La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Chroniques
Sara Stridsberg, La faculté des rêves, Stock, coll. La Cosmopolite, 2010
Livres, Ordonnances littéraires

Une femme de rêve

Ordonnance pour un passager anonyme croisé au hasard d’un trajet en métro. Paris, matin d’automne, station Mairie des Lilas. Les regards sont happés par un point blanc qui roule d’avant en arrière, un petit cylindre brillant sous la lumière artificielle et borgne. Roulis métropolitain. Un homme âgé replie le journal pour suivre les mouvements de cet électron libre matutinal. Presque amusé. Et puis, tout à coup, son regard se détourne de l’Objet Roulant Non Identifié et reprend la lecture du quotidien. Qu’a-t-il vu ? Un tampon ! Dans mon esprit, cela n’a fait ni une ni deux. Tampon, femme, vie en rose… la couverture rose de La Faculté des rêves s’impose. Rose comme de la chick lit girly. Mais dans La Faculté des rêves de Sara Stridsberg, pas de romance. Mais du roman, du vrai ! (Lire la suite)

Gérard Genette à l'honneur des chroniques avéryennes de Nicolas Witkowski
Chroniques avéryennes, Écrans

Métaphores et métalepses

À la fin de son Mystère Tex Avery, Robert Benayoun propose en vrac un “lexique succinct des métaphores texaveriennes”, en d’autres termes ces “trucs” qui prouvent que l’on se trouve bien dans l’univers avéryen. On y trouve l’effritement, propension des personnages maltraités à se retrouver en morceaux façon puzzle, la folie lubrique, de l’érection des globes oculaires à la mâchoire qui tombe sur le sol, la folie définitive, à coups de marteau, les “accélérations insanes”, les aphorismes, tel le kangourou sautant dans sa propre poche, ou le “sur-commentaire”, façon “Long isn’it ?” apparaissant sur un panneau devant une très longue voiture. Mais Tex Avery est surtout le roi de la “métalepse narrative”, au sens que lui a donné Gérard Genette. (Lire l’article)

Charlie Chaplin, Les Temps modernes. Une chronique de Gilles Pétel
Diogène en banlieue

Manif à l’Élysée

Aidé par un vent mauvais, l’incendie avait ravagé les trois quarts du lycée. Les élèves ainsi que leurs professeurs furent contraints à nouveau de prendre des vacances. Les contractuels étaient discrètement licenciés, les personnels techniques affectés dans d’autres établissements. Quatre semaines plus tard, nous emménagions dans des containers installés en hâte au milieu de nulle part. (Lire l’article)

Musiques, Signes précurseurs de la fin du monde

Castles Made of Sand

À quel moment l’avenir a-t-il cessé d’être désirable  ? Quand a-t-on perdu foi en de meilleurs lendemains ? À quel instant la catastrophe a-elle commencé à se dessiner ? Certains répondront les années 1970, avec les premières crises pétrolières, les pantalons à pattes d’eph’ et l’invasion du disco. D’autres diront : les années 80 et leurs efforts pathétiques pour nous redonner le goût de la modernité (“nouveau et intéressant” était le motto de la période, qu’il fallait évidemment lire à rebours). D’autres enfin affirmeront : les années 90 et leur cynisme cocaïné. Pour ma part, je situerais plutôt le début de la fin au 31 décembre 1969, à minuit exactement. Ce jour-là, à cette heure-là, Jimi Hendrix débarque sur la scène du Fillmore East… (Lire la suite)

délib'euro – l'Euro 2016 des écrivains, vu par Clo'e dans délibéré
délib'euro, Foot

Islande-Hongrie : la baballe, je n’y connais pas grand-chose

La baballe, je n’y connais pas grand chose. Pour une bonne et belle raison : le foute est un sport où l’on n’a pas le droit de mettre la main, sauf le goal qui, du coup, est dans une cage. Sinistre métaphore. Le ballon, pour moi, c’est surtout quatorze centilitres d’un liquide immémorial. Mais, aujourd’hui, à propos d’une confrontation entre l’Islande et la Hongrie, des images puissantes et des tropes étincelants se bousculent à l’entrée (sécurisée à mort) de mon cerveau. (Lire l’article)

Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur, Gallimard. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne
Livres, Ordonnances littéraires

Jean Tardieu pour mon banquier

La “gamification”, vous connaissez ? Ce concept à la mode dans les entreprises, les universités ou la communication gouvernementale est une version modernisée du pain et du cirque, avec peu de pain et beaucoup de cirque. Concrètement, on applique au citoyen, au client, au collaborateur – disons au “peuple” – des méthodes qui sont celles que l’on utilise par ailleurs avec les enfants de maternelle : des activités incessantes encadrées par des consignes régulièrement répétées, très simples et très claires, de la pédagogie, le tout sous une forme qui doit toujours être ludique. Illustration à partir des techniques bancaires actuelles, et avec Jean Tardieu. (Lire l’article)

Gustave Doré - La Génisse, la chèvre et la brebis en société avec le lion - "Zoologie", une chronique de l'année 2017 par Edouard Launet dans délibéré
2017 Année terrible

Zoologie

“Même une chèvre gagnerait contre Hollande. S’il se soumet à la primaire, ce sera le Salon de l’agriculture tous les jours !” C’est avec ce propos de Gérard Filoche, recueilli par Le Point il y a quelques semaines, que la campagne des présidentielles a vraiment débuté. Car enfin quelqu’un traçait une authentique perspective d’avenir. Soudain 2017 résonne de mille cris joyeux, braiements et barrissements, glougloutements et bêlements. Ce n’est plus l’année d’apocalypse que nous redoutions tant, c’est la ferme des animaux. C’est une mêlée joyeuse que Victor Hugo lui-même avait pressentie. (Lire l’article)

Mollusque de Cécilia Castelli
Ordonnances littéraires

Mollusque de Cécilia Castelli, pour abréger les souffrances de Donald Trump (et les nôtres ?)

Toujours en convalescence et éloignée du service de médecine littéraire, le Dr. B. profite de son séjour en médecine traditionnelle pour parcourir la littérature burlesque et absurde. Après avoir attentivement examiné la notice de Mollusque, de Cécilia Castelli (Le Serpent à Plumes, 2019), elle suggère un diagnostic pour le cas énigmatique de Donald Trump, l’hyperréactif président des États-Unis qui semble souffrir d’une forme sévère de mollusquification incurable qui imposerait des décisions thérapeutiques radicales. (Lire l’article)