La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Critiques
Don Quichotte par Honoré
Livres, Ordonnances littéraires

Ordonnance pour le patient Jean-Vincent Placé

Cette année, Le Salon du Livre a été rebaptisé “Livre Paris”, il s’est tenu au moment où le gouvernement cherchait (il cherche d’ailleurs toujours) à imposer une “Loi travail” et après que l’Université de la Sorbonne Nouvelle est devenue “Université Sorbonne Nouvelle”. Regardez bien, ce ne sont que trois exemples parmi bien d’autres mais comment nier l’évidence : il manque des mots. On ampute, on élague. Pourquoi ? Eh bien c’est par souci de simplification. Le site du gouvernement nous apprend que la simplification est un projet porté par un Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé de la Réforme de l’État et de la Simplification, Jean-Vincent Placé. L'heure est venue de lui prescrire un ouvrage pas du tout simplifié, ce qui lui permettra sans doute de poursuivre avec plus d’acharnement encore sa noble tâche. (Lire l'article)

Musiques

Beth Hart et Joe Bonamassa, un “Black Coffee” de qualité

Revoilà Beth Hart et Joe Bonamassa dans Black Coffee, une production prolifique et énergique qui livre un blues de choix puisé dans l'American Songbook. La chanteuse californienne a déjà montré tout le talent qui l'habite. Mais à chaque fois que Joe Bonamassa vient l'accompagner, cette voix inimitable s'en retrouve transcendée, comme si le guitariste virtuose sacrifiait le devant de la scène pour mieux servir le feeling exceptionnel de Beth. (Lire l'article)

Arts plastiques, Expo

Les “Singer Notes” de Mel Bochner

Il y a presque cinquante ans, Mel Bochner entrait en résidence au Singer Central Research Laboratory, dit Singer Lab. Il y avait candidaté avec un projet intitulé Numerical Photographic Translation : il voulait traduire photographiquement une configuration numérique, c’est-à-dire, littéralement, produire une image digitale. Les ressources du Singer Lab. devaient l’y aider. Mais, quelque temps après, les ingénieurs du laboratoire conclurent que les technologies n’étaient pas assez avancées et Bochner dut renoncer au projet. La résidence se changea en une conversation sans but précis et Bochner décida que les notes prises par les participants à ces échanges en seraient le seul résultat. Ces Singer Notes sont aujourd'hui exposées à la galerie mfc michèle didier. (Lire l'article)

Théâtre

Karamazov, tous ensemble…

Encore un roman fleuve et un spectacle au long cours : Jean Bellorini adapte et met en scène Les Frères Karamazov de Dostoïevski dans la carrière de Boulbon. Pendant près de six heures, les corps travaillent, fatiguent, transpirent. Sans écrans témoins, sans cinéma, à mains nues, face aux spectateurs. Loin de la géniale sophistication des Damnés dans la Cour d'honneur et du savoir faire consensuel de 2666  à la Fabrica, Karamazov est un formidable spectacle prolétaire, une extension du domaine de la lutte au théâtre. (Lire l'article)

Le Roi Lear - Olivier Py © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Théâtre

Lear accable Py

La liste des spectacles ratés dans la Cour d'honneur du festival d'Avignon est très longue. Acteurs et metteurs en scène de talent s'y sont souvent cassé les dents, au point qu'il n'est pas abusif de prétendre que l'échec y est la règle. Choisissant de monter Le Roi Lear, Olivier Py a-t-il voulu signifier que la charge du pouvoir l'accablait déjà ? (Lire l'article)

Richard Guérineau, Henriquet. L'homme-reine, Delcourt/Mirages. Critique de Didier Ottaviani dans délibéré
Bande dessinée, S'il vous manque une case...

Henriquet ou la confusion des genres

Oui, c’est clair, notre modernité rejoue le XVIe siècle, ce que nous confirme la lecture de Henriquet, l’homme-reine de Richard Guérineau. Après son remarqué Charly 9, d’après celui de Jean Teulé, l’auteur nous plonge dans une peinture d’Henri III qui, déclinée en trois parties, présente les grands moments de son règne, de son couronnement en 1575 à sa mort en 1589. Insistant parfois sur des aspects anecdotiques et ne reculant pas devant les outrances, ce récit ne manquera pas de faire tiquer l’historien sourcilleux qui chercherait là une stricte biographie. (Lire l'article)

Inma Herrera, Exploratory Movement
Écrans, Machines à voir

Exploratory Movement

Comment écrit-on un texte ? Comment imprime-t-on un livre ? Comment apparaissent, disparaissent et réapparaissent les mots ? Comment fait-on attention aux “choses” ? Autant de questions contenues dans Exploratory Movement (2017) de Inma Herrera
Musiques, Signes précurseurs de la fin du monde

Castles Made of Sand

À quel moment l’avenir a-t-il cessé d’être désirable  ? Quand a-t-on perdu foi en de meilleurs lendemains ? À quel instant la catastrophe a-elle commencé à se dessiner ? Certains répondront les années 1970, avec les premières crises pétrolières, les pantalons à pattes d’eph’ et l’invasion du disco. D’autres diront : les années 80 et leurs efforts pathétiques pour nous redonner le goût de la modernité (“nouveau et intéressant” était le motto de la période, qu’il fallait évidemment lire à rebours). D’autres enfin affirmeront : les années 90 et leur cynisme cocaïné. Pour ma part, je situerais plutôt le début de la fin au 31 décembre 1969, à minuit exactement. Ce jour-là, à cette heure-là, Jimi Hendrix débarque sur la scène du Fillmore East... (Lire la suite)

Bande dessinée, S'il vous manque une case...

Les arts du possible (2)

En constituant des mondes miroirs du nôtre, les BD présentent des univers virtuels qui, sous la forme de métaphores ou de dystopies, mettent en évidence les réalités de notre quotidien ainsi que ses dérives possibles. Elles proposent ainsi une lecture permettant de comprendre que la recherche du bien-être, ou les pratiques les plus consensuelles de nos systèmes sociaux, portent en elles des risques pouvant mettre en danger le fondement même de la vie politique : la liberté. (Lire l'article)

Catherine Poulain, Le Grand marin, éditions de l'Olivier, 2016. Une critique de Sylvain Pattieu
Livres, Ordonnances littéraires

Catherine Poulain, pour ceux qui rêvent de départ

L’année va être terrible, une présidentielle qui s’annonce morose, on prend les mêmes et on recommence, des thèmes de débat rances et hors-sujets, les menaces d’attentats, le sort ignoble fait aux réfugiés, les progrès du repli sur soi, les dictateurs triomphants, les invectives de Trump. Des fois on voudrait bien partir loin. Et puis on prend un livre. Il y a la littérature qui rapetisse, regarde par le petit bout de la lorgnette, met la tête sous l’eau, et puis il y a des romans qui ouvrent des horizons. À ceux qui ont envie de prendre le large : Le Grand marin de Catherine Poulain. (Lire l'article)

Écrans, Séries

2018 en séries

De toutes les addictions qui nous minent, celle aux séries TV est sans doute la plus bénigne. Elle peut même être bénéfique quand ces séries nous embarquent vers le côté face de décors dont nous n’aurions même pas songé à explorer le côté pile. Si le contour des nouveautés 2018 reste un peu nébuleux, on peut déjà recommander les prochaines saisons de séries qui ont fait leur preuves tant par leurs qualités que leur capacité d'accoutumance. (Lire l'article)

Paola Pigani, Venus d'ailleurs
Livres, Ordonnances littéraires

Paola Pigani pour le cas Morano

Vous allez me dire, d’accord, vous voulez prescrire de la lecture à Nadine Morano, très bien, mais est-on bien sûrs que cette dame lise des livres ? Je vous répondrai : nous ne sommes sûrs de rien, et alors ? Ce n’est pas parce que vous ne prenez habituellement pas de médicaments que votre médecin se gardera de vous en prescrire. Donc, Nadine Morano. Qui déclare, à propos des dénommés “migrants” : “Aujourd'hui le sentiment d'envahissement que ressentent les Français, ce n'est pas un sentiment, c'est une réalité.” Que prescrire ? Un remède intéressant, me semble-t-il, est sorti en 2015, et je serais d’avis de l’essayer sur un cas que d’aucuns jugent sérieux. Il s’agit du roman de Paola Pigani, Venus d’ailleurs, paru aux éditions Liana Levi. (Lire la suite)

Photographie, Trotsky, photos inédites

Il était dix-huit négatifs…

Pendant plus de quarante ans, Gilles Walusinski a conservé la pochette que lui avait remise son père et qui contenait dix-huit négatifs représentant Trotsky et ses proches au Mexique. Pour lui, ces photos ne sont pas seulement des documents historiques mais une clé qui ouvre sur sa propre histoire, sur celle de son père, Gilbert Walusinski, et de toute une génération de militants révolutionnaires anti-staliniens, regroupés autour du journal La Révolution prolétarienne, animé par Pierre Monatte et Alfred Rosmer. Vieil ami de Trotsky, Rosmer avait prêté en novembre 1938 sa maison de Périgny en région parisienne pour la réunion de fondation de la IVe Internationale. Une maison où Gilles Walusinski enfant a souvent séjourné dans les années cinquante.

Cinéma, Écrans

Pablo de cinq à sept

En salle, le sixième et le septième longs-métrages du Chilien Pablo Larraín : Neruda et Jackie sont des films jumeaux, nés de regards nouveaux et audacieux sur deux figures célèbres – et peut-être mineures – de la guerre froide. Deux reconstitutions historiques suscitant des émotions contraires : alors que la fuite du poète et sénateur communiste chilien déçoit rapidement, l'intensité de l'entrée en veuvage de l'ex-first lady américaine émeut et fascine durablement. (Lire l'article)

The Rolling Stones - Street Fighting Man
Musiques, Signes précurseurs de la fin du monde

Street Fighting Man

23 mars 2029. Il fait un temps pourri depuis des semaines mais, coup de chance, nous venons de trouver une bâche en plastique dans les décombres d’une zone commerciale. On est vaguement à l’abri là-dessous, et puis cela permet de récupérer un peu d’eau de pluie. Les types qui ont installé leur campement de l’autre côté du bois ont l’air calme depuis quelques jours, mais comme ils ont égorgé Jean-Philippe la semaine dernière, nous nous méfions. J’ai instauré un tour de garde, surtout pour le principe car nous n’avons pas vraiment d’armes pour nous défendre. Les cartouches que nous avions récupérées dans l’armurerie de Coutances sont épuisées depuis belle lurette, et la crosse du fusil, seul morceau de bois sec qui nous restait, est passée dans le feu... (Lire la suite)