Folies Faust

Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault. Une critique de René Solis dans délibéré
Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault (photo © compagnie)

Les manifs mènent à tout, même à Sainte-Anne, ce qui n’est pas le plus mauvais refuge quand on n’en peut plus de s’être fait gazer depuis le pont d’Austerlitz jusqu’au boulevard Arago. C’est dans le jardin de l’hôpital psychiatrique parisien que Marguerite Martin, Prix Nobel de biologie et quadragénaire érotomane, trouve asile juste avant l’entracte. Dans le Faust revu et refusé par Sylvain Creuzevault, comme dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov, la folie est un cadeau du diable, une façon d’échapper au contrôle d’identité et à l’ordre établi.

Avis aux spectateurs, les trois heures trente que dure Angelus novus ne sont ni raisonnables ni bien léchées ; l’embrouille y règne et les personnages sont susceptibles de changer de peau, au sens propre : les masques conçus par Loïc Nevada participent d’un carnaval existentiel, d’un bal des sorcières où les zadistes de Notre-Dame-des-Landes croisent des assistants de Frankenstein dans un monde futuriste –on est en décembre 2016, voire en juin 2017– où tout est possible, y compris l’élection d’un chef d’orchestre mélenchoniste à la présidence de la République (rêve ou cauchemar, ce n’est pas clair…). Le tout se terminant en chansons, dans un Jardin des délices où se retrouvent humains, diables et marionnettes.

Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault. Une critique de René Solis dans délibéré
© compagnie

Entre tout cela, un fil, et même trois : les histoires parallèles –et mélangées– de deux savants (Kacim le neurologue et Marguerite la Prix Nobel) et d’un musicien (Theodor le chef d’orchestre). Trois “AntiFaust”, selon le mot de Creuzevault, qui mènent leurs travaux dans des laboratoires souterrains à l’équipement précaire, à la merci d’interventions intempestives de comparses maladroits. On s’y perd mais ce n’est pas grave, le spectacle a beau accumuler références, vraies et fausses pistes, il reste sous la menace permanente du rire, comme un démon libérateur venu nettoyer les yeux et les oreilles.

Au Théâtre Monfort à Paris, du 12 au 14 novembre, les anciens du groupe T’Chan’G  entendent honorer la mémoire de Didier-Georges Gabily, disparu il y a vingt ans, apôtre d’un théâtre qui brassait mythes anciens et monde d’aujourd’hui. Un théâtre d’excès, hors normes, imprévisible, revigorant. C’est cette même flamme que ranime le spectacle de Creuzevault.

René Solis

Angelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault. Une critique de René Solis dans délibéréAngelus novus, AntiFaust, mise en scène de Sylvain Creuzevault, Théâtre national de la Colline (Festival d’Automne), 75020 Paris, jusqu’au 3 décembre.

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