Beauté fatale

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Rien n'est beau que le laid, seul le laid est aimable, disaient, dit-on, les romantiques français du XIXe. Le monde est horriblement et terriblement beau, semblent répondre les photographes de Visa pour l'image 2018. D'une série de photographies à la suivante, revient l'horreur du monde déclinée sous toutes ces formes, la guerre, l'exode, le massacre des hommes et aussi des animaux et de la nature, la maladie et la contagion, autres formes de la violence économique.

Et (Et pourtant ?) chaque photographie est d'une beauté renversante, chacune déclinant des éclats de couleur vives qui jaillissent sur des fonds ocres ou sombres, certaines prenant la forme d'un tableau abstrait (on se rapproche : mais non, c'est un abattoir photographié par Georges Steinmetz dans sa série Big Food), d'autres semblant un tableau de maître (ce jeune homme renaissance dans l'encadrement d'une porte – tout ce qui reste de chez lui –, c'est un détail d'Alep documenté par Noël Quidu, et le même nous montre un improbable Delacroix où dans les ruines des ruines de Palmyre trônent des soldats en armes). D'un tableau à l'autre, d'une couleur à la suivante, on finit par s'interroger sur le sens de cette beauté : est-elle là pour attirer, pour nous obliger à voir ce dont nous détournerions volontiers le regard, ou pour nous protéger comme des lunettes de soleil qui, faisant écran entre nous et le mal, nous permettent de le regarder ?

Pour se poser ces questions, ou d'autres, pour voir le monde comme on peut et peut-être plus qu'on ne peut, pour écouter avec les yeux les artistémoins de notre temps qui parlent avec des images, il faut aller à Perpignan au 30e festival international du photojournalisme.

Sophie Rabau
Guide

Visa pour l'image, festival international du Photojournalisme, Perpignan, jusqu'au 16 septembre