Les dossiers de la scène : l’affaire Wikileaks

Pale Blue Dot. Texte et mise en scène Étienne Gaudillère. Photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Pale Blue Dot. Texte et mise en scène Étienne Gaudillère. Photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Wikileaks, Bradley Manning, Julian Assange… dans le flux continu de l’information, les mots sont à la fois familiers et flous. C’était quand déjà ? Et Julian Assange, qu’est-ce qu’il devient ? Au fait, pourquoi faire une pièce de théâtre avec ça ? Quels fils tirer ? Qui ça peut encore intéresser ? Ça a en tout cas intéressé le metteur en scène Étienne Gaudillère, qui a fait de cette histoire la matière de Pale Blue Dot, son premier spectacle, créé en 2016 et présenté cette année au festival d’Avignon. Une plongée dans l’histoire récente – l’année 2010 –, avec le désir d’y voir clair mais pas de faire un cours d’histoire  : ce qui intéresse Gaudillère, c’est l’articulation entre l’intime et le planétaire, avec deux personnages principaux : le soldat Manning, qui s’emmerde dans le désert irakien, chatte sur Internet, et va balancer des dizaines de milliers de documents confidentiels, et Julian Assange, fondateur de Wikileaks et chevalier blanc de la liberté d’informer, rattrapé par la mégalomanie et la paranoïa.

Pale Blue Dot. Texte et mise en scène Étienne Gaudillère. Photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Pale Blue Dot. Texte et mise en scène Étienne Gaudillère. Photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Le spectacle va et vient entre leur histoire et la succession des événements, et s’intéresse à la façon dont un clic peut changer le cours du monde. Il le fait sans manichéisme : pas sûr que les propos d’Hilary Clinton soient aussi ridicules que ce que l’on pourrait croire, ni que les scoops de Wikileaks aient la portée qu’on leur a prêtée. Images d’archives, bande-son entièrement composée de musiques de l’année 2010, scènes reconstituées à la Maison Blanche, à la rédaction du Guardian à Londres ou dans une boîte de nuit de Stokholm, Pale Blue Dot s’amuse à multiplier les approches et parfois les digressions, et ne recule pas devant la caricature. Mais si la forme ne se prend pas au sérieux, les enjeux dramatiques et politiques sont bien là. Le spectacle s’ouvre sur l’histoire de Namir Noor-Eldeen, photographe irakien de l’agence Reuters, tué par des tirs provenant d’un hélicoptère américain à Bagdad en avril 2007. La vidéo de cette « bavure » – plutôt un crime de guerre délibéré – est le premier document envoyé par Manning à Wikileaks, et voir ces images projetées en grand écran sur une scène de théâtre, est parfaitement glaçant. Le spectacle se termine par les premières manifestations anti Ben Ali en Tunisie, à l’aube du « printemps arabe ». Quant au Pale Blue Dot, le point bleu pâle du titre, il renvoie à une photographie de la Terre prise par la sonde Voyager en 1990. Et à un livre, écrit à partir de cette photo par l’astronome américain Carl Sagan, peu avant sa mort en 1996. Où il écrit : « On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule ».

René Solis
Théâtre

Pale Blue Dot, une histoire de Wikileaks, mise en scène d’Étienne Gaudillère, Festival d’Avignon, Gymnase du Lycée Mistral jusqu’au 24 juillet ; Théâtre Firmin Gémier/La Piscine, Châteany-Malabry les 11 et 12 octobre ; Les 2 Scènes, Besançon, du 16 au 18 octobre ; Théâtre de Villefranche-sur-Saône, les 14 et 15 janvier 2019 ; Le TU-Nantes, du 5 au 7 février.