascinant mélange de tension et de relâchement, sans une seconde de redondance entre les mots et les gestes.

René Solis
Danse

[print_link]

EnregistrerEnregistrer

0 commentaires

Dans la même catégorie

La danseuse inconnue

À partir d’une image acquise dans une vente en enchères, un voyage dans le temps à la poursuite de Marina Semenova, icône de la danse classique au temps de l’Union soviétique.

La Pavlova

Elle fut la première véritable diva du ballet. La star des tsars. Mondialement connue elle contribua à faire passer la danse de l’artisanat à l’industrie du rêve. Un livre, signé Martine Planells, retrace la vie d’Anna Pavlova, danseuse et chorégraphe de légende.

Bailographies à Mont-de Marsan

La 31e édition du festival Arte Flamenco de Mont-de-Marsan s’est tenue du 2 au 6 juillet. Programmation de qualité, mélange générationnel, la manifestation ne s’essouffle pas. En prime, une très belle expo photo signé Michel Dieuzaide.

Maguy Marin ou l’urgence

Œuvre d’amour, d’admiration, Maguy Marin : l’urgence d’agir, le film de David Mambouch sur sa mère chorégraphe n’a rien de convenu. Le réalisateur travaille l’épaisseur et la densité du vécu, sait laisser parler, prend lui-même la parole. Et l’on sent qu’il y a, de son côté, une exploration des origines, que le ballet May B, conçu par Maguy Marin alors qu’elle était enceinte de lui, est pour lui un second ventre maternel. 

Christian Rizzo en terre de lumière

Dans Une maison, sa nouvelle création, Christian Rizzo convie quatorze danseurs emportés dans un flux continu de mouvements ponctués par de nombreuses entrées et sorties. On est tantôt sous un chapiteau avec des personnages qui portent des chapeaux pointus, turlututu !, dans une boîte de nuit pour un slow, dans une mascarade basque, dans un carnaval masqué où les mains se saisissent pour une ronde et autres farandoles. Le spectacle, créé après résidence à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, part pour une tournée internationale avant qu’on ne le retrouve en France avec de nombreuses dates l’an prochain et en ouverture du prochain festival Montpellier Danse en juin. (Lire l’article)