La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

The Naked Director
| 09 Juin 2022

Scandaleux, pratique, tristement banal… Les films pornographiques sont accessibles en un clic. Mais si tout le monde regarde du X, il reste difficile de parler de sexe à l’écran. Depuis quelques années, pourtant, les producteurs de séries s’aventurent sur le sujet. Pas pour proposer des supports masturbatoires en épisodes, plutôt pour envisager le sexe en tant que sujet.

Steve Jobs en slip

Ovni entre tous, The Naked Director raconte l’ascension chaotique et néanmoins déterminée de Toru Muranishi (Takayuki Yamada), qui, dans les années 1980, révolutionne l’univers du porno.

Takayuki Yamada interprète Toru (ici avec sa grosse caméra)

Takayuki Yamada interprète Toru (ici avec sa grosse caméra)

Entrepreneur du X, ce Steve Jobs nippon en slip (c’est son grand truc, à Toru, se trimbaler en slip kangourou blanc, prêt à dégainer), ce Bernard Tapie du plaisir option punchline (« un type qui passe son temps à montrer son trou du cul ne peut pas être un menteur ») fait preuve de la même prétention que ses camarades des industries classiques. Il est roublard, il n’a peur de rien et affirme sa détermination nuit et jour pour produire davantage.

Mais la différence avec un Steve Ballmer tient probablement à l’activité elle-même: le fait de produire du porno. Les ficelles du bizness et les entourloupes peuvent être les mêmes que chez Procter & Gamble; montrer du sexe reste un métier inacceptable, même au sein d’un capitalisme débridé. En dehors de quelques fans, Toru est seul, il se fait taper dessus par chacune des strates de la société nippone depuis les ligues bien pensantes, les médias, la police ou encore les yakuzas. À l’inverse de Ballmer ou Jobs, Toru, lui, ne peut pas compter sur le monde des affaires (il passera d’ailleurs un deal avec un obscur gourou, les deux hommes se retrouvant dans leur volonté de « changer le monde » et leur goût pour les liasses de yen).

Outsider et belles images

La réussite de The Naked Director s’ancre dans deux points particulièrement réussis. Le ton (la comédie) et l’angle (l’ascension d’un entrepreneur qui développe le monde du porno) maintiennent tout au long des deux saisons un cadre souriant au sein duquel l’outsider Toru inspire la sympathie.

L'actrice Misato Morita prête son innocence provocatrice au premier rôle féminin de The Naked Director.

L’actrice Misato Morita prête son innocence provocatrice au premier rôle féminin de The Naked Director.

Il faut également rendre hommage à la photographie: de très belles images, des éclairages très travaillés – exactement a contrario du porno de l’époque. Enfin, le nu et les images pornographiques tiennent une place globalement juste – c’est quand même le sujet – ni trop, ni trop peu. On imagine la gageure et les batailles qui ont pu se jouer entre productions et réalisation.

The Naked Director, Netflix. Saison 01, 2019. Saison 02, 2021. Co-direction: Masaharu Take.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Dans la même catégorie

11 – Affaires de famille

Les histoires de famille tournent mal en général. Surtout dans les séries américaines. Il y a mille manières de détruire un foyer et autant d’entretenir un brasier, ce qui fait que les séries familiales alignent un nombre conséquent de saisons.

10 – Pour lendemains de cuite

Mal écrites, mal jouées, mal réalisées: ce sont les séries nanars. Il faut en voir quelques-unes pour mieux apprécier les autres. On ne va pas nécessairement jusqu’au bout de la première saison, ni même du premier épisode parfois, mais il est possible d’y prendre un plaisir pervers un lendemain de cuite…

9 – Dystopies

Il reste peu de monde pour prédire que l’avenir sera rose puisqu’il risque fort d’être chaud, affamé, effondré, triste, électroniquement surveillé et populiste. Ceci étant posé, il est utile de savoir précisément à quoi s’attendre. Les séries dystopiques nous y aident.

8 – Professionnels de la profession

Certaines professions sont surreprésentées dans les séries: avocat, médecin, homme et femme politique et bien sûr policier (on croise aussi moult tueurs en série mais cette occupation peut difficilement passer pour un métier). Ces professionnels ont en commun de côtoyer beaucoup de monde, de passer sans cesse d’une affaire à l’autre et d’être aux prises avec une large palette des maux de la société.

7 – Humour en format court

Les sitcoms, pour comique de situation, ne laissent guère aux dites situations le temps de se développer, ni aux intrigues celui de prendre de l’épaisseur. Tout ou presque est dans des dialogues à la mitraillette. Est-ce pour autant un genre mineur dans le monde des séries?