Propositions délicates
Si vous êtes propriétaire d’une chaîne de magasins et que je vous demande combien vous possédez de boutiques à Paris et à Lyon, il y a bien des chances que vous me donniez le nombre global des boutiques que vous avez dans ces deux villes. Le logicien, lui, et dans certains cas la base de données informatique, vous répondra zéro sans la moindre hésitation. En effet un magasin peut être situé à Paris ou à Lyon, mais jamais les deux à la fois ; vous n’en avez donc aucun qui soit dans ces deux villes. Voici une première brèche au sens commun, et ce ne sera pas la seule... (Lire l'article)
Transcendance
Les maths entretiennent un rapport de toujours avec le transcendant – plus qu’avec le divin en soi, avec lequel il ne se confond pas. Il ne semble pas, en effet, que la philosophie aristotélicienne du Nombre ait beaucoup fait intervenir les dieux de l’Olympe, lesquels pour leur part ne sont guère férus de mathématiques, occupés qu’ils sont à leurs guerres et amours bien humaines. Ces dieux-là héritent de notre finitude, de notre médiocrité même, et c’est pourquoi ils ne posent guère de questions auxquelles nous ne puissions répondre sans maths. (Lire l'article)
Aristote à Hollywood (2)
Aux causes finales, explications commodes mais illusoires, Aristote adjoignait les causes “formelles”, celles qui sont censées expliquer la forme des choses, vivantes ou inanimées. Et c'est sans doute la partie de sa philosophie qui a le plus mal vieilli, puisque la forme, dans le cadre de la science moderne, s'explique entièrement par les propriétés de la matière, guidées par une éventuelle “information”, matérielle elle aussi. Pour les créatures vivantes, cette information est d'ordre génétique et codée chimiquement dans leur ADN. La forme d'Aristote, elle, était une “essence”, une “idée” venant d'un mystérieux monde extérieur pour informer la matière brute. Tex Avery, bien sûr, se saisit de cette notion surprenante. (Lire l'article)
J4 – France, terre d’asile
Entre un pays et son championnat se tissent de curieux liens. A l’heure où l’on annonce à Calais la construction d’un mur, qu’en Essonne un futur refuge pour migrants est incendié et qu’un ancien président de la République s’attaque au regroupement familial, la Ligue 1 prend le contrepied de l’atmosphère ambiante en accueillant au mercato estival tous les joueurs dont les championnats étrangers ne veulent pas. Pour combien de temps ? Il n’y a guère plus qu’au football que la France fait honneur à sa tradition d’accueil. En langage footballistique, c’est ce qu’on appelle “se relancer”.
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Ex Machina #36: Plus ça change, plus c’est la même chose
– Nous avons une lumière dont la couleur change du violet au jaune puis au rouge. Quand la lumière vient de passer au rouge, notre percept visuel sera décrit ainsi: "détecteur rouge actif, encore inchangé; détecteur vert inactif, encore changé; détecteur bleu inactif, nouvellement inchangé". Le "encore" signifie que le troisième indicateur est inactif, que le deuxième est dans le même état qu’avant, et que le premier a subi le même changement, ou absence de changement, que la fois d’avant. "Nouvellement changé (ou inchangé)" indique que le troisième détecteur est actif et que le changement… a changé. Ça vous parle?
– En vérité, je suis largué.
“Mes personnages sont le réceptacle d’une misogynie féroce”
L'auteur de Haine revient longuement sur la genèse des deux monstres qui cohabitent dans son roman.
Fèves en fonte et autres faits divers
Un calendrier des prêtres, une belle idée gâchée, une retraitée miraculée, des fèves en fonte et autres faits divers.
Le corne-de-lune
La femelle est d'un vert éclatant. Chez le mâle, les plaques écailleuses semblent animées par des reflets cuivrés toujours changeants... Ce bel insecte doit son nom au cercle parfait qui orne sa tête aux yeux d'un rouge vif.
La Granvillaise
Fort discrètement, le gouvernement vient de se doter d’une Cellule d’études et de prospective des modèles disruptifs (Cepromodis) directement rattachée à Matignon. Derrière cette dénomination se cache un organisme de veille sur la collapsologie, terme désormais consacré désignant l’exploration transdisciplinaire du probable effondrement de notre civilisation industrielle, ainsi que de ses suites éventuelles. Un document diffusé par la Cepromodis auprès des préfectures, que délibéré a pu consulter, dévoile simultanément l’existence de cette cellule et la nature de ses préoccupations. (Lire l'article)
Au Manchot qui lit !
Pour des millions de lecteurs à travers le monde, le manchot est d'abord un logo. Celui de la vénérable maison d'édition britannique Penguins Book, fondée à Londres en 1935 et pionnière du livre de poche.
La Comédie des Erreurs
Edwin Austin Abbey accepte finalement la proposition de Harper’s d’illustrer les comédies de...
J18 – Grandeur et décadence du chevalier blanc
Quelle forme de superstition justifie les rituels des joueurs et des entraîneurs ? Qu’est-ce qui fait qu’un joueur enfile toujours sa chaussette gauche avant la droite ou qu’un entraîneur s’assoit sur sa glacière ? C’est au psychologue de répondre, et plus que l’analyse des causes, c’est l’interprétation qu’on en fait qui nourrit le discours mythique. Prenons la chemise blanche d’Hervé Renard, l’éphémère entraîneur du LOSC. À l’origine, elle a sans doute une explication pratique, liée au climat, d’autant plus déboutonnée en haut. Elle dénote les fortes chaleurs et l’Afrique, et c’est pourquoi, transplantée dans les frimas du Nord, elle se charge d’autres significations. (Lire l'article)
Ilotopie, escale à Calais
Un labyrinthe qui permet aux enfants d’échapper à leurs parents, des oreilles géantes qui parlent, une salle de spectacle-balançoire, des cages pour humains… pendant cinq jours Ilotopie a occupé la place d’Armes de Calais et des lieux plus inattendus. La compagnie basée à Port-Saint-Louis du Rhône a fêté il y a peu ses trente ans. Et est l’une des rares troupes des arts de la rue qui fonctionne avec un vrai répertoire. Plusieurs des spectacles présentés à Calais ont plus de vingt ans d’âge. Et conservent leur impact perturbateur. (Lire l'article)
Coup de vieux sur la Cour d’honneur
Dans Retour à Berratham, la nouvelle création du chorégraphe Angelin Preljocaj, les danseurs de la compagnie, grâce à leur énergie collective, sauvent la soirée d'un néant où la danse semble renvoyée à une fonction strictement illustrative. Car un intrus s'est invité dans la Cour d'honneur et s'y cramponne : le texte. (Lire l'article)
Cyrano de Bergerac pour nos responsables politiques au verbe bas
L’insulte en politique est une arme banale mais redoutable. La manier avec habileté et brio permet dans bien des cas de prendre l’avantage, de pousser l’adversaire à la faute, de porter l’estocade. Chères et chers compatriotes, n’allons pas jusqu’à exiger l’usage de l’alexandrin dans le débat politique, mais demandons au moins à nos candidats un peu d'agilité verbale. Un peu d’esprit (cyranesque), aussi. (Lire l'article)
Le marabout zoophobe
Les scientifiques s'accordent sur l'existence de trois espèces de marabout, deux en Asie, la troisième en Afrique. Mais il en est une quatrième : le marabout zoophobe, également misanthrope et agoraphobe. Il fuit toute vie et toute compagnie, dont il n'a d'ailleurs nul besoin.
Johnny Cash dans le texte
John Carter Cash, fils de John Cash et June Carter, dévoile une série de poèmes et de lettres écrites par l'auteur de “Folsom Prison Blues”, mis en musique et interprétés par plusieurs de ses plus talentueux disciples dans Johnny Cash Forever Words.
Money Monster, du dollar ou du cochon
Il en est de l'œuvre réalisée par Foster comme de certaines rencontres amoureuses : elle a tout pour plaire, mais la magie ne prend pas. Fable moderne sur la finance prédatrice, ce thriller sophistiqué, projeté dans le faux temps direct d'un live, a le mérite pourtant de mettre en scène l'obscénité de notre époque, révélée par la crise financière de 2007, quand le cash fait le show – mais on ne sait plus sur quel pied danser ici... (Lire l'article)

















