La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Critiques
Dans la jungle des villes, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, Jean Jourdheuil et André Engel, festival d'Avignon 1972. © Fernand Michaud (source BNF - Gallica)
Théâtre

Jean-Pierre Vincent, révélation

Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, militant du théâtre public, mort le 4 novembre à l’âge de 78 ans, aura marqué cinquante ans d’histoire du théâtre. En gardant jusqu’au bout une énergie qui faisait du bien. 
Danse

Histoire d’Elle

Adapté du  roman d’Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens, sous la forme d’un quatuor où se mêlent théâtre, danse, cabaret, musique, poésie sonore, Icônes passe en revue sans hiérarchie les vies et œuvres de femmes qui ont marqué l’histoire et/ou nourri les magazines people. Auteur du texte et de l’adaptation, Anne-James Chaton est aussi sur scène aux côtés de François Chaignaud, Phia Ménard et Nosfell. Un enchantement dont le “Elle” qui revient comme un appel donne le ton mais également le rythme et la sonorité. Donné deux soirs à Chambéry, Icônes est programmé en mai à Mulhouse et Grenoble, avant une représentation à Avignon en juillet. (Lire l’article)

Sépànd Danesh, Soulèvement, 2015. Huile, spray et acrylique sur toile, 140 x 200 cm, Courtesy de l’artiste, Backslash
Arts plastiques, Expo

Rêver à l’envers

Il y a les œuvres qu’on aime parce qu’on les a comprises : le plaisir du déchiffrement, du terrain conquis et du sentiment de sa propre intelligence contribuent à la vivacité du souvenir qu’on en garde et au plaisir qu’on a à y revenir. Et il y a les œuvres qui, au contraire, vous poursuivent parce qu’elles vous échappent, parce qu’elles se présentent comme autant de paradoxes, sphinx silencieux proposant de muettes énigmes. Les toiles de Sépànd Danesh appartiennent à cette seconde catégorie. Si l’on voulait résumer leur énigme, sans doute pourrait-on la formuler ainsi : ces toiles sont peuplées de figures et pourtant, on pourrait les dire abstraites. L’exposition Des ruines pour origine est à voir jusqu’au 2 avril chez Backslash Gallery, à Paris. (Lire l’article)

Stéphane Mallarmé, Poésies, édition de Bertrand Marchal, préface d'Yves Bonnefoy, coll. Poésie/Gallimard, 1992. Une ordonnance littéraire de Sophie Rabau dans délibéré
Livres, Ordonnances littéraires

Mallarmé pour Emmanuel M.

Monsieur Emmanuel M., âgé de 45 ans, marié, ministre des Finances, se présente à la consultation du service de chronobibliopathologie, adressé par son médecin traitant suite à une histoire d’insomnie, retards, pertes de montres et agenda. À l’anamnèse, on retrouve des événements déclencheurs idiopathiques : désintérêt pour la lecture dès la puberté, tentative, au début de l’âge adulte, de faire entrer “26 heures dans une journée” selon l’expression du patient. Après réunion du staff, on propose un traitement allopathique à raison d’un voyage en bus sur le trajet Paris-Marseille avec lecture d’un sonnet tiré de la pharmacopée classique. (Lire l’article)

Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Folio, 2016. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne
Livres, Ordonnances littéraires

Annie Ernaux pour Serge Dassault

Le nécessiteux qui vient de m’être adressé s’appelle Serge Dassault, il a 91 ans et vit à Corbeil-Essonnes, dans une banlieue dite “sensible”. Alors que se passe-t-il avec ce monsieur ? Eh bien, il souffre d’une sorte d’inadaptation au réel, le diagnostic a été posé sans appel, l’été dernier, lorsque, en visite dans un hypermarché de sa ville, il s’est tourné soudain vers un caddie proche pour exclamer : “On n’a pas pris de petit véhicule ? On prend un truc comme ça ?”. Il se trouve que vient de paraître en poche l’ouvrage d’Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour qui, à défaut de traiter toutes les pathologies qui affectent l’honorable vieillard, pourra peut-être le remettre sur la voie d’un certain réel, celui de l’hypermarché, de ses clients, de ses lumières, de ses marchandises entassées, de ses promos, de ses queues à la caisse…. (Lire l’article)

Passengers, un film de science-fiction de Morten Tyldum, avec Chris Patt et Jennifer Lawrence...
Caméras suggestives, Cinéma, Écrans

Passengers, la SF lost in space

Dernier né de la nouvelle science-fiction hollywoodienne, Passengers, robinsonnade qui tourne à la rom-com entre le beau gosse et la star bombasse de service, s’avère-t-il à la hauteur de son genre, miroir déformant de notre condition humaine ? Que fait-il de sa situation de départ, aussi anxiogène que prometteuse : un colon du futur, sorti de son sommeil artificiel 90 ans avant destination, et condamné à vieillir et mourir seul dans un vaisseau dont il est le seul passager réveillé ? (Lire l’article)

Rodolfo Walsh
Livres, Rodolfo Walsh

Rodolfo Walsh en 36 vignettes (1-16)

Une drôle de note, glissée entre les cahiers saisis par la dictature peu avant ta mort, dit ceci :  “On m’appelle Rodolfo Walsh, quand j’étais enfant, je n’arrivais pas à trouver ce nom convaincant, je me disais par exemple qu’il ne m’aiderait pas si je voulais devenir président de la République.”  (Lire)

Frédéric Pagès, Botul au bordel, Buchet-Chastel, 2015. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne dans délibéré
Livres, Ordonnances littéraires

À ceux que la chienlit offusque

Les hommes et les femmes politiques ne lisent pas beaucoup, on le sait bien, et c’est une des raisons pour lesquelles cette chronique, largement subventionnée, vous vous en doutez, par le ministère de la Culture, a été mise en place. Ils ne lisent que bien peu mais ils causent. Beaucoup. À droite, la mode en ce moment est à la chienlit”, terme qui n’est officiellement plus vulgaire ni même familier depuis le 19 mai 1968. Les responsables politiques ont visiblement très peur de la chienlit, et cette peur est devenue, ces derniers temps, très nettement obsessionnelle. En 2015 est paru un ouvrage de Frédéric Pagès, Botul au bordel, qui semble pouvoir s’intégrer dans le traitement cognitif de ce type de pensée obsessionnelle.  (Lire l’article)

Théâtre

Marco Layera, à gauche prout

Dans La Imaginación del futuro, présenté au festival d’Avignon 2014, le metteur en scène chilien Marco Layera s’amusait à déboulonner l’icône de gauche Salvador Allende, représenté en vieille baderne gâteuse responsable des exactions de la dictature à venir. Plutôt réussie dans la forme, la satire laissait perplexe quant au fond, même sous couvert d’humour et de second degré. Dans La Dictadura de lo cool, son nouveau spectacle, on retrouve les mêmes ingrédients : farce politique déjantée et fond de sauce réactionnaire, même si Layera prétend se donner un vernis radical d’ultra gauche.
(Lire l’article)

David Lefebvre, “Montagne III”, huile et acrylique sur toile, 73x92 cm, 2015. Courtesy Galerie Zürcher, Paris - New York
Arts plastiques, Expo

Parce que la peinture

Les paysages de David Lefebvre exposés à la galerie Zürcher sont des mondes miniatures, des maquettes où le réalisme aurait ménagé une place pour une science-fiction plausible, nichée au creux des rochers, dans les replis des collines ou dans le bleu du ciel. Des paysages interrompus par un signe qui brise les réalismes. Sans rien cacher, ses peintures demeurent mystérieuses. Rien ne semble échapper quand on les regarde, et pourtant, elles diffusent une secrète étrangeté. Quelque chose se trame, dans le calme le plus grand et dans l’immobilité la plus parfaite. (Lire la suite)

Une mouette et autres cas d'espèces, mise en scène Hubert Colas © Hervé Bellamy
Théâtre

La Mouette, ou comment l’oublier

Il n’y pas foule dans la salle transformable du théâtre de Nanterre-Amandiers, et il n’est pas sûr que le bouche à oreille la remplisse d’ici la fin des représentations (le 22 janvier). Pas sûr non plus que le spectacle d’Hubert Colas fasse le plein au théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi où il est programmé le 26 janvier. Cela s’explique, Une mouette et autres cas d’espèces n’est pas une franche réussite. Mais c’est injuste, la scénographie est inventive, les acteurs talentueux, et la mise en scène d’Hubert Colas ne verse jamais dans la médiocrité. (Lire l’article)

Écrans, Séries

2018 en séries

De toutes les addictions qui nous minent, celle aux séries TV est sans doute la plus bénigne. Elle peut même être bénéfique quand ces séries nous embarquent vers le côté face de décors dont nous n’aurions même pas songé à explorer le côté pile. Si le contour des nouveautés 2018 reste un peu nébuleux, on peut déjà recommander les prochaines saisons de séries qui ont fait leur preuves tant par leurs qualités que leur capacité d’accoutumance. (Lire l’article)

Musiques

Joan Baez, une voix pour un au revoir

Une voix, un combat, un cœur… Et soixante ans de carrière. En fait, tout le monde connaît Joan Baez. Et si, après Paul Simon et Elton John, elle vient de décider de mettre un terme à ses longues tournées, la diva du folk n’a pas dit son dernier mot. « J’arrête les tournées mais pas la scène », déclarait-elle dans une récente interview. À 77 ans, la chanteuse qui partageait la scène avec le jeune Dylan au début des années soixante présente un nouveau disque studio, Whistle down the wind, album de reprises qu’elle va promouvoir dans sa tournée d’adieu. (Lire l’article)

Danse

Montpellier Danse : Actions

Alors que beaucoup s’ingénient à faire des théâtres des lieux de divertissement, Steven Cohen et Antonio Canales ont volé les théâtres pour les transformer respectivement en temple et en café cantante de Séville. Les deux arrachent la scène et ont donné le ton de la 37édition du festival Montpellier Danse. Reprendre les théâtres pour en faire des sanctuaires non pas dédiés à une quelconque puissance divine mais à des rituels personnels. (Lire l’article)

Théâtre

Avignon-69 peine à jouir

Bilan médiocre pour la 69e édition du festival d’Avignon, qui s’achève ce samedi 25 juillet. Sur une quarantaine de propositions à l’affiche du in, les spectacles mémorables ne sont pas franchement des découvertes et se comptent sur les doigts d’une main: trois spectacles de haut niveau plutôt seuls dans une forêt clairsemée. (Lire l’article)

Deadpool
Caméras suggestives, Cinéma, Écrans

Deadpool, ou l’esthétique du bluff

Dans le nouvel Olympe marketté par Hollywood, Deadpool, énième comics passé sur grand écran, incarne le sale gosse de la famille mutante. À savoir, sous sa combinaison noire et rouge, un tueur à gages amoral et roublard, avec un visage de zombie, une puissance de surhomme et un don d’immortel. Mais son vrai super pouvoir, c’est le super second degré. Dès l’ouverture se déploient tous les vertiges de l’ironie et de la mise en abyme : voix off gouailleuse et regard caméra complice, gags parodiques. Dans ce kaléidoscope de clins d’œil et de reflets à l’infini, que reste-t-il du réel ? Rien, ou si peu. Fini le temps où des super héros sombres ou fragiles portaient doutes et traumas de l’après 11 septembre : nous voici revenus à l’ère du clinquant et du chiqué. (Lire l’article)

Danse

Rock’n roll à Grenoble

Alors qu’il vient d’apprendre qui devra quitter le Centre chorégraphique national de Grenoble qu’il dirigeait depuis 1984, Jean-Claude Gallotta recrée My Rock, une pièce bourrée d’énergie qui annonce le retour du groupe Émile Dubois, la compagnie que le chorégraphe créa en 1979 avec Mathilde Altaraz. (Lire la suite)

All My Life (1966) de Bruce Baillie
Écrans, Machines à voir

All My Life

Bruce Baillie est l’un des pionniers du cinéma d’avant-garde tourné sur la côte ouest des États-Unis à la fin des années soixante. Ce court-métrage de 1966 fait correspondre en un plan-séquence la voix d’Ella Fitzgerald et la lumière d’été sur la côte californienne.