Beauté fatale

Rien n’est beau que le laid, seul le laid est aimable, disaient, dit-on, les romantiques français du XIXe. Le monde est horriblement et terriblement beau, semblent répondre les photographes de Visa pour l’image 2018. D’une série de photographies à la suivante, revient l’horreur du monde déclinée sous toutes ces formes, la guerre, l’exode, le massacre des hommes et aussi des animaux et de la nature, la maladie et la contagion, autres formes de la violence économique. Et (Et pourtant ?) chaque photographie est d’une beauté renversante, chacune déclinant des éclats de couleurs vives qui jaillissent sur des fonds ocres ou sombres, certaines prenant la forme d’un tableau abstrait (on se rapproche : mais non, c’est un abattoir photographié par Georges Steinmetz dans sa série Big Food), d’autres semblant un tableau de maître (ce jeune homme renaissance dans l’encadrement d’une porte – tout ce qui reste de chez lui –, c’est un détail d’Alep documenté par Noël Quidu, et le même nous montre un improbable Delacroix où dans les ruines des ruines de Palmyre trônent des soldats en armes). D’un tableau à l’autre, d’une couleur à la suivante, on finit par s’interroger sur le sens de cette beauté : est-elle là pour attirer, pour nous obliger à voir ce dont nous détournerions volontiers le regard, ou pour nous protéger comme des lunettes de soleil qui, faisant écran entre nous et le mal, nous permettent de le regarder ? Pour se poser ces questions, ou d’autres, pour voir le monde comme on peut et peut-être plus qu’on ne peut, pour écouter avec les yeux les artistémoins de notre temps qui parlent avec des images, il faut aller à Perpignan au 30e festival international du photojournalisme. SR

Visa pour l’image, festival international du Photojournalisme, Perpignan, jusqu’au 16 septembre

 

Vale Valletti

Auteur, pour les éditions de l’Atalante, d’une retraduction de tout le théâtre d’Aristophane, Serge Valletti (qui est aussi acteur, écrivain, dessinateur, metteur en scène et collaborateur de délibéré à ses moments perdus) est ce dimanche soir à l’honneur sur France Culture. Au programme, la diffusion de On entend des femmes au loin, texte inédit enregistré cet été en public au festival d’Avignon par l’auteur et par Camille Chamoux. Et la rediffusion de L’invention de Suzanne, texte enregistré en 2007 avec Ariane Ascaride. Deux heures de plaisir. RS

On entend des femmes au loin, dimanche 16 septembre, France Culture, 21h, suivi de L’invention de Suzanne, France Culture, 22h.

   

Horoscope littéraire

La revue délibéré et le service de médecine littéraire qu’elle héberge ont donc décidé de fournir aux lecteurs exigeants un horoscope digne de ce nom, un horoscope littéraire pour commencer d’un pied serein et assuré l’année, des livres plein les poches. Douze signes astrologiques, douze livres recommandés, tous choisis au sein de la pléthorique rentrée littéraire 2018. Car il ne s’agit pas de lire n’importe quoi, il s’agit de lire ce qui vous convient : le capricorne n’a pas les mêmes besoins de lecture que le lion, le sagittaire que la balance, cela tombe sous le sens mais cela, trop souvent, on l’oublie. NP

 

Lire l’horoscope

      

Hélène Bessette sort du silence

Hélène Bessette, Vingt minutes de silence, Le Nouvel AttilaVingt minutes de silence est une inquisition en multivision, multiplicité de points de vue et de locuteurs, en changement vif et constant : le regard des coupables potentiels, le fils, la mère, mais aussi de la victime, le père, et des divers protagonistes, la bonne, les voisins, la rumeur publique, la presse, la police, finalement oui, celui du policier en investigation, le lecteur entre dans son cerveau et participe des méandres de sa pensée, qui n’est pas autre chose qu’un long questionnement, souple, ductile, glissant, rapide, spongieux, élastique, incertain, rétractile, contradictoire, liquide : la pensée elle-même.
Au bout du périple, reste une question, une seule : comment se fait-il qu’Hélène Bessette, admirée par Queneau, Duras, n’ait pas été reconnue pour ce qu’elle est, un(e) immense écrivain(e) ?
L’intégralité des romans de Hélène Bessette, une quinzaine, est en cours de réédition par Le Nouvel Attila.Vingt minutes de silence est le premier. Trop novatrice, sans doute. JR

Hélène Bessette, Vingt minutes de silence, Le Nouvel Attila

   

Amours enfantines

Voici un second roman qui mérite le détour : Anomalie de Julie Peyr. Dans un style précis et parfois cru, Julie Peyr décrit les émois des amours enfantines. Loin des clichés qui abondent dans ce domaine, Anomalie raconte une passion complexe qui met à vif les cœurs et les corps de trois enfants arrivés au seuil de la puberté : « Vous pouvez vous jurer d’être autrement, vous restez le larbin de celui qui vous a désiré la première fois, contre toute nature, celui qui vous a forcé la main et qui a mis à sac votre candeur : vous restez pour toujours le jouet du désir de l’autre. » La banlieue parisienne offre un écrin moderne et poétique à ce récit riche en rebondissements. GP

Anomalie de Julie Peyr, éditions des Équateurs, août 2018.

     

Mai 68, en avant l’architecture !

« Mai 68, fini les Beaux-Arts, on invente ! Quoi, vers où ? On verra bien… » Refus de l’héritage, du nœud papillon, et faire de l’architecture « autrement ». La déplacer vers la qualité alors qu’elle était depuis la Reconstruction dominée par la quantité. Les années 1968 se sont étirées jusqu’au vote, en 1977, d’une loi sur l’architecture qui relaie, en partie, l’agitation pionnière. À la Cité de l’architecture, l’exposition Mai 68 en 300 documents, des conférences et des films invite à revisiter ce champ des possibles ouvert de 1962 à 1984. AMF

« Mai 68. L’architecture aussi ! », Cité de l’architecture, 1, place du Trocadéro et du 11 novembre, 75016 Paris. Jusqu’au 17 septembre. 

   

 

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