La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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10 – Pour lendemains de cuite
| 16 Jan 2023
Le Gouffre aux Séries. Une plongée bimensuelle dans soixante ans de feuilletons et de séries à la recherche des perles rares et de leurs secrets de fabrication.

Mal écrites, mal jouées, mal réalisées : ce sont les séries nanars. Il faut en voir quelques-unes pour mieux apprécier les autres. On ne va pas nécessairement jusqu’au bout de la première saison, ni même du premier épisode parfois, mais il est possible d’y prendre un plaisir pervers un lendemain de cuite, lorsque nos quelques neurones encore en état de marche ne véhiculent plus que de vagues informations binaires.

La liste est longue puisque l’essentiel de la production mondiale de séries relève soit du consternant, soit du médiocre, ou alors du tout juste passable. Dans le lot, concentrons-nous sur quelques produits qui semblent s’intéresser vaguement à leur sujet, quoique passant largement à côté. La série sud-coréenne Crash Landing on you (tvN et Netflix, 2019-2020) imagine une relation amoureuse entre l’héritière sud-coréenne d’un grand groupe industriel et un officier de l’armée nord-coréenne après que la première, lors d’une balade en parapente, s’est vautrée dans la zone démilitarisée entre les deux pays. Tout est caricatural ici, dans le jeu comme dans le scénario, c’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt de la chose, au moins pour un épisode. Si cette somme de clichés reflète, même de loin, la vision que le sud a du nord, on comprend que les relations soient tendues entre les deux frères ennemis. Mais bon, la romance et le succès de Squid Games, autre série sud-coréenne (honnête celle-là), ont poussé Netflix à reprendre la chose sur son réseau. La bande-annonce donne assez bien le ton.

Partant en gros sabots sur les traces de Lorenzaccio et du Comte de Monte-Cristo, la série américaine Revenge (ABC, 2011-2015) déroule une histoire abracadabrante de vengeance plantée dans un coin chic de la côte Est, les Hamptons. On ne sait trop ce qui nous a retenu (un temps) devant l’écran. L’application avec laquelle est tournée ce scénario insipide ? La critique sociale en filigrane ? La pluie qui tombait dehors ? Notre état de fatigue ?

La série de Marvel Inhumans (ABC, 2017) est une catastrophe intergalactique qui fait passer notre dérèglement climatique pour un incident tout à fait mineur. Nous en épargnant la peine, Wikipédia résume la chose ainsi : « Sur la face cachée de la Lune, la cité d’Attilan cache une communauté d’Inhumains vivant depuis plusieurs générations loin de la Terre. Alors que des Inhumains réapparaissent sur Terre après que des cristaux tératogènes ont été libérés en mer, le règne du roi Blackagar Boltagon est menacé par son frère Maximus ». Le fait est qu’on s’en fout absolument.

Intervilles

La France est une grande pourvoyeuse de séries atterrantes. TF1, France 2 et France 3 s’appliquent à noyer le pays sous un déluge de niaiseries. Il faut croire qu’il y a un public puisque, par exemple, la série « Meurtres à … » (France 3, 2013-aujourd’hui) a déjà déroulé ses scénarios indigents et débité ses clichés à la scie circulaire dans plus de soixante-dix villes du pays, parvenant à réunir entre trois et six millions de téléspectateurs à chaque fois. C’est le concours Intervilles du polar miteux, sans les vachettes hélas. Meurtres à Granville (2021) pourrait bien être le lauréat de ce prix des villes et villages fleuris au nanar mais comme je ne me suis pas tapé toute la série, j’imagine qu’il y a pire.

Le prix de l’obstination va à Le Juge est une Femme (TF1, 1993-2022), 138 épisodes de néant qui ont permis aux scientifiques — et aux téléspectateurs qui ont survécu — de mieux cerner la région formidable du zéro absolu. Rappelons que selon les lois de la physique, le zéro absolu ne peut pas être atteint en utilisant uniquement des moyens thermodynamiques. La zombification totale du spectateur non plus. Laissez-vous aller aux joies du néant avec ça :

Il n’y a pas de remède miracle pour les gueules de bois. Sinon se resservir un verre.

Édouard Launet

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11 – Affaires de famille

Les histoires de famille tournent mal en général. Surtout dans les séries américaines. Il y a mille manières de détruire un foyer et autant d’entretenir un brasier, ce qui fait que les séries familiales alignent un nombre conséquent de saisons.

9 – Dystopies

Il reste peu de monde pour prédire que l’avenir sera rose puisqu’il risque fort d’être chaud, affamé, effondré, triste, électroniquement surveillé et populiste. Ceci étant posé, il est utile de savoir précisément à quoi s’attendre. Les séries dystopiques nous y aident.

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