Épopée

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En juillet dernier, au festival cinématographique de La Rochelle, le jeune réalisateur Emmanuel Gras recevait le prix du cinéma Art et essai pour son film documentaire Makala, sorti en 2017 et ainsi assuré d’une seconde sortie, largement méritée. Sur scène, on parvint à lui arracher environ une phrase et demie : le monsieur est un taiseux. Ses films le sont aussi. Qui parviennent à vous passionner totalement, sensuellement, pour des sujets improbables. Il y eut d’abord la vie des vaches au pré dans le magnifique Bovines, puis, dans Makala, le labeur de Kabwita, charbonnier en RDC. Par charbonnier, entendez abattre l’arbre, le débiter à la main, construire un gigantesque four de terre où il va se consumer pendant un mois, récupérer le charbon de bois, charger une dizaine de sacs gigantesques sur un vélo, et marcher jusqu’à la ville pour vendre, avec en tête ce projet, acheter des tôles pour, peut-être, construire une maison pour la famille. Ce pourrait être une assignation à contempler la misère, c’est une épopée, qui se clôt en une soirée cathartique dans une église. Ni l’exploitation par des sociétés occidentales des gisements de la région, ni la corruption, ni le régime ne sont directement évoqués. Mais tout est perceptible.

Dominique Conil
Guide

Si vous n’habitez pas Mouans-Sartoux, où le film est actuellement projeté, deux chances au rattrapage. Canal+ diffuse le film jusqu’au 1 er décembre (à la demande). Ou bien le voir sur Universciné, excellent site dévolu au cinéma indépendant qui pour 3,99€ loue Makala et Bovines.