Les jardins, ces passeurs
Le jardin, ce monument vivant, ce musée en plein air, cet Éden, peut-il s’exposer ? Avec la complicité de Dürer, Le Notre, Monet, Penone ou Gilles Clément, le commissaire Laurent le Bon invite, au Grand Palais parisien, à une réjouissante flânerie en ses « Jardins ». Pour faire vivre cet art à la fois fragile et construit. Mais en symbiose avec notre culture, tous nos sens. De la Renaissance où ils s’ouvrent au paysage, à nos jours où ils se font le miroir plus sauvage de la planète en danger, balade dans les différents bosquets, toujours artificiels, de la représentation du monde, du travail et du plaisir. (Lire l’article)
Jean Tardieu pour mon banquier
La “gamification”, vous connaissez ? Ce concept à la mode dans les entreprises, les universités ou la communication gouvernementale est une version modernisée du pain et du cirque, avec peu de pain et beaucoup de cirque. Concrètement, on applique au citoyen, au client, au collaborateur – disons au “peuple” – des méthodes qui sont celles que l’on utilise par ailleurs avec les enfants de maternelle : des activités incessantes encadrées par des consignes régulièrement répétées, très simples et très claires, de la pédagogie, le tout sous une forme qui doit toujours être ludique. Illustration à partir des techniques bancaires actuelles, et avec Jean Tardieu. (Lire l’article)
Nouvelle épreuve et renaissance
Daniel Vierge étant à présent incapable de lire, c’est souvent Clara qui lui lit les textes...
Claude Régy prend le large
Il n’a jamais été vieux. Sans doute parce qu’il n’y avait aucune nostalgie dans sa colère contre le présent. Transgresseur, il n’aura cessé de se radicaliser tout au long de sa vie, politiquement, esthétiquement, éternelle figure de rebelle.
Karamazov, tous ensemble…
Encore un roman fleuve et un spectacle au long cours : Jean Bellorini adapte et met en scène Les Frères Karamazov de Dostoïevski dans la carrière de Boulbon. Pendant près de six heures, les corps travaillent, fatiguent, transpirent. Sans écrans témoins, sans cinéma, à mains nues, face aux spectateurs. Loin de la géniale sophistication des Damnés dans la Cour d’honneur et du savoir faire consensuel de 2666 à la Fabrica, Karamazov est un formidable spectacle prolétaire, une extension du domaine de la lutte au théâtre. (Lire l’article)
Rafael Chirbes, la belle écriture
L’écrivain espagnol Rafael Chirbes est mort. Denise Laroutis, sa traductrice en français, revient sur son œuvre, ses livres qui sont des fleuves de mémoire, de savoir, de raffinement. Atteindre à l’émotion par la précision, l’exactitude, jusqu’à la surprise du détail qui vous sabre. Faire le récit de ce qui se passe, narrer son temps, le faire surgir d’un texte-corps, souvent massif. Assumer la complexité de la vie sans feintes, sans effets, mais en soulevant chaque pierre pour observer ce qu’elle cache. Aucune économie, une efflorescence d’écriture, une abondance nécessaire. Son labeur, toute sa vie : celui d’un façonneur du réel ; le résultat : une œuvre d’art, majeure, dans les hauteurs. (Lire la suite)
Le skateboard, constructeur de formes
Avec l’exposition “Landskating” à la Villa Noailles de Hyères (Var), de jeunes architectes déroulent toute l’histoire spatiale et constructive de cet art de la glisse, des terrains trouvés secrets aux skateparks commerciaux construits, des formes aux objets, des rampes aux bowls. Peu à peu, cette pratique se codifie. Au départ alternative et périphérique, elle a squatté la ville, la révélant autrement. S’y intégrant dans un espace public partagé. (Lire l’article)
Camera Obscura
“Éteindre la lumière pour mieux regarder” : une vidéo réalisée à partir de la manipulation de quatre photographies numériques capturant l’effet d’une chambre noire, et un texte retraçant les étapes de cette réalisation.
L’avocat et les assassins
En 1996, deux immigrants kurdes sont condamnés par la cour d’assises du Jura pour le meurtre sauvage d’une femme de vingt-cinq ans laissée pour morte après avoir été violée. Peu de choses ensuite, dans ce roman aux faux airs de récit pénal, sont entièrement imaginaires. Un avocat en proie à des phobies et bien loin du prestige des joutes oratoires, se retrouve malgré lui dans les coulisses de ce drame. Souvent, les romans de genre exposent l’indicible et décrivent le chaos avant de ramener l’ordre. Conservateurs et rassurants. Après la peur et le frisson triomphe la normalité. La morale est rappelée. Parfois aussi un texte est tout simplement bon et décale les règles. (Lire l’article)
La porte de Champerret, bouche verte, Main jaune
Fermée en 2003, tour à tour, décharge, squatt et grotte abandonnée, la Main jaune est à l’aube d’une nouvelle vie. Mais il n’y a pas que cet ancien temple du roller qui va ici changer de main. Deux autres sites abandonnés et invisibles vont ré-émerger, parmi les projets lauréats de Réinventer Paris. C’est donc par ses marges, son sous-sol périphérique, avec de petits sites réactivés, que la porte de Champerret fait sa mue.
1839, une révolution révélée
Les éditions Macula publient la somme de Steffen Siegel sur l’invention de la photographie par Daguerre et Talbot, passionnante anthologie de textes de l’époque aux résonances étonnamment modernes.
Viva Aravena !
Le Chilien Alejandro Aravena monte cette année sur les deux plus prestigieux podiums internationaux de l‘architecture. Il est le commissaire de la biennale de Venise 2016, et le lauréat du Prizker Prize. Bluffant ! Jeune, social, écolo, le fondateur de l’agence Elemental de Santiago s’est surtout fait repérer en 2004 avec ses demi-maisons à bas coût, conçues dans une démarche collective pour éradiquer un bidonville. Il est le représentant de jeunes bâtisseurs latino-américains ou africains qui revivifient l’architecture. (Lire la suite)
Le #LogeurduDaesh vivait à saint Déni
De quoi pouvait-on bien rire encore après le 13 novembre ? Non pas rire sans rapport avec les attentats mais rire à leur propos, autour d’eux : comment les apprivoiser, les circonscrire psychiquement ? L’homme providentiel s’appelle Jawad Bendaoud. Les internautes l’ont hashtagué #logeurdudaesh, la faute de syntaxe valant comme signe de la parodie et de la duplicité. Il est devenu un mème en trois secondes et demie grâce à sa déclaration sur BFMTV : “On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, monsieur. On m’a dit d’héberger deux personnes pendant trois jours et j’ai rendu service. Je sais pas d’où ils viennent, on n’est au courant de rien. Si je savais, vous croyez que je les aurais hébergés ?” Perçue comme un mensonge par de nombreuses personnes, la déclaration a donné lieu à des centaines de détournements. (Lire la suite)
“On n’est pas couché” dehors…
Prie-Dieu, La Mergez et Amédée, sont des clochards établis sur les quais de Seine, jusqu’au jour où ce dernier apprend qu’il est l’héritier de sa tante Adélaïde, qui lui lègue son pavillon en banlieue. Mais il ne pourra occuper ce domicile fixe que s’il prend en charge son neveu Nicolas, un jeune trisomique fasciné par Gagarine et les étoiles. Les fugues de Nicolas ou les frasques des amis plus ou moins honnêtes des SDF seront les moteurs d’une odyssée citadine où s’accumulent les rencontres de personnages hauts en couleur, sans jamais tomber ni dans le pathos larmoyant ni dans la glorification idéalisée de la marginalité. (Lire l’article)
Le Templefjorden
À l’extrémité du Sassenfjorden, prolongement de l’Isfjorden, au Spitzberg, c’est-à-dire en Arctique pour le dire carrément, le Tempelfjorden est le refuge de milliers d’oiseaux qui viennent chaque été y nicher, rarement troublés – mais sans doute est-ce déjà trop – par les rares passages de navires de croisière ou les manips des chercheurs et étudiants de l’université de Longyearbyen.
Paul
Je n’avais aucune idée de l’adresse de La Briardière, la maison que Paul Strand avait achetée avec Hazel son épouse. Nous avons tourné dans toutes les rues du village quand tout à coup, eu haut d’une côte, je vis un jardin qui ressemblait beaucoup aux photographies de Paul que je connaissais par son livre A Retrospective Monograph.
1685
Händel, Bach, Scarlatti : tel est l’ordre (février, mars, octobre) dans lequel sont apparus ces trois bébés prometteurs en l’an de grâce 1685. Une bonne année : ils eurent tous trois ce pouvoir magique de nous envoyer en l’air — ou de nous réduire à l’état de serpillère — avec trois notes ! S’il fallait les résumer d’un mot, le premier serait un musicien de cour, le deuxième un musicien d’église et le troisième un anarchiste. Mais derrière le Water Music de Händel et ses multiples opéras se cachent d’admirables Suites pour clavier, comme veillent, derrière les cantates et les grandioses Passions de Bach, les fascinantes variations Goldberg. (Lire l’article)
Castorf dans le miroir de Molière
Derniers tours de roue pour Frank Castorf à la Volksbühne de Berlin. Dans ce contexte de fin de mandat – ou de fin de règne –, difficile de ne pas rechercher dans ses derniers spectacles une dimension testamentaire, voire crépusculaire. Créé en 2016, Die Kabale der Scheinheiligen. Das Leben des Herrn de Molière, laisse en tout cas une large place à l’introspection : c’est sûrement l’une des pièces les plus explicitement intimes jamais montées par le metteur en scène. Et c’est une pièce qui au delà de sa profusion, ne traite que d’un sujet : l’amour du théâtre. (Lire l’article)


















