Notre-Dame de Paris

Signes précurseurs de la fin du monde : chaque semaine, l’Apocalypse en cinquante leçons et chansons. Ou peut-être moins si elle survenait plus tôt que prévu.

L’incendie de Notre-Dame, est-ce le début ou la fin de quelque chose ? Se poser la question dans le cadre de cette chronique, c’est déjà y répondre. Ces flammes en croix (vues du ciel) ne nous disent rien qui vaille. Et pas qu’à nous.

Les cendres n’étaient pas froides qu’une historienne, Fanny Madeline, écrivait dans Le Monde : « L’image de Notre-Dame qui s’embrase apparaît soudain comme la manifestation inattendue mais évidente d’un effondrement. Ce mot, qui est là, dans l’air du temps, qui nous menace et nous projette dans un avenir inimaginable, vient s’imposer pour décrire ce qui arrive à l’un des édifices les plus emblématiques de notre histoire, frappant notre mémoire, ouvrant cette faille temporelle où l’avenir vient percuter le passé. Et là, impuissants devant nos écrans, tout se passe comme si nous assistions à ce que nous ne voulons pas voir : les flammes de Notre-Dame, c’est notre monde qui brûle. C’est l’Effondrement, avec un E majuscule, celui de la biodiversité, c’est la grande extinction des espèces, la fin des démocraties libérales occidentales. »
Il faut croire que la psychanalyse est devenue une sous-branche de l’histoire.

Aujourd’hui les grandes transes collectives – celle qu’a provoquée l’incendie en était une de belle magnitude – sont des enterrements plus que des résurrections. Souvenez-vous : les grandes grèves de 1995 pour le service public, qui n’ont finalement été qu’un adieu. La belle unité nationale après l’attentat à Charlie, en janvier 2015 : elle s’est fissurée depuis comme jamais. En avril 2019, on nous dit que la reconstruction de la cathédrale sera le nouveau ciment de la Nation, quand tout porte à croire qu’elle n’en sera que le chant du cygne. Adieu nos illusions, et bonjour à quoi ? Pour que les émotions nationales soient autre chose que des deuils, il faudrait qu’il y ait quelque perspective. Or nul ne semble en mesure de dessiner un avenir plausible, désirable. Reconstruire Notre-Dame avec une nouvelle flèche ? Bien, mais c’est l’élan qui a présidé à sa construction qu’il faudrait retrouver, laïc et républicain si possible. Remettre un toit à la cathédrale pour refaire de l’île de la Cité le grand spot mondial du tourisme ? Pourquoi pas, mais le projet n’est que moyennement enthousiasmant. « L’avenir est une porte, le passé en est la clé », disait Victor Hugo. On va refaire la clé, parfait, mais il faudrait songer à trouver la porte.

On ne peut pas vivre comme des grenouilles, et cela, c’est Edith Piaf qui nous le dit.

Dans le Paris de Notre-Dame
De Notre-Dame de Paris
Y a un clochard qu’en a plein le dos
De porter Notre-Dame sur son dos
Il se prend pour Quasimodo
Regarde en l’air, la vie qui grouille
Au lieu de faire des ronds dans l’eau
Tu peux pas vivre comme une grenouille
Moitié sur terre, moitié sur l’eau
Moi, je préfère rester là-haut

Édouard Launet
Signes précurseurs de la fin du monde