Grosse merde

Insultologie Appliquée. La Terre se réchauffe, les esprits s’échauffent, les chefs d’État s’injurient : l’insulte est l’avenir d’un monde en décomposition. Chaque semaine, la preuve par l’exemple.

À peine en avait-elle fini avec les incendies que l’Australie se prenait une nouvelle tuile sur la figure : l’open de tennis de Melbourne. Le tennis est une activité idiote pratiquée par des gens en short dont l’unique but est de se débarrasser d’une balle en feutre jaune en tapant dessus comme des sourds, quoi qu’il se passe autour. Le problème est qu’en face il y a des types ou des filles qui ont le même objectif, or il n’y a qu’une balle en jeu si bien que l’affaire peut durer des heures. C’est comme avec les grands incendies : il faut attendre que ça passe.

À la fin, au tennis comme ailleurs, c’est le Français qui perd — piètre consolation : par les temps qui courent, c’est rarement l’Allemand qui gagne. Ainsi, un joueur du nom de Pierre-Hugues Herbert s’est-il fait ratatiner à Melbourne par un Belge au terme d’un match en cinq sets unanimement décrit comme “éprouvant”, après quoi cet Herbert s’en est allé dire à la presse qu’il était extrêmement déçu et que le tennis était “un sport de merde, de grosse merde”.

Roger Federer qui, lui, est Suisse, n’a pas attendu de sortir du court pour se lâcher. Lors de son quart de finale, qui tournait mal, il a balancé une bordée de jurons dans un mélange d’anglais et de suisse allemand que personne n’a vraiment entendus sauf une juge de ligne qui est allé immédiatement cafter le joueur auprès de la juge de chaise. Federer a écopé de trois mille dollars d’amende, sanction plutôt indolore pour un type qui en gagne des millions, mais somme plutôt rondelette pour quelques gros mots, en suisse allemand qui plus est.

Un doigt dans le trou du cul

Federer eût mieux fait de réserver ses jurons aux caméras, comme Herbert. Mais certainement pas à Internet, comme Mila. Mila est cette adolescente de la région de Lyon qui a déclaré dans une vidéo sur Instagram, nous citons : “Je déteste la religion, (…) le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde (…) Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir”. Sur un court de tennis à Melbourne, ces propos lui auraient coûté cher. Dans l’arène médiatico-politique française, ils nous ont valu une sorte de drame national, avec coups droits et revers liftés. L’arbitre du tournoi, la ministre de la Justice Nicole Belloubet, n’a pas été loin d’exclure Mila du court pour blasphème, avant de se faire elle-même recadrer. En France, insulter une religion n’est pas un délit, jusqu’à plus ample informé.

Bref, ce premier mois de 2020 nous promet une année haute en couleurs. Hélas, les millions de koalas, kangourous et autres ornithorynques qui ont fini carbonisés dans le grand barbecue australien ne sont plus là pour applaudir le spectacle avec leurs papattes.

Édouard Launet
Insultologie appliquée