Wendell Phillips

“L’Amérique de…” : une chronique éphémère sur des Américain.e.s qui font ou ont fait l’histoire des États-Unis. Cette semaine, l’Amérique de Wendell Phillips.

Wendell Phillips © Hélène Quanquin
© Hélène Quanquin

Le 5 juillet 1915, plus de 5000 personnes se massent dans le jardin public de Boston pour assister à l’inauguration de la statue en bronze de Wendell Phillips, œuvre du célèbre sculpteur Daniel Chester French, qui, quelques années plus tard, sera l’auteur de la statue imposante d’Abraham Lincoln à Washington, D.C. L’ouvrage, qui a coûté 20 000 dollars, a été commandé par la ville en novembre 1911, à l’issue des cérémonies du centenaire de la naissance de Wendell Phillips. Une citation de celui-ci surplombe la statue : “Qu’elle soit enchaînée ou couronnée la liberté est toujours victorieuse”.

L’Amérique de Wendell Phillips, c’est l’esclavage, aboli en 1865, et son héritage. C’est la violence institutionnalisée contre les Noirs depuis la ségrégation, légale jusque dans les années 1960, la violence policière et l’incarcération de masse – les Noirs représentent 12% de la population, mais plus de 40% des prisonniers. C’est le taux plus élevé d’homicides et de condamnations à la peine de mort dans les régions des États-Unis où le lynchage des Noirs était une pratique commune entre la fin du XIXe siècle et les années 1960.

L’Amérique de Wendell Phillips, c’est celle du combat pour l’égalité raciale, depuis le mouvement abolitionniste, qu’il rejoint en 1837, jusqu’à Black Lives Matter. L’ancien esclave et abolitionniste Frederick Douglass raconte que Wendell Phillips l’accompagnait toujours dans les wagons réservés aux noirs lorsqu’ils voyageaient ensemble. Un autre militant afro-américain, Charles Lenox Remond, admirait Phillips parce qu’il se conduisait de façon “civilisée” avec l’homme noir.

L’Amérique de Wendell Phillips, c’est la tradition américaine, et souvent masculine, de l’art oratoire. Ce sont les grands discours qui font l’histoire des États-Unis : le dernier discours de George Washington en 1796 ; l’allocution d’Abraham Lincoln sur le champ de bataille de Gettysburg en 1863 ; les discours d’investiture des présidents américains ; ceux de Martin Luther King et Malcolm X. À Harvard, Phillips a suivi les cours de rhétorique d’Edward Channing, qui apprenait aux étudiants l’importance du contrôle de leurs émotions. Ses contemporain.e.s, qui décrivent “la douceur métallique de sa voix”, se pressent pour l’écouter.

L’Amérique de Wendell Phillips, c’est Boston, la ville dont son père fut le premier maire, la “cité au sommet d’une colline” que décrit le puritain anglais John Winthrop en 1630, le foyer de la Révolution Américaine. C’est l’aristocratie bostonienne qui domine la ville tout au long du XIXe siècle. Ce sont ses rues animées. Pendant plusieurs mois, Wendell Phillips paie des musiciens pour jouer sous les fenêtres de sa femme, invalide. Aux voisins qui se plaignent du bruit, il conseille d’installer des fenêtres à triple vitrage.

L’Amérique de Wendell Phillips, c’est le combat pour ce qu’il appelle “les droits des autres”. Il affirme qu’une lutte ne vaut que si elle est désintéressée. Abolitionniste et féministe, il défend la prohibition de l’alcool, les droits des Indiens et des travailleurs, et s’oppose à la peine de mort. Il meurt en 1884, pratiquement ruiné.

Hélène Quanquin
L’Amérique de…

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