Rachel Elliott pour Christine Boutin
Christine Boutin twitte beaucoup. Trop. Madame Boutin, il va falloir penser à lâcher votre téléphone, à réfléchir un peu avant avant de réagir à tout et à n’importe quoi tout le temps. Prenez du recul. Passez donc à la lecture, la lecture de livres. Aérez-vous l’esprit, lisez un roman, comme celui de Rachel Elliott, paru récemment en France, Murmures dans un mégaphone (Rivages, traduit par Mathilde Bach). C’est un roman anglais : les personnages boivent, avec application et constance, du thé, beaucoup de thé, à tout âge et à tout moment de la journée. Et ils passent leur vie les yeux rivés sur leur portable. (Lire l'article)
J13 – Esse est percipi per arbitrum
“J’l’ai pas touché !” s’indigne le joueur qui vient de découper un adversaire en deux. “C’était l’épaule !” proteste un autre qui vient de marquer de la main… Pourquoi les footballeurs nient-ils l’évidence, au risque de conforter leur réputation de menteurs ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’évidence, pas de réel dans le football : seulement, des perceptions du réel qui entrent en concurrence. Or, l’une a force de loi sur les autres : celle de l’arbitre. Pour le joueur, le réel objectif compte moins que la perception subjective qu’en a l’arbitre. Sur le terrain, ce que l’arbitre ne voit pas n’existe pas. “Esse est percipi aut percipere” : sport idéaliste par excellence, le football illustre la formule de Berkeley : n’existe que ce qui est perçu ou perçoit. Et va même plus loin : esse est percipere per arbitrum. Ce n’est pas dans la réalité que se joue un match, mais dans l’esprit d’un arbitre. (Lire l'article)
Jeu d’été #05
Il était timide d'habitude et gardait cette réserve qui participe à la fois de la pudeur et de la dissimulation.
Le papa d’Anaïs
“Le grand concert donné mercredi 27 par Joaquín Nin a été la plus savante fête musicale de la saison d'hiver. Dans un public de cent dilettanti, nous citerons Gabriele d'Annunzio” relate L'Avenir d'Arcachon en mars 1912. Ce soir-là, il joue Couperin, Rameau, Bach et Scarlatti. Pour d'Annunzio, Scarlatti est une révélation fulgurante. Quant à Nin, c'est le grand intercesseur : “Par l'art merveilleux de ses doigts et de ses esprits, il révélait en lui un vrai maître claveciniste digne du XVIIIe siècle, digne du divin Napolitain.” À ceci près que le clavecin était un piano, et que c'est précisément pour avoir dit que le second était préférable au premier que Nin a subi les foudres de Wanda. (Lire l'article)
Les doubles faces d’une Maison magique
À la Maison de la culture du Japon à Paris, l'Atelier tokyoïte Bow-Wow et le Franco-Portugais Didier Faustino proposent deux concepts de maisons très différentes. L'une est un toit accueillant, aux parois en gradins. L'autre est une sorte de grosse lanterne, fermée, inquiétante. Opposées, ces deux installations se rencontrent en faisant l'éloge du bois venu de la forêt du Portugal. Mais l'une met les humains en réseau pour recréer du commun, l'autre provoque l'usager, crée de l'incertitude. Deux visions critiques et oniriques de la relation tendue entre corps et architecture. (Lire l'article)
Bob Dylan
Enfant, Bob Dylan était toujours en train de courir. Il fugue pour la première fois quand il a 10 ans, part de la maison définitivement à l’âge de 18 ans pour s’installer à New York. “C’était comme si j’avais toujours été à la poursuite de quelque chose, quelque chose en mouvement – une voiture, un oiseau, une feuille qui s’envole – quelque chose qui pourrait m’amener vers un endroit mieux éclairé, une terre inconnue en aval”, écrit-il dans le premier volume de ses Chroniques, publiées en 2004. Lorsque l’un de ses profs lui dit que son fils a “la nature d’un artiste”, son père demande : “Un artiste, c’est pas un gars qui peint ?” Soixante ans plus tard, Bob Dylan est prix Nobel de Littérature. (Lire l'article)
Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (2)
Le quotidien des “nouveaux pauvres” tels qu'on nommait en 1982 ceux que la société laissait en marge, pouvait se vivre dans ce qu'on nommait cités de transit. Des logements très modestes, d'un confort sommaire, offraient des solutions qu'on souhaitait temporaires à ceux qui en bénéficiaient.
Rêver à l’envers
Il y a les œuvres qu’on aime parce qu’on les a comprises : le plaisir du déchiffrement, du terrain conquis et du sentiment de sa propre intelligence contribuent à la vivacité du souvenir qu’on en garde et au plaisir qu’on a à y revenir. Et il y a les œuvres qui, au contraire, vous poursuivent parce qu’elles vous échappent, parce qu’elles se présentent comme autant de paradoxes, sphinx silencieux proposant de muettes énigmes. Les toiles de Sépànd Danesh appartiennent à cette seconde catégorie. Si l’on voulait résumer leur énigme, sans doute pourrait-on la formuler ainsi : ces toiles sont peuplées de figures et pourtant, on pourrait les dire abstraites. L’exposition Des ruines pour origine est à voir jusqu’au 2 avril chez Backslash Gallery, à Paris. (Lire l'article)
Les manchots de Gerald T. Cutland, cuistot de l’Antarctique
Pendant sa mission polaire, Gerry Cutland, cuistot de la "Station F", a eu la bonne idée de rédiger un petit livre dans lequel il décrit les recettes de tous les brouets qu’il parvenait à mitonner dans le local lui tenant lieu de cuisine. Des plats dont se bâfraient jour après jour les hommes qui plaçaient en lui leurs espoirs de survie.
Qu’elle était belle, ma banlieue rouge
Créé en 1960 à Paris, l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA) a conçu des unités de logements sociaux, des théâtres, des piscines, en banlieue. Habitat et culture pour tous, sport populaire, engagement politique, cette coopérative de jeunes concepteurs, oubliée, ressort de ses bétons bruts, dans une exposition à la Cité de l’architecture. Quel est le legs de ces ravaleurs du modernisme, critiques des Grands Ensembles, inventeurs de la pluridisciplinarité et du paysage urbain, qui se sont auto-dissous en 1985 ? (Lire la suite)
Brèves de confinement
Claquemuré depuis quinze jours, il tire dans son miroir... Rentrant chez lui avec une montagne de pâtes et de papier hygiénique, il découvre que l'eau est coupée pour une durée indéterminée.
La Fille de Londres
La fin du monde ne ressemblera pas à la fin du monde. Pas de gros nuages noirs annonciateurs d’orage terminal, pas de raz de marée de cauchemar balayant les cités, pas de champignon nucléaire s’élevant au loin comme une mauvaise blague. Vous saurez que la fin du monde approche lorsque vous décrocherez votre téléphone et qu’une voix synthétique vous répondra : si ceci tapez 1, si cela tapez 2, sinon tapez étoile pour revenir au sommaire. Tout indique (en particulier les services d’assistance de ces entreprises connues sous le nom de “fournisseurs d’accès”) que nous en sommes déjà là. (Lire l'article)
Midnight Spécial, de l’enfance comme consolation
Quand la SF tourne au road movie dépressif : un père s’enfuit avec son fils Aton, doué d’une aura paranormale, avant un mystérieux rendez-vous donné par des forces invisibles. Drame de la paternité, Midnight Special de Jeff Nichols met en scène “l’enfant prodige” comme un mystère – et d’abord pour ses parents –, ses transes spectaculaires et ses ressorts internes comme autant d’énigmes quantiques. C’est qu’ici notre univers tout entier est un mystère, une nuit noire où nos existences filent comme un bolide roulant tout phare éteint. Au milieu de tant d’obscurité, le regard d’Aton illumine les adultes, soudain touchés par la grâce d’une tendresse infinie… (Lire l'article)
Yung Jake, interactif passif
C'était au printemps dernier, consultant le site redshoes (“red shoes | SOME SHOES est une structure de production et de diffusion d’oeuvres contemporaines”) : les “news” de l'automne 2014 y étaient encore affichées. Rétrovision. Ne lisant pas plus loin que la première photo, on s'arrête sur celle de Yung Jake, jeune rappeur américain dont est donné en lien un clip vidéo étonnant, Embedded. Yung Jake est aussi un artiste digital sorti de CalArts, qui au lieu de glorifier la bimbeloterie technologique la rend pitoyable, la renvoie à son ineptie. (Lire la suite)
Covid’mag’ : tests comparatifs
Beaucoup de fausses informations circulent à propos de l'efficacité des masques face à la pandémie de covid-19. Il nous a paru utile de faire le point.
Annie Le Brun, ou l’art de la résistance
Il reste bien peu de vrais rebelles dans ce monde sans horizon et sans boussole, mais Annie Le Brun en fait assurément partie. Chacun de ses livres est un pavé dans la mare de la crétinisation ambiante, et son tout dernier, Ce qui n’a pas de prix (Stock), est à ce titre une lecture particulièrement jubilatoire, un manifeste contre l’enlaidissement du monde qui sévit depuis les années 90 et résulte de la collusion de l’art et de l’argent orchestrée en particulier par les industries du luxe. Cet “art des vainqueurs” se nourrit en effet de sidération, de gigantisme et de vide esthétique et, face à ce matraquage, il est urgent de réagir, affirme l’auteur... (Lire l'article)
Un certain je-ne-sais-quoi
Au moins autant que de Leibniz, le Scarlatti espagnol — Don Domingo Escarlate — dut subir l'influence des philosophes et médecins locaux qui s'exprimaient volontiers sur les effets physiologiques de la musique. Le musicologue anglais Thomas Burney, qui avait longuement interrogé Farinelli sur Scarlatti, rapporte une réponse du maître à qui l'on reprochait son mépris des règles : “Scarlatti demanda si ces écarts offensaient l'oreille. Comme on lui répondait que non, il disait penser qu'il n'y avait guère d'autre règle digne de l'attention d'un musicien que de ne pas déplaire au seul organe des sens qui soit l'objet de la musique.” (Lire l'article)


















