Einstein et l’affaire Marilyn

Chefs-d’œuvre retrouvés de la littérature érotique : chaque semaine, Edouard Launet révèle et analyse un inédit grivois ou licencieux, voire obscène, surgi de la plume d’un grand écrivain.

Un collectionneur américain affirme détenir trois lettres (une manuscrite, deux tapées à la machine et signées) qu’Albert Einstein aurait envoyées à Marilyn Monroe. Selon cet homme, le physicien et la starlette auraient entretenu une correspondance de 1949 à 1951. Il prétend même qu’ils se seraient rencontrés. C’est Marilyn qui aurait entamé cet échange en écrivant un jour au savant pour lui demander une photo dédicacée.

Avant d’examiner le contenu de ces lettres, il est nécessaire de s’interroger sur leur authenticité, laquelle n’est pas formellement démontrée à ce jour. À la fin des années 40, Marilyn et l’actrice Shelley Winters partageaient un appartement à Hollywood. La seconde a rapporté dans ses mémoires que la première avait une fascination pour Einstein : le physicien faisait partie – avec Ernest Hemingway, Jean Renoir, John Huston et quelques autres – des hommes avec qui Marilyn aurait aimé coucher. Winters se serait moqué de sa colocataire, lui disant : « Marilyn, aucune chance que tu puisses coucher avec Albert Einstein. C’est le plus célèbre savant du siècle, et en plus c’est un vieux. » Sa colocataire aurait répondu : « Aucune importance, il paraît qu’il est très en forme. »

Monroe avait dans ses maigres affaires de starlette une photo d’Einstein avec cette dédicace manuscrite : « À Marilyn, avec respect, amour et gratitude, Albert Einstein. » Cependant l’acteur Eli Wallach, qui connaissait l’entichement de Marilyn pour le physicien, a affirmé dans une interview que c’est lui qui avait offert cette photo à son amie et que cette dédicace était de sa main ; il aurait voulu ainsi se moquer du béguin de son amie.

Au bout du compte, si une correspondance Monroe/Einstein reste bien improbable (on n’a en tout cas pas retrouvé l’ombre d’une lettre de Marilyn dans les archives d’Einstein conservées à l’université hébraïque de Jérusalem), rien n’exclut la possibilité de son existence.

La première lettre, datée du 17 avril 1949, se résume à ces mots :

Mademoiselle,
Merci de votre courrier du 4 avril dernier. J’aurais volontiers accédé à votre demande si vous n’aviez joint à votre lettre votre propre photo, où je découvre une jeune fille ravissante qui n’a sans doute rien à faire du portrait d’un vieux monsieur comme moi [à l’époque Einstein a 70 ans, Marilyn 20]. Je garderai précieusement votre image mais ne vous encombrerai pas de la mienne. À défaut, je joins à ce courrier une photo du campus de Princeton où je travaille. C’est un endroit calme et charmant.
Bien vôtre,
Albert Einstein

La deuxième, expédiée l’année suivante, semble indiquer qu’une certaine intimité s’est nouée entre les correspondants. En voici deux extraits :

Chère Marilyn,
[…] Non, résumer la théorie de la relativité en quatre phrases m’est impossible, pardonnez-moi. Et ce sont au moins quatre pages qui me seraient nécessaires pour décrire l’émotion qui m’a saisi en découvrant la photo glissée dans votre dernière lettre. Ma première femme Mileva avait des seins pareils aux vôtres, je l’appelais mon petit chameau, Mein kleines Kamel. Moi, en ce moment, je me sens plutôt dromadaire. Et ne me demandez pas de vous expliquer cette histoire de bosses ! […]
Je n’ai plus vraiment la tête à mon travail en ce moment. Je suis vieux, je n’ai plus beaucoup d’idées. Le souffle de jeunesse qui me parvient dans vos lettres m’en donne de nouvelles, mais je doute que celles-là soient susceptibles de faire beaucoup progresser la physique. […]

La troisième, enfin, est la plus étonnante :

Ma petite Mona,
Je ne comprends rien à Hollywood, et vous ne comprendriez certainement pas grand-chose à Princeton. Alors notre enfant, que comprendrait-il de ce pays ? Quel sort ce monde lui réserverait-il ? Vous l’imaginez avec votre beauté et mon intelligence, mais pensez un instant que ce soit l’inverse qui se produise. Je ne veux pas dire par là que je vous considère comme une idiote et que je me vois comme un génie. Si je fascine quelques esprits simples, cela provient sans doute du désir – irréalisable pour beaucoup – de comprendre quelques idées que j’ai trouvées, dans une lutte sans relâche, avec mes faibles forces. Et si beaucoup sont à vos pieds, c’est d’abord à votre beauté que vous le devez, n’est-ce pas ?
Je vous en prie, ne parlons plus de ceci.
Votre,
Albert
Einstein et sa femme Mileva, 1912

Cette dernière lettre tendrait à accréditer la thèse d’une liaison (car la rumeur en court aussi) entre le savant et la starlette. On ne prête qu’aux riches : Marilyn a eu d’innombrables amants et Einstein au moins une dizaine de maîtresses. L’aventure de ce dernier avec la Russe Margarita Konenkova est la plus documentée puisque sa correspondance avec cette femme, épouse d’un sculpteur chargé de faire un buste en bronze du physicien, a été récemment dispersée aux enchères chez Sotheby à New York. Il se trouve que Konenkova était aussi une espionne à la solde de Moscou, comme quoi la vie d’Einstein était plus mouvementée qu’on ne l’imaginait. Alors, dans le fond, pourquoi pas Marilyn Monroe ?

Édouard Launet
Chefs-d’œuvre retrouvés de la littérature érotique

 

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