Il revient

“2017, Année terrible” : chaque semaine, une petite phrase de la campagne des présidentielles passe sous l’hugoscope. Car en France, lorsqu’il n’y a plus rien, il reste Victor Hugo.

François Hollande: "Il revient". Une chronique d'Edouard LaunetDimanche dernier, tard dans la soirée, François Hollande s’est fait ouvrir les portes du Panthéon. Il est descendu dans la crypte en demandant à son garde du corps de ne pas le suivre. Il est entré dans le caveau XXIV et s’est agenouillé devant le cercueil contenant les restes de Victor Hugo. Le micro Oktava MK-319 placé dans les lieux par les services secrets russes a capté ce monologue, que nous avons expurgé des passages ayant trait à l’usage de l’arme atomique.

« Oh mon cher Victor Hugo, je ne sais pas, je ne sais plus. Dois-je y aller ou pas ? Non, pas chez le coiffeur. Mais mon coiffeur peut en témoigner : je ne me suis jamais fait teindre les cheveux, jamais, jamais ! Qu’est-ce que je disais ? Ah oui : il ne me reste que quelques jours pour déposer ma candidature au Conseil constitutionnel. J’ai la nationalité française, j’ai plus de 18 ans, je ne suis pas sous tutelle ni sous curatelle, j’ai rempli les obligations imposées par le code du service national, j’ai toujours fait preuve de dignité morale et j’ai sous le coude un matelas de 500 parrainages, au cas où. Qu’est-ce qui me retient ? Rien, dans le fond. Oui, j’avais déclaré que je n’irais pas, que je ne solliciterais pas le renouvellement de mon mandat, mais je peux très bien arguer du fait que les choses ont changé, que la situation est devenue telle que je suis obligé de me représenter. Après tout, en renonçant, j’avais appelé à un sursaut collectif, j’avais demandé aux progressistes de s’unir pour que la France ne soit pas exposée à des aventures coûteuses et dangereuses pour son unité, pour sa cohésion, pour ses équilibres sociaux. Peut-être l’avez-vous entendu de là où vous êtes, mon cher Hugo, j’avais dit aussi que j’étais conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Mais les choses ont changé là aussi : Christine Angot est prête à voter pour moi !

Et puis avez-vous vu tout ce cirque dehors, en avez-vous eu seulement connaissance ? Fillon au Trocadéro, Macron chez de Villiers, Hamon et Mélenchon au Moai Bleu, et les pitoyables palinodies de Juppé ? J’avais dit que dans les mois à venir, mon devoir, mon seul devoir serait de continuer à diriger le pays en m’y consacrant pleinement et dans le dévouement le plus total à la République. Eh bien mettre un terme à cette chienlit me semble relever de cette mission, et je ne vois qu’un moyen de le faire : en reprendre pour cinq ans. Oui, c’est sans doute mon devoir, c’est probablement mon devoir. Avant tous ces événements, qui ont fait de la campagne une lamentable comédie, s’offrir à la candidature, ce n’était qu’un droit, et l’on peut toujours s’abstenir d’un droit. Aujourd’hui c’est un devoir, et l’on n’abdique pas le devoir. Abdiquer le devoir, c’est déserter. C’est vous-même qui l’avez écrit mon cher Hugo, vous n’allez pas me reprendre là-dessus, surtout dans l’état où vous êtes ! Pardon, j’ai la blague facile.

Oui, je n’aurais pas dû laisser publier ce livre, je n’aurais pas dû dire tout cela. Mais ce qui est dit est dit, et puis l’époque veut de la transparence, elle en a eu pour son argent. Vingt-quatre euros et cinquante centimes, ce n’est pas rien tout de même, il fallait bien que je fasse quelques confidences sur Machin et Truc. Et attention, je n’ai pas tout dit ! Si j’avais dit tout ce que je savais sur Emmanuel Macron, ce jeune homme serait déjà de retour à la banque Rothschild à aider Sofiprotéol à prendre 41% du capital de Lesieur Cristal. Pardonnez-moi, je m’égare encore. Je ne sais pas, je ne sais plus. Mais peut-être savez-vous, vous ? »

Alors la voix de Victor Hugo s’élève :  « Oui, je sais : Sofiprotéol est une société de financement qui intervient dans les filières des huiles et protéines ainsi que dans des secteurs connexes comme la transformation laitière. Quant à Lesieur, vous voyez à peu près j’imagine. D’autres questions ? »

Édouard Launet
2017, Année terrible