Les conquêtes de l’espace
Au commencement de la peinture, il y a l’espace. Le peintre se préoccupe de placer ce qui sera le point de fuite et cette ligne qui marquera l’horizon puis de tracer le plan quadrillé qui transformera la surface de sa toile en un espace illusoire : une perspective. La figure ne viendra qu’en second et détournera le regard du spectateur. Mais il arrive qu’elle ne vienne pas, que la scène demeure déserte et que l’espace ait alors tout loisir de déployer aux yeux ses artifices et les rigueurs de ses géométries. Artifices et géométries dont deux artistes exposées à la galerie de Roussan s’emparent : Juliette Mogenet et Claire Trotignon. (Lire la suite)
Un poison nommé culture française
Les éditions Exils publient la traduction française d’un pamphlet espagnol datant de 1980. Où l’auteur tire à boulets rouges sur la culture française : “J’en suis arrivé peu à peu à la certitude que le pire malheur, parmi tous les malheurs qui ont affecté la culture européenne, est qu’un pays aussi peuplé que la France se soit trouvé presque exactement au centre du continent.” De Corneille à Sartre en passant par Voltaire ou Flaubert, aucune icône n’échappe au canardage, étayé par une citation de Schopenhauer : “De même que l’Asie a les tigres, l’Afrique les singes, nous autres, en Europe, nous avons les Français.” Qui aime bien châtie bien ? (Lire la suite)
Du Lambeau, de Philippe Lançon
Comment trouver l’envie et la force d’écrire lorsque votre corps vous trahit et que l’angoisse vous ronge ? Comment, à l’hôpital, avoir encore l’humour, la poésie, l’élégance et la lucidité que nécessite un travail d’écriture ? Très peu d’auteurs sont parvenus à nous renseigner vraiment sur le monde depuis leur lit de souffrance et d’inquiétude, sous les néons tristes, parmi les infirmières pressées ou empressées. Et bien moins encore ont réussi à faire de cette expérience le catalyseur d’une littérature plus puissante, une littérature des limites. Avec Le Lambeau, Philippe Lançon vient d’entrer dans ce club terrible dont les membres ne se comptent probablement que sur les doigts d’une ou deux mains. (Lire l’article)
Les histoires communes de Valérie Mréjen
Le lieu commun, bien sûr, c’est le banal, c’est ce qu’on dit trop et sans y penser, une expression prête à l’emploi et que, pour cette raison, on croit souvent vide de sens : celui qui parle par lieux communs est alors considéré comme celui qui parle “pour ne rien dire”. Rien n’est plus faux. Parce qu’il est partagé, parce qu’il est un terrain connu, parce qu’il tait l’essentiel mais le laisse deviner, le lieu commun parle souvent bien mieux que tous les “lieux propres”. Et Valérie Mréjen a le génie de réhabiliter les lieux communs et l’exposition qu’elle présente actuellement à la galerie Anne-Sarah Bénichou le démontre une fois encore. (Lire l’article)
J12 – Winter is coming
Pour son élection, François Hollande se faisait fort de rendre l’espoir aux Français. Trois ans plus tard, seuls le conservent ceux qui croient aux miracles économiques, les prophètes de la Croissance providentielle qui font passer la méthode Coué pour du volontarisme et psalmodient en prières publiques leur “aide-toi, la finance t’aidera”. Mais d’espoir social ou économique, point. Alors, délaissant emploi et pouvoir d’achat, Manuel Valls a donné cette semaine une autre orientation à la stratégie gouvernementale : l’espoir footballistique. En laissant entendre – avant de démentir – que le FC Barcelone pourrait intégrer la Ligue 1 en cas d’indépendance de la Catalogne, le premier ministre n’a pas fait que courtiser cet électorat populaire que sa politique lui vaut de perdre : il a redonné l’espoir au supporteur français, en plein marasme de la douzième journée de championnat. Car en ce week-end de fête des Morts, la Ligue 1 a revêtu ses plus sinistres atours. (Lire l’article)
Le savoureux théorème du juge Brann
Les 37 pages du jugement rendu par le juge fédéral de Pennsylvanie pour rejeter les plaintes déposées par des électeurs républicains ou les avocats de Trump constituent un petit bijou d’argumentation logique. L’humour en prime.
Jonathan Capdevielle en construction
Au Festival d’automne, Jonathan Capdevielle a présenté deux spectacles. Après À nous deux maintenant, adaptation du roman de Georges Bernanos Un crime, l’acteur-danseur-chanteur-metteur en scène reprend au Théâtre du Rond-Point à Paris Adishatz/Adieu, un solo créé en 2009. Une heure étonnante, où l’interprète retourne en adolescence pour convoquer sur scène les voix et les fantômes de plusieurs de ses proches et raconter un pan de son histoire. (Lire l’article)
David Mitchell pour les patients en fin de campagne électorale
Le 7 mai 2017, ce sera la fin, enfin, d’une interminable campagne électorale qui n’aura, au bout du compte, accouché que d’une jeune souris en marche et aux dents longues. Notre service de médecine littéraire vous accompagne pour vous aider à passer au mieux ce tout dernier cap. C’est un très gros livre écrit par un Anglais, David Mitchell, mais l’aspect massif du traitement ne doit pas vous effrayer. Vous l’entamerez le 7 mai au réveil : au lit, c’est une journée où toute activité dynamique et constructive est à proscrire. (Lire l’article)
Einsenstein le terrible
Dans la foulée de la récente exposition sur Eisenstein au Centre Pompidou de Metz et du catalogue publié à cette occasion, retour sur des épisodes clés de la carrière du cinéaste, notamment sa rivalité avec Dziga Vertov, autre « géant » du cinéma soviétique.
Création à la Philharmonie
Qui ne connaît le grand chef d’orchestre Jacques Ouphaine ? En revanche, on connaît moins le compositeur et à quel point il est aussi un immense trompettiste.
Ibsen à la source
Enseignant, metteur en scène, germaniste, Éloi Recoing a traduit sa première pièce d’Ibsen en 1992, alors qu’il ne savait pas encore le norvégien. Il s’est rattrapé depuis et Un ennemi du peuple est la septième pièce d’Ibsen qu’il traduit pour les éditions Actes Sud-Papiers. Ses traductions sont toujours un plaisir à lire et à entendre, elles coulent de source.
Mort d’un consonantiste
Le monde de l’édition perd en la personne d’Aimé Oiseau un de ses représentants les plus singuliers. Toute sa vie, il aura défendu l’écriture consonantique, ne récoltant souvent que l’incompréhension, voire l’hostilité, de ses professeurs d’abord, puis de ses pairs.
Dora Maar, regards
Le Centre Pompidou accueille jusqu’à fin juillet une grande rétrospective de l’œuvre de Dora Maar (1907-1997). Si son travail pictural ne convainc guère, sa production photographique, qui passe allégrement d’un genre à l’autre, est magnifiquement mise en valeur. (Lire l’article)
Je t’aime, moi non plus
La philosophie et les maths – en premier lieu la logique, mais pas seulement – entretiennent depuis l’antiquité des rapports passionnels aigres-doux, forgés d’amour vache, d’attentes mutuelles souvent excessives et donc insatisfaites, et de communication plus ou moins efficiente. Le temps où le nombre, seule essence réellement immuable et divine, s’érigeait en système du monde est révolu. Un divorce donc ? Peut-être, mais il faut bien garder les enfants, dont il est pléthore. (Lire l’article)
De l’art d’être banal
Il existe une catégorie essentielle de secrets pour chacun de nous : ceux qui nous permettent de prouver notre identité sur Internet – mots de passe, codes confidentiels, réponses à des questions secrètes. Si nous laissons échapper ces secrets, alors n’importe qui peut se faire passer pour nous. Il existe des recommandations de bon sens : utiliser des mots de passe complexes, jamais deux fois le même, ne jamais les confier à un tiers, utiliser un “coffre-fort à mots de passe”. Force est de reconnaître que nous n’appliquons que rarement ces recommandations, dont certaines sont d’ailleurs contre-productives. Parlons-en un peu. (Lire l’article)
Top 50 du JDD
Notre confrère Le Journal Dit du Manche publie cette semaine le baromètre 2024 des obsédés...
L’imaginaire turbine à Saint-Étienne
La 10e Biennale de design, produite par cette ville en mutation, trime sur les « Mutations du travail ». Terminée la division équilibrée entre temps de labeur, loisirs et sommeil, le boulot s’immisce partout. Robots, plateformes collaboratives, domicile connecté au bureau, coworking, micro boulots, les jobs se transforment sous nos yeux, le design avec. L’exposition, telle un flux digital continu, traque toutes les effets du « digital labor ». Serons-nous des post humains robots, des adeptes des Tiers Lieux collectifs, ou complètement libérés du labeur ? (Lire l’article)
















