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Montpellier Danse, édition spéciale female (2)
| 02 Juil 2015

Après l’ouverture “tout en amour” de Bouchra Ouizguen, le festival Montpellier Danse révèle encore des corps complètement remodelés par la question du genre et des positions politiques qu’elle implique. Phia Ménard, qui fut le jongleur Philippe Ménard, en est l’exemple le plus criant. Se plaçant cette fois en position d’auteur par rapport à ses précédentes pièces, elle met en scène cinq “rageuses” (c’est ainsi qu’elle les nomme) occupées à soigner tout spécialement des princes et autres patriarches. Avec P.P.P. (Position Parallèle au Plancher) en 2008 aux Subsistances à Lyon, elle jongla avec des boules de glace alors que des stalactites menaçaient en fondant de lui percer le crâne. C’était à l’orée de sa transformation d’homme en femme et, pour parler vulgairement, on peut dire qu’elle s’y gelait les couilles. Ensuite, elle a fait voler des sacs en plastique, explorant le souffle, le vent.

Belle d'hier, de Phia Ménard. Photo © Jean-Luc Beaujault

© Jean-Luc Beaujault

Dans sa nouvelle pièce Belle d’hier, expression employée pour désigner les vieilles bagnoles, devenue femme et féministe, elle fait fondre les figures patriarcales dominantes. Congelées dans des réfrigérateurs en fond de scène, puis transportées sur le devant, les poupées de glace, qui représentent l’ordre (militaire, politique, religieux), vont se liquéfier pour n’être plus que des dépouilles, des serpillères pour des Cosettes d’un nouveau genre. Du très froid au très chaud, jusqu’au hammam et ses vapeurs, la formule fonctionne, avec un petit côté “Phia Ménard en son harem” qui s’estompe heureusement vite.

Pour Phia Ménard, née fils d’ouvrier sur les chantiers navals de Nantes, il s’agit de sauver ce qui peut encore l’être. “En nous donnant la vie, explique-t-elle, on nous promet à la mort avec l’idée que nous pourrions nous en sortir si ‘un prince’ venait nous sauver”. C’est de l’idéalisation de l’autre, du ‘sauveur’ dont il est question. L’autre ne viendra pas. Et Phia Ménard, avec beaucoup de courage ou, en tout cas, de détermination, s’impose, mèche rousse, fleurs dans les cheveux, provocatrice croisant les jambes pour mieux narguer les forces de l’ordre. Belle d’aujourd’hui avec ses rageuses assez costaudes pour porter des blocs de glace et joyeuse bande de filles.

Marie-Christine Vernay

Montpellier Danse, jusqu’au 9 juillet

PS : Phia Ménard prépare Sue, un spectacle sur la chaleur humaine qui sort du corps. Elle a initié avec la philosophe Beatriz Preciado un travail sur le genre et les humeurs. Elle dialogue également avec la critique Anne Quentin pour l’édition d’un Manifeste artistique du genre.

Le calendrier des tournées est disponible sur le site de la compagnie Non Nova.

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