Les choix de délibéré – 31 oct. 2016


LIVRES


Aux antipodes de Paris

murat« Los Angeles est le territoire le plus étranger à la mort que je connaisse » note Laure Murat, exploratrice d’une ville qui n’en est pas une, dans son journal de bord tenu au fil des semaines. Professeur de littérature française à UCLA depuis une dizaine d’années, Murat a fini par bien connaître cette cité informe qui rebute souvent les gens qui y débarquent pour la première fois, et parvient pourtant à retenir fermement ceux qui y restent plus de quelques mois. L.A., écrit aussi Laure Murat, est l’exacte inverse de Paris. C’est d’ailleurs un des charmes de Los Angeles : revoir Notre-Dame après de longs mois passés dans la capitale de la Californie du sud, c’est comme retrouver le clocher de son village. EL

Ceci n’est pas une ville, de Laure Murat, Flammarion (190 p., 16 euros)


À la bonne vôtre !

Les bistrots sont les portes de “l’infraville”. Dans cette sélection de chroniques parues dans L’Auvergnat de 1961 à 1974, Jacques Yonnet croque la “millénaire tendresse” d’un vieux Paris mystérieux et espiègle. À chaque troquet de la Maube, des Halles ou de la Mouffe, une chronique érudite, émouvante, égrillarde, nostalgique, toujours drôle. Par l’auteur du célèbre Rue des maléfices, tout un patrimoine bistrotier sauvé de l’oubli grâce au travail passionné des éditions L’Echappée. À la bonne vôtre ! SR

Troquets de Paris, de Jacques Yonnet, L’Échappée


La nuit devant soi

Il y a des légendes et une forêt. Un goéland atroce, un sanglier gourmand, une petite souris curieuse. Il y a les forts et les faibles, des consignes, des normes et douze enfants perdus. Et puis il y a Enzo. Armé d’une grosse pierre. Six ans. Précoce. Son père lui a dit : “Quand on veut, on peut !” Alors pourquoi se gêner ? Enzo regarde Fred, son instit, son premier cadavre. Il a la nuit devant lui et tellement de choses à comprendre. LB

Les lois du ciel, de Grégoire Courtois, éditions Le Quartanier


THÉÂTRE


 Tout y passe

Dom Juan est un ogre joyeux et une tête à claques, qui envoie tout valdinguer, et d’abord le Ciel qu’il ne cesse de défier. Nicolas Bouchaud et Vincent Guédon (Sganarelle) se renvoient une balle qui brise les cœurs, les familles, la morale, la religion. Drôle, féroce et mélancolique, ce Dom Juan est un des plus beaux spectacles de Jean-François Sivadier, une féérie athée où chaque mot de Molière est en résonance avec le présent. Dernière semaine de représentations à Paris avant une tournée à Lausanne, Nantes, Strasbourg et Grenoble… RS

Dom Juan de Molière, mise en scène de Jean-François Sivadier, Odéon-Théâtre de l’Europe, jusqu’au 4 novembre, au Théâtre de Vidy (Lausanne) du 23 novembre au 3 décembre, au Grand T (Nantes) du 7 au 17 décembre, au Théâtre National de Strasbourg du 3 au 14 janvier 2017, àla MC2 Grenoble du 19 au 28 janvier 2017


DANSE


Robyn Orlin rattrapée par l’Afrique du Sud

Albert Ibokwe Khosa, dans And so you see... de Robyn OrlinInstallée à Berlin, la chorégraphe et metteur en scène Robyn Orlin a été rattrapée par l’histoire de son pays d’origine, l’Afrique du Sud, qu’elle n’a d’ailleurs jamais totalement quitté. La pratique des viols correctifs (viols pratiqués sur des homosexuels, hommes et femmes) lui est restée en travers de la gorge, au point qu’elle en a fait un spectacle, non pas documentaire mais un solo pour un jeune performer noir de 25 ans, le phénoménal Albert Ibokwe Khosa. And so you see… our honourable blue sky and ever enduring sun… can only be consumed slice by slice… se place en déclinant les Sept péchés capitaux aux côtés des jeunes générations d’un pays qui a bien du mal à gérer le post-apartheid. MCV

And so you see… de Robyn Orlin, avec Albert Ibokwe Khosa (photo: © Jérôme Seron), au Théâtre de la Bastille (dans le cadre du Festival d’Automne), du 31 octobre au 12 novembre à 19h30, 01 43 57 42 14.


Katerina Andreou en libre arbitre

La danseuse et chorégraphe franco-grecque Katerina Andreou fait de la scène sont terrain de jeu perso. Furieusement (elle a les crocs), elle se débarrasse de ses carcans pour laisser place à une danse libre faite de punk, de krump. Faire des choix délibérés en danse ? Avec A kind of fierce, elle répond franchement oui par des ruades, comme électrifiée. MCV

A kind of fierce, de Katerina Andreou, CDC – Atelier de Paris-Carolyn Carlson, les 4 et 5 novembre, Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris, 01 41 74 17 07.


Pensée magique

Karl Biscuit et Marcia Barcellos de la compagnie Système Castafiore étaient déjà magiciens à leur façon très décalée. Ils récidivent avec La Théorie des Prodiges, une nouvelle pièce qui traite du merveilleux et de la fantaisie. “Autrefois, on substituait une pensée magique aux lacunes du savoir, on donnait un sens à des phénomènes inexpliqués par la fantaisie et l’interprétation.” Ils font de même aujourd’hui. MCV

La Théorie des Prodiges, par la compagnie Système Castafiore, du 3 au 5 novembre à la Maison de la Danse, 8 avenue jean Mermoz – 69008 Lyon – 04 72 78 18 00


Attention au retour

Également proposée par la Maison de la Danse de Lyon, la création du hip hoper Landrille Tchouda, artiste associé à la structure, réunit huit danseurs qui s’emparent du boomerang pour composer une pièce traversée par les colères des hommes, leurs frustrations, leurs désespoirs, leurs passions, leurs désirs, histoires de luttes et de destructions. Attention au retour. MCV

Boomerang, de Landrille Tchouda, les 4 novembre et 5 novembre à 20h30 au Toboggan, 14 av. Jean Macé – 69150 Décines – 04 72 93 30 14  


MUSIQUE


Y’a Personne

Paul Personne, Lost in Paris Blues BandÀ 68 ans, Paul Personne est intarissable. Cet automne, il a organisé une session spéciale blues dans un studio parisien en invitant quelques pointures du milieu. Roben Ford, John Jorgenson, Ron Thal, Beverly Jo Scott, Kevin Reveyrand et Francis Arnaud se sont libérés pour rejoindre le guitariste français et taper le boeuf. Trois jours plus tard, l’album Lost in Paris Blues Band (Verychords) a vu le jour avec treize reprises standards des plus marquantes dont “One Good Man” de Janis Joplin, “Watching the River Flow” de Bob Dylan et “Trouble no More” de Muddy Waters. Rien n’est à jeter. DDM

ARCHITECTURE – DESIGN 


Jean Nouvel, à la lumière des Arts Décoratifs

Des galeries du Moyen-Âge aux espaces graphiques, Jean Nouvel s’installe au musée des Arts décoratifs de Paris pour trois mois. Avec son exposition Mes meubles d’architecte, il engage un dialogue entre ses objets très élémentaires et la riche histoire du lieu. L’occasion de faire la différence entre le travail d’un designer et l’oeuvre d’un “architecte qui fait du design”, comme il se définit. C’est-à-dire des pièces le plus souvent conçues pour des bâtiments et qui savent jouer avec l’espace, le plein et le vide. Dans cette rétrospective, on peut découvrir les assises en cuir noir réalisées pour le futur Louvre Abu Dhabi. AMF

Jean Nouvel, Mes meubles d’architecteMusées des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 – 01 44 55 57 50. Jusqu’au 12 février


FILMS


Un documentaire réparateur

Vers une inconditionnelle liberté, documentaire de Vartan Ohanian et Serge ChallonCe n’est pas l’histoire d’un taulard, ni l’histoire de ce qui a fait de lui un taulard. C’est l’histoire de portes qui ne se sont jamais ouvertes et qui se referment sur un jeune homme de 17 ans et 6 mois, qui s’entrouvriront pour une libération conditionnelle en 2003 et s’ouvriront à la fin de sa peine en 2013. Le film (56’) Vers une inconditionnelle liberté, de Vartan Ohanian et Serge Challon, ne pose aucune question directement, il fait confiance à son sujet, Jean-Marc Mahy, pour les poser. (Lire la critique) MCV

Vers une inconditionnelle liberté, documentaire de Vartan Ohanian et Serge Challon. Projection publique le 3 novembre à 20h, à l’ENS de Lyon, dans le cadre de la première édition du Festival Interférences de LyonSur réservation, festival.interferences@gmail.com. 06 47 09 33 19


Psycho-mélo-dodo

La fille inconnue, des frères DardenneUne femme non identifiée est retrouvée morte sur un quai en face du cabinet d’une jeune médecin qui, la veille, a refusé d’ouvrir après une journée difficile. C’eût été un bon documentaire sur le quotidien d’une généraliste en milieu urbain défavorisé s’il n’y avait eu, hélas, la volonté d’en faire une fiction. Tirades psychologiques, acteurs coincés dans des dialogues mélos, voitures en nombre qui se garent ou démarrent… On ne fait pas grand-chose avec des bons sentiments. De l’ennui, peut-être ? LB

La Fille inconnue, un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec Adèle Haenel, Oliver Bonnaud, Jérémie Renier, Louka Minnella…


 Sans voix

daniel-blakeKen Loach nous raconte l’histoire de Daniel Blake, un homme pris dans les méandres de l’État-providence, depuis la recherche d’emploi jusqu’aux demandes de pensions d’invalidité, en passant par la Banque alimentaire. Il expose les failles d’un système qui ne jure que par internet, la ligne hiérarchique, et les musiques d’attente téléphoniques. Dans ce monde désincarné, restent des gens qui tentent de survivre et luttent pour leur dignité et leur humanité. Malgré une fin prévisible, un très beau film sur les sans-voix. HQ

Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan …

LES CHOIX DE LA SEMAINE

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