Des souvenirs rythmés par des recettes de cuisine ou des listes de trousseau copiées de vieux carnets de famille: dans Ma peau animale, Juliette Keating retrouve l’enfant qu’elle fut dans les années 1970, enchainant de courtes séquences d’une troublante précision: couleurs, textures, odeurs, lumières, intonations, tout est là et rien n’est forcé. Près d’un demi-siècle plus tard, la petite fille revit pour écouter et observer les adultes, leurs silences et la marche du monde, des premiers pas sur la Lune à une émission d’Apostrophes. Le calme de ce récit sans blessures dévastatrices apparentes est trompeur. L’inquiétude n’est jamais loin, et les phrases tronquées extraites des Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur qui parsèment le texte sont autant de cailloux dans la chaussure, de démentis aux jours heureux. Surtout, les beaux dessins saturés de traits noirs d’Anselme McEvoy qui illustrent tout le livre sont comme le versant sombre du conte, un prolongement de la citation de Tove Ditlevsen placée en exergue: « L’enfance est longue et étroite comme un cercueil, on peut pas s’en échapper sans aide ». Le dessin et l’écriture peuvent y contribuer… Juliette Keating est une collaboratrice régulière de délibéré.
Ma peau animale de Juliette Keating, dessins d’Anselme McEvoy, éditions L’Ire des marges









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