La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Microscopies
par  

aime de moins en moins les crâneries poétiques vais
au frémissement de la langue à peine vêtue aux menues
mesures du dire aux
éboulements mineurs du sens à ce qui fait défaillir
les extrémités fines de la pensée

In fine

In fine

on se tient à la table dans la compagnie des légumes qu’on entretient la main lente et le fil du couteau tranchant on dépose avec soin son visage dans le chou la carotte et le panais les doigts sentent l’ail on tourne parfois la tête vers la fenêtre où l’après-midi...

À l’horizon

À l’horizon

bientôt le sentiment se mit à prévaloir qu’on ratait tout qu’on ne manquait pas seulement à réussir mais encore à éviter d’échouer alors on se cala dans le fauteuil de la tiédeur plus rien n’empêcha qu’on donnât de soi le pire on est penché sur la tartine tombée dans...

Commerce

Commerce

et le printemps dont on avait regardé les premiers jours en souriant, comme un trésor soudain, une récolte inespérée qui promettait une vie pleine, désireuse du lendemain, on le perdit pareillement, d’un coup, comme une fortune engloutie par un krach, une maison...

Crayonné

Crayonné

les poèmes des rue de Paris s’écrivent à l’encre mêlée des caniveaux où les balayeurs poussent les grumeaux de la nuit la poésie des rues de Paris est oblique sagement pentue elle accueille les corneilles le soleil les flâneurs les flaques de pluie et de vomi le...

Sauvetages

Sauvetages

au patient épuisement
des forces on se livrait
que le corps n’eût plus
d’asile que l’inépaisseur
d’une image numérique
et que s’éteignît l’âme d’un clic
Récit, prière

Récit, prière

les nuages qu’on disait
les troupeaux du ciel
et qu’on savait les vents
mener par-dessus les têtes
à pâturer les horizons
passèrent un jour les fenêtres
Racines d’Orphée

Racines d’Orphée

je suis les arbres dans leur procession
leur bousculade immobile
et bruissante je ne veux
dans mon paysage défait d’homme
être rien d’autre
et leur âme éparpillée
dans les pages des livres
Circuit court

Circuit court

fondu les plombs
trouver la lumière dans la chair
d’une courge dans
l’aveu que font à demi
les pétales des renoncules
dans ce qu’il reste à découvert
des visages
L’impropre de l’homme

L’impropre de l’homme

par les milles détours liturgiques de leur ramure effeuillée les grands platanes du boulevard tentaient d’approcher le ciel
et ce matin pâle dimanche grelottant aux hurlées des scies mécaniques
Les complaisants

Les complaisants

les moins oublieux se souvenaient que des années plus tôt déjà l’hiver avait ainsi repris la mer en plein janvier et qu’on n’en pouvait donc tenir pour responsable celle que les pareils appelaient la folle
Kaïros

Kaïros

c’est un matin d’hiver ordinaire on est
sur la pente de la nuit qui mène
au travail on se demande
mais un instant
à quelle classe
moyenne on appartient et puis
Aux funérailles de 2020

Aux funérailles de 2020

On colore les cimetières de chrysanthèmes On célèbre la seule armistice le dépôt pour de bon des armes c’est la mort On les envie un peu les reposés de n’avoir plus mal au ventre plus peur
Encore toujours

Encore toujours

on avait répudié de longtemps
les cinq sens légitimes
on s’épilait avec des précautions félines
les poils des yeux
on en tressait des nids minuscules
aux mouches de l’entendement
À ceux qui résistent

À ceux qui résistent

des feuilles nous avons pris la lumière bleutée qui fait aux arbres leur robe d’ombre
et du ciel le roulement d’un coup de dés sur le tapis de l’infini
aux bouches emprunté les poissons et l’argent des paroles
Une saison d’élégie

Une saison d’élégie

les yeux mi-clos à la chute des feuilles on les dit mortes on confond
la mort et le détachement
c’est qu’on les envie
qu’on ne sait
passer la main légère
entre les cuisses qu’égrène le temps
Finement con de nuit

Finement con de nuit

puisqu’on ne peut plus qu’on n’en peut plus après vingt-et-une heures traverser la rue j’arrive chez mes voisins avec mes cordes et mes tuyaux de poésie d’improvisation de composition instantanée ils me reçoivent au fond de leurs pantoufles

Sur le pont

Sur le pont

quand même l’équarrissage du temps quand même les dépeceurs de l’espérance les égorgements quand même le gravier des nécessités l’avalanche des exigences les falaises les éboulements les coulées de haine boue les torrents d’égout quand même de l’envie les tessons de...

Regarder les gens (1)

Regarder les gens (1)

        trois haïkaïs énigmatiqueset cependant malgré tout même partout les arbres bourgeonnent  longtemps après n'être pas né voici l'enfant  des trois lettres du non dans l'oui l'o seul demeure

Au cœur de l’estivant

Au cœur de l’estivant

j’allais à vide l’âme le sol rincé le ventre plein de chien mordant l’œil aiguisé d’appétit d’ombre j’allais ma force était telle que la mer d’un coup l’aurais tirée sur le rivage et là laissée sécher riant de l’agonie désordonnée des créatures j’allais elle me...

Mise au point

Mise au point

n’oublier pas que le migrant de l’homme est le semblable et le sédentaire le différent    remettre au Mouvement majuscule         croire que la Terre est territoiresseulement alors que tant de routespistesitinéraires sentiers

Tenir lâcher tenir lâcher tenir

Tenir lâcher tenir lâcher tenir

ce qui paraît la nuit déparaît au matinon vient au monde entre des mainsinconnues aux doigts imaginairesmais longs et fins qui tirent lapossibilité d’un fil et qui sait d’une toileet cependant déjà l’on reçoitl’hospitalité fameusede l’oubli © Frédéric...

Éloge du glissement

Éloge du glissement

être une valeur peusûreprendre le temps de navrerles espérancesavoir entendu de l’humain le chant de nuit puissance du non jouissance du bris et de la vue des débris longue goulées d’envers et de contraire ivresse des éclats des tessons délectation de l’épave et...

À quatre mains

À quatre mains

            en me levant à cinq heures chaque matin tu fais de moi le plus tenace des poètes debout la tête épanouie comme un houppier les doigts sur le clavier d’où monte la nuit j’attends             la grande voilure de mon squelette faseye encore au vent des rêves...

Sous le ciel toujours bleu

Sous le ciel toujours bleu

dormir rêver peut-être de prendre rendez-vous chez le coiffeur fermé consulter un catalogue de poignées de porte acheter de la crème glacée de première nécessité dans l’espoir d’un autre monde et l’indifférence à son naufrage               tout autour...

Au carrefour du présent

Au carrefour du présent

l’entrée se fit imperceptiblement dans des temps beaucoup plus difficiles les murs disent qu’avantils aimaient les gensmais que c’est finila philanthropiede pierre et de ferterminé y comprispour les jeunes filles qui passent la nuitsur le trottoir espérant voirde plus...

Résistances

Résistances

si rien ne se dit plus pas un mot qui ne soit poursuivi traqué frappé d’opprobre de censure et que la langue penche désolée sur son squelette le poème alors est un plaisir de bouche qu’on le mâche le bave le crache le morsure suçotement se le passe avec la langue entre les dents

Attendre hors-sol

Attendre hors-sol

nous aimions les allumettes qui bientôt ne seraient plus nous aimions les arbres aussi les animaux de toutes les manières les regarder leur parler les manger nous faisions à la vie de tremblantes dévotions et de furieuses à la mort nous nous préparions à la catastrophe

Trois destins du beau

Trois destins du beau

que dire de ce qui sitôt saisi s’évanouit et du panier où le parfum puissant des roses mures se mêlait à l’odeur tenue du poisson montaient une haleine de massacre et des cris de couleur on ne voulait pas le manger on désirait seulement que cela fût

Seul avec tous

Seul avec tous

salut Paris les platanes de la République effeuillée les foules des colères souterraines les impatients dans leur exosquelette de plastique et de verre Securit les trottinettes montées par d’indomptables individualistes
Par notre ombre portés

Par notre ombre portés

ce qui nous heurtait alors dans le fait que les industriels programmassent l’obsolescence de leurs produits, c’était que cette planification de la panne, ce paramétrage de l’accident, cette organisation du vieillissement nous renvoyait sourdement et en la déplaçant sur des objets

Se souvenir de Jonas

Se souvenir de Jonas

les bêtes disparues jamais cependant ne prit fin le temps d’enfance où nous parlions aux animaux aux animaux vivants ou morts les bêtes empaillées des musées d’histoire naturelle ou des cabinets de curiosité les sauvages les domestiques les plumeuses les écailleuses…

Le déjeuner sur l’herbe

Le déjeuner sur l’herbe

Nous donnions alors aux séismes, aux tempêtes, aux éruptions des prénoms humains, c’est dire que malgré tout l’aveuglement et l’inconscience que manifestaient nos actes quotidiens, nous savions…

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