La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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8 – Professionnels de la profession
| 20 Déc 2022

Certaines professions sont surreprésentées dans les séries: avocat, médecin, homme et femme politique et bien sûr policier (on croise aussi moult tueurs en série mais cette occupation peut difficilement passer pour un métier). Ces professionnels ont en commun de côtoyer beaucoup de monde, de passer sans cesse d’une affaire à l’autre et d’être aux prises avec une large palette des maux de la société. Difficile à l’inverse de captiver une audience avec un horloger, un épicier ou un courtier en assurances, sauf à ce que ces individus se muent en monstrueux criminels une fois le rideau tiré. Cela dit, il existe des exceptions : Six Feet Under (HBO, 2001-2005) est parvenue à nous intéresser aux entrepreneurs de pompes funèbres, Friday Night Lights (NBC, 2006-2011) aux joueurs de foot américain, Le Jeu de la Dame (Netflix, 2020) aux joueurs d’échecs et The Young Pope (HBO, Sky Atlantic, Canal+, 2016) à la lourde charge de souverain pontife sans pour autant faire de cet homme un égorgeur d’enfants. Il ne faut désespérer de rien ni de personne.

Premiers appelés à la barre, les avocats. Ce sont de très bons clients pour quelques très bonnes séries : The Good Wife (CBS, 2009-2016), The Good Fight (CBS, 2017-aujourd’hui), Better Call Saul (AMC, 2015-aujourd’hui), Goliath (Amazon Video, 2016-2021). Ils sont également les héros de legal dramas de moindre importance : Suits, Ally McBeal, Damages, Murder One, The Practice, Perry Mason, Boston Legal, etc. Tous sont américains, et pour cause : aux États-Unis l’avocat possède un rôle actif dans l’enquête puisqu’il n’y a là-bas ni juge d’instruction ni parquet chargé de faire la lumière sur les affaires. Il peut donc parler aux témoins, réunir des preuves, parler en public de son affaire sans être accusé d’obstruction à la justice ou de violation de secret de l’information. Il ne lui est pas non plus interdit, dans les séries du moins, d’avoir un penchant pour la bouteille, les coucheries, le poker ou le golf. 

Pas de série américaine sans au moins une scène de tribunal. La courtroom est le théâtre des passions et des rebondissements, comme celui-ci dans Better Call Saul (saison 5, épisode 4) 

C’est le plateau sur lequel nous est servi ce morceau de bravoure qu’est le plaidoyer final de l’avocat, comme ici dans le dernier épisode de The Night Of  (HBO, 2016)

Scie circulaire

Les héros en blouses blanches, parfois grises ou vertes mais toujours rouges de sang, sont les médecins et les infirmiers/infirmières. On les croise plus souvent dans les services d’urgence — Urgences (NBC,1994-2009) — et les services de médecine interne — Hippocrate (Canal+, 2018-2021) — que dans les services de gynécologie obstétrique  — This is Going to Hurt (BBC One, 2022). Leur vie sentimentale est généralement un brin compliquée. Les médecins légistes, rôle récurrent dans les séries policières, sont impassibles même quand ils ouvrent un torse à la scie circulaire.Mises bout à bout, ces séries brossent un portrait terrifiant de l’hôpital et un autre, plus léger, de la gaudriole dans le milieu médical. Elles versent volontiers dans l’humour gore comme ici.

Les flics sont innombrables, comme les séries qui les mettent en scène. Il y en a de tous poils : alcooliques, violents, psychologues, marrants, tristes, cinglés ou carrément autistes comme dans The Bridge (SVT1, 2011-2018). Notre préférence va aux plus crédibles, ceux de True Detective (HBO, 2014-2019) ou de The Wire (HBO, 2002-2008). Ici un usage inédit de la photocopieuse durant un interrogatoire

Les tueurs en série fascinent le public, et les créateurs de séries font ce qu’ils peuvent pour étancher la demande. Deux pays se partagent également les cadavres et les monstres : les États-Unis avec entre autres Black Bird (Apple TV+, 2022), Mindhunter (Netflix, 2017-2019), Shining Girls (Apple TV+, 2022), et le Royaume-Uni avec Des (ITV, 2020), Happy Valley (BBC One, 2014-2016), Appropriate Adult (ITV, 2011), The Fall, (BBC Two et RTE One, 2013-2016). On attend toujours une série française potable sur Landru. Les scénaristes de chez nous sont-ils profondément endormis, ou victimes d’un serial killer  ?

La politique est un cadre formidable pour les séries qui, dans ce registre, vont du caricatural à l’excellent. Les Etats-Unis ont fait fort avec The West Wing (A la Maison Blanche), House of Cards, Show me a Hero, The Good Wife, The Good Fight, The Comey Rule, American Crime Story. Mais les réussites les plus singulières viennent d’Angleterre, notamment deux chapitres de Black Mirror. Le premier épisode de la première saison, The National Anthem (Channel 4, 2011), imagine qu’un membre de la famille royale est kidnappé et que son ravisseur exige pour sa libération que le Premier ministre … sodomise un cochon en direct à la télé. Contre toute attente, la série parvient à rendre crédible ce scénario. Autre surprise (spoiler): le Premier ministre s’exécute. Le troisième épisode de la deuxième saison (The Waldo Moment, 2013) met en scène un comédien prêtant sa voix à un ours bleu en images de synthèse qui intervient en direct dans des shows télévisés et qui finit par se mêler de politique.

De ce côté-ci de l’Atlantique et de la mer du Nord, Borgen (DR1 et Netflix, 2010-aujourd’hui) n’a pas démérité, sans vraiment surprendre. Et en France ? En France, rien, à l’exception notable du Baron noir (Canal+, 2016-2020).

Il est urgent de coincer le tueur en série qui s’en prend à nos scénaristes.

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