Le livre d’artiste ou la passion des deux arts
Poète et imprimeur, Roland Chopard a fondé sa maison en 1978. Les éditions Æncrages & co ont depuis publié plusieurs centaines de titres, tous cousus main. Explications.
Léda sans cygne
Parmi les personnages hauts en couleurs du XXe siècle, Gabriele d'Annunzio est le plus contradictoire. Poète et guerrier, séducteur et solitaire, amateur d'art et de moteurs V12, ce héros borgne (accident d'avion) du nationalisme italien vit un peu sur la fortune de son père, davantage sur celle de ses amies, et entretient une meute de barzoïs blancs. Grand prêtre du modernisme décadent, il traite le futuriste Marinetti de “crétin phosphorescent”, et c'est sans doute pour échapper à une injure aussi géniale que Mussolini le fait enfermer dans son kitchissime Vitoriale du lac de Garde, où il meurt en 1938. Trente ans plus tôt, à l'occasion d'un concert, il avait découvert Scarlatti. (Lire l'article)
Antoine et Cléopâtre, passion parfaite
Tiago Rodrigues a baptisé sa compagnie Mundo Perfeito. Son spectacle Antoine et Cléopâtre est en harmonie avec ce nom : il est rare de sortir d'un théâtre avec la sensation que ce qui est montré est la traduction parfaite du projet initial. Faire vivre l'âme de l'un dans le corps de l'autre, c'est très exactement ce que réalisent sur scène Sofia Dias et Vítor Roriz. (Lire l'article)
La secte Scarlatti
Séjournant à Venise comme tant de musiciens du début du XVIIIe siècle, le jeune Irlandais Thomas Roseingrave est invité à montrer ses talents de claveciniste devant un parterre choisi. Il s'en tire plutôt bien mais n'a pas le loisir de se monter du col. Un jeune homme “à l'air grave, vêtu de noir et portant une perruque blanche” lui succède, et joue avec une telle virtuosité que, rapporte-t-il, “mille diables semblaient s'être emparés de l'instrument”. Pour Roseingrave, c'est une révélation. Subjugué par le talent de Domenico, il ne touche plus le moindre clavecin pendant un mois, et suit dévotement son héros à Naples et à Rome. De retour à Londres, “Rosy” fait partager son enthousiasme à plusieurs grands musiciens anglais. (Lire l'article)
Petits meurtres entre parents
Dans la course au spectacle long, le projet présenté par Antonio Latella est hors concours : 16h30 de représentation, en italien surtitré, avec des morceaux en grec ancien et en latin. Une plongée dans l'intimité agitée des Atrides qui insuffle aux vieilles histoires une vérité des corps, un amour des personnages, une élégance dont on ne se lasse pas. (Lire l'article)
Brest 1992 : le port et la ville (1)
En 1992 le Ministère de l'Équipement lança une "commande publique" dont le titre Le port et la ville correspondait à la préoccupation politique du développement – difficile – des ports en France comparé aux grands ports européens. Je décidai alors de revenir à Brest et d'y partir au mois d'août.
“Mes personnages sont le réceptacle d’une misogynie féroce”
L'auteur de Haine revient longuement sur la genèse des deux monstres qui cohabitent dans son roman.
La possibilité d’un DeLillo
Encore un marathon organisé par Julien Gosselin, qui s'attaque cette fois à trois des romans majeurs de Don DeLillo. Inégal, moins maîtrisé que son adaptation du roman de Roberto Bolaño 2666, ce spectacle est aussi plus intéressant. C'est que les fils narratifs sont moins faciles à suivre, tant le style de DeLillo, riche en ellipses et surtout en silences suppose des lecteurs qui acceptent de s'égarer en chemin. La scénographie d'Hubert Colas est une boîte fermée – un grand livre au cœur duquel on se retrouve. On en retiendra de grands moments d'humour, de mélancolie, de cruauté, de complexité. (Lire l'article)
Alfred Parsons
En marge de notre série d’articles consacrés à la carrière d’Edwin Austin Abbey, il ne serait...
Brest 1992 : le port et la ville (3)
Dernière séquence du travail à Brest en août 1992. Ces vues panoramiques permettent de capter l'évolution de la ville et invitent à poser une question : combien de temps faut-il attendre pour qu'une photographie devienne lisible en accord avec les intentions de son auteur ?
Marie Darrieussecq pour Caroline Forêt (*)
Pas une semaine sans qu’une nouvelle et mystérieuse pathologie ne vienne mettre à l’épreuve la sagacité des praticiennes du service de médecine littéraire. Adressée par nos confrères de chirurgie poétique, Madame Caroline Forêt présentait toutes les apparences d’une zoophilite aigue ou amour excessif des animaux. Il a fallu tout le flair du Dr Rabau pour déceler derrière ce symptôme une calymite ou réaction obsessionnelle inflammatoire au voile portée par certaines femmes. Il a été prescrit en première intention Notre vie dans les forêts de Marie Darrieussecq (P.O.L. 2018) afin de lutter contre l’infection. À l’heure actuelle, la patiente reste hospitalisée et le pronostic est incertain. (Lire l'article)
Ordonnance pour les naufragés
Un homme se réveille nu, naufragé sur une plage. “Que lui était-il arrivé ? Une semaine plus tôt à peine (une semaine ! était-ce seulement possible ?), il rectifiait son nœud de cravate et présentait devant son équipe un plan d’action qui n’omettait aucune éventualité, dans lequel chaque risque avait été pallié, chaque heure prise en compte. Et maintenant ?”. Dans Sans oublier la baleine (traduit par Christine Barbaste, Stock, 2016), John Ironmonger raconte l'histoire d'un naufrage. D'où il ressort que si le pire est sûr, les conséquences ne sont pas toujours celles que l'on croit. Le récit prémonitoire de ce qui attend François Hollande l'année prochaine ? À lire dès maintenant, ou à garder sous la main pour 2017, dans votre kit d’urgence anti-gueule de bois.
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Sauvette qui peut
Nos lectrices cinéphiles (nous savons que peu d’entre elles regardent Les Tuche) se souviennent...
Les habits d’ombre
Une jeune femme sans passé et sans famille, après avoir braqué un homme à la sortie d’un bar, retourne son arme contre elle et se tire une balle entre les deux seins. Sa cible lui a tourné le dos sans se retourner, ni même accélérer au bruit de la détonation. Personne ne sait. Personne ne parlera. L’Argentine Eugenia Almeida pose son récit à l’heure de la convalescence crépusculaire d’un pays martyrisé. Cela pourrait être partout où, de l’histoire des dictatures et des coups tordus, remontent des créatures à la gueule grand ouverte. (Lire l'article)
Sharon Eyal, du tac au toc
Dans OCD Love de la chorégraphe israélienne Sharon Eyal, les “personnages” sont comme électrocutés à la base, dès qu’ils entrent en scène. Puis, tout est question de doigté, dans la gestion des ensembles, comme dans celle de deux duos millimétrés, l’un masculin, l’autre féminin. Inutile de chercher un sens : les corps sont renversés au point que l’on ne sait plus s’ils se présentent de face ou de dos et offrent le tableau d’une société stressée sans issue de secours. C’est dans la sensualité, dans les cuisses qui se frôlent, ou dans les gestes réparateurs, comme les mains qui passent et lavent les visages que l’on quitte la noirceur. (Lire l'article)
Rambert, entre brouillard et feu sacré
Après le succès planétaire de sa pièce Clôture de l'amour (créée au festival d'Avignon 2011), et le demi plantage de Répétition (2014), Pascal Rambert présente à Gennevilliers son dernier texte, Argument : Annabelle et Louis viennent d'un temps – les années 1870 – que Rambert s'amuse à reconstituer en multipliant les références historiques et sociales. Une pièce improbable, une scène de ménage entre un sadique et une revenante sous le regard d'un enfant mort vivant, un moment de théâtre hors sol, à la fois gonflé et artificiel, un tableau kitsch avec des traits de talent et de grâce. (Lire la suite)
Chiharu Shiota, un fil après l’autre
Artiste travaillant sur la mémoire, sur l’absence, la Japonaise Chiharu Shiota rappelle, à l’occasion de son exposition “Destination” visible à la galerie Daniel Templon (Paris) jusqu’au 22 juillet, que ses embarcations sont avant tout une représentation de la vie en tant que “voyage incertain et merveilleux”. Une barque encerclée d'immenses tissages, source de fascination et de peur. (Lire l'article)
Michel Butel, mort d’un poète
On annonce la mort de Michel Butel, à l'âge de 77 ans. C'est une très mauvaise nouvelle. La presse perd son dernier poète, et ses amis un type formidable. Il était malade depuis des mois, avait du mal à respirer, mais jusqu'à son dernier souffle il a défendu l'idée que l'on devait faire des journaux comme des œuvres d'art. Il est bien le seul à y être parvenu. Portrait rédigé en 2011 alors que Butel se préparait à lancer son tout dernier journal, L'Impossible, après avoir présenté sa candidature à la direction du Monde. (Lire le portrait)

















