Olivia Ruiz, la “Zizi” de Jean-Claude Gallotta

En octobre 2013, Jean-Claude Gallotta rencontrait Olivia Ruiz pour la création avec Marc Minkovski et Jacques Osinski de L’Amour Sorcier de Manuel de Falla. Ils ne se sont plus quittés, avec le projet d’une comédie musicale. Le chorégraphe a écouté attentivement les albums de la chanteuse et a fait une sélection de 13 chansons. Sur cette base, le dramaturge de la compagnie, Claude-Henri Buffard, a écrit une histoire, celle d’une petite fille trimballée de son Espagne natale franquiste jusqu’en France. Elle “montera” ensuite à Paris avant de revenir dans son pays, d’où le titre du spectacle Volver (revenir). On la suit dans ses peurs, sa solitude, son amour brisé, ses abus, sa douleur de n’être jamais tout à fait à sa place et ses désirs brûlant.

Volver, Chorégraphie Jean-Claude Gallotta, avec Olivia Ruiz
© Michel Cavalca

Tout à la fois portrait de la chanteuse, en référence notamment à sa grand-mère, maternelle Joséphine Blanc, et faux biopic, la pièce évoque plus largement la question épineuse des migrants actuels, de ce peuple de 50 millions de déracinés, et de leur accueil. “Elle voulait tout apprendre, dit Jean-Claude Gallotta, je lui ai transmis (avec l’aide de Mathilde Altaraz) le plus possible, sauf les sauts qui ne lui auraient pas permis de chanter.” Et Olivia Ruiz s’est emparée du maximum, tout à fait à l’aise, notamment avec son partenaire Thierry Verger, danseur fidèle de la compagnie.

Volver, Chorégraphie Jean-Claude Gallotta, avec Olivia Ruiz © Christian GANET
© Christian GANET

Elle a d’ailleurs la vedette, “Zizi” de Jean-Claude Gallotta, fort bien entourée par les délicieux danseurs du groupe Emile Dubois et dans une scénographie où les lumières de Manuel Bernard ont toute leur importance. Les musiciens, brillants, totalement dans le coup, disposés de chaque côté du plateau en fond de scène laissent place à la danse. Tout est équilibré, enveloppé, charmant. Dans une chorégraphie aérée, mettant souvent en scène des couples comme des doubles du couple vedette, le spectacle n’est que rythme, envolées, tendresse. Juste pour le plaisir d’entendre de nouveau des chansons aux saveurs très différentes de La femme chocolat, J’traîne des pieds, Goûter moi, Je m’en fiche et Volver. La création de L’Homme à tête de chou avec Alain Bashung avait été perturbée par le décès du chanteur. Ici, la rencontre a abouti, le fils d’immigrés italiens Jean-Claude Gallotta ayant voyagé avec son compère espagnol. Quant à cette comédie musicale, elle est annonciatrice du prochain album À nos corps aimants, tellement Olivia Ruiz se sent chez elle dans le groupe Emile Dubois, à son propre corps aimant.

Marie-Christine Vernay
Danse

Volver, conception Jean-Claude Gallotta, Olivia Ruiz
Chorégraphie Jean-Claude Gallotta assisté de Mathilde Altaraz
Texte Claude-Henri Buffard et Olivia Ruiz

Jusqu’au 24 septembre, à la Maison de la danse à Lyon, du 6 au 21 octobre au Théâtre national de Chaillot à Paris, les 3 et 4 mars à la MC2 de Grenoble.

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