Finement con de nuit

      puisqu’on ne peut plus qu’on n’en peut plus après vingt-et-une heures traverser la rue
      j’arrive chez mes voisins avec mes cordes et mes tuyaux de poésie d’improvisation de composition instantanée
      ils me reçoivent au fond de leurs pantoufles et me donnent presque tout ce qu’ils ont là-dedans
      c’est un désordre coloré de nourritures d’alcools et de paroles où l’enfant rajoute deux verres brisés sur le sol bleu
      les chats s’y poursuivent entre les meubles l’un s’appelle la vie l’autre la mort la mère dit que c’est la même portée
      je fais là-dessus avec les cordes que je pince et les tuyaux dans lesquels je souffle du mickeymousing
      (pour ceux qui ne connaîtraient pas le terme il désigne de la poésie qui court quand le cœur court et s’arrête quand il s’arrête rien de plus simple voyez-vous)
      ma musique intérieure envahit l’écran du salon l’enfant rit les parents s’exclament quel charmant voisin
      mais soudain je vois tomber le visage du père et je l’entends demander un peu plus de temps je compose un silence instantanément
      (tomber le visage je l’ai dit sans y penser mais il me revient que je l’ai lu dans Requiem d’Anna Akhmatova
      Et j’ai appris comment tombent des visages, écrit-elle, et ce verbe tomber en russe renvoie à la chute des feuilles je crois)
      la mère dit qu’elle n’aura bientôt plus de son mari que les variations elle le regarde et l’enfant elle pleure et par mes cordes et mes tuyaux
      je me demande ce que Bach aurait fait des variations Goldberg sans le thème je ris à l’absurdité pour échapper à la tristesse du sens
      que puis-je faire tenez répond la mère emportez ces restes de tarte j’ai prévu beaucoup trop je prévois toujours trop j’ai peur qu’on manque
      l’enfant me tend une girafe un requin et Batman par la fenêtre la tour Eiffel semble un hiéroglyphe égaré
      pourtant je doute qu’il y ait jamais eu de grand texte enveloppant le monde comme un lange et dont ne resteraient que des haillons
      je descends dans la pénombre jusque chez moi avec mes cordes et mes tuyaux de poésie d’improvisation de composition instantanée et les restes de tarte
      tout cela sur la table je m’installe au piano qui remonte en noir et blanc le temps bien au-delà vous le voyez de mon arrivée chez les voisins

Finement con de nuit - Microscopies © Frédéric Teillard

Frédéric Teillard
Microscopies

Soleil © Frédéric Teillard

Le déjeuner sur l’herbe

6 décembre 2019
Sardines - Se souvenir de Jonas (Microscopies) © Frédéric Teillard

Se souvenir de Jonas

20 décembre 2019
Ombres © Frédéric Teillard

Par notre ombre portés

3 janvier 2020
Métro © Frédéric Teillard

Car si pitié de nous pauvres avez

24 janvier 2020
Idéaliste cherche complice © Frédéric Teillard

Seul avec tous

8 février 2020
Microscopies : Trois destins du beau © Frédéric Teillard

Trois destins du beau

23 février 2020
Café de l'Espérance - Attendre hors-sol © Frédéric Teillard - Microscopies

Attendre hors-sol

8 mars 2020
Résistances © Frédéric Teillard - Microscopies

Résistances

22 mars 2020
Photographie. Sauvons les mers, les océans © Frédéric Teillard

Sauvons les mers, les océans

6 avril 2020
Au carrefour du présent (Microscopies) © Frédéric Teillard

Au carrefour du présent

19 avril 2020
Sous le ciel toujours bleu © Frédéric Teillard

Sous le ciel toujours bleu

3 mai 2020
À quatre mains © Frédéric Teillard

À quatre mains

17 mai 2020
Éloge du glissement © Frédéric Teillard

Éloge du glissement

31 mai 2020
Tenir lâcher tenir lâcher tenir © Frédéric Teillard

Tenir lâcher tenir lâcher tenir

14 juin 2020
Microscopies © Frédéric Teillard

Oui, mais vite

28 juin 2020
Microscopies © Frédéric Teillard

Mise au point

12 juillet 2020
Microscopies © Frédéric Teillard

Au cœur de l’estivant

2 août 2020
Microscopies © Frédéric Teillard

Regarder les gens (1)

31 août 2020
Microscopies © Frédéric Teillard

Regarder les gens (2)

30 septembre 2020
Microscopies © Frédéric Teillard

Sur le pont

6 octobre 2020
Finement con de nuit - Microscopies © Frédéric Teillard

Finement con de nuit

23 octobre 2020
Une saison d'élégie - Microscopies © Frédéric Teillard

Une saison d’élégie

5 novembre 2020
Comment résister - Microscopies © Frédéric Teillard

Comment résister

21 novembre 2020