Le Musée entre à l’Opéra

Un musée dans un musée, l’idée est amusante. Elle a été concoctée par Boris Charmatz, directeur du Musée de la danse de Rennes (Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne) et par Benjamin Millepied, directeur de la danse à l’Opéra de Paris. Laboratoire d’idées et de gestes destiné à élargir la culture chorégraphique de tout un chacun, répertoire vivant qui intègre et diffuse des œuvres de chorégraphes contemporains ou historiques, le Musée de la danse avait déjà conçu 20 danseurs pour le XXe siècle, sorte de happening chorégraphique qui propose des focus sur des auteurs qui ont marqué l’histoire de la danse, d’Isadora Duncan à Jérôme Bel, de Fokine au krump. Transmises par les auteurs ou par des spécialistes, les danses ont ainsi été présentées à la Bibliothèque des Champs Libres à Rennes, au MoMA de New York, à Berlin au pied du monument aux morts soviétiques et à Londres à la Tate Modern. L’entrée au Palais Garnier, le temple de la danse est une mise en abyme réjouissante.

Caroline Bance – 20 danseurs pour le XXe siècle – Conception Boris Charmatz ©Agathe Poupeney

Hors scène traditionnelle, répartis dans les nombreux salons, foyer, galerie du rez-de-chaussée aux premières loges, les différents solos interprétés par les danseurs du Ballet sont comme les marque-pages d’un dictionnaire ouvert. Il faudrait se rendre chaque jour que dure cette entrée au répertoire (jusqu’au 11 octobre) pour avoir le temps de tout voir et de savourer sa propre déambulation, alors que des applaudissements jaillissent de part et d’autre du somptueux bâtiment. Au hasard, nous nous sommes rendus sur le grand escalier pour tomber sur un pantin tout de noir vêtu, des gants au bonnet. C’était le personnage Petrouchka de Michel Fokine, prisonnier dans sa cellule castelet. À même le sol glacial, le danseur Samuel Murez a dressé le portrait inquiétant d’une marionnette torturée et cassée.

Benjamin Pech - 20 danseurs pour le XXe siècle - Conception Boris Charmatz © Agathe-Poupeney
Benjamin Pech – 20 danseurs pour le XXe siècle – Conception Boris Charmatz ©Agathe Poupeney

Comme appelés de nouveau par les Ballets Russes, nous nous sommes retrouvés devant le faune et les nymphes de Nijinski dansés, mimés et commentés avec ferveur par Benjamin Pech. Auparavant, Pascal Aubin nous avait entraînés chez Pina Bausch, Jerome Robbins. À peine le temps de monter quelques marches, et nous tombâmes sur un bout de Forsythe avant d’enchaîner avec Dominique Bagouet. Julia Cogan en short mettait de la fraîcheur et une certaine insouciance dans interprétation d’un extrait de Meublé Sommairement, beaucoup mieux dans ce registre que dans le krump.

Mais le plus étonnant fut, après avoir croisé Charlie Chaplin via une mutine Sofia Parcen, de découvrir un solo énigmatique de l’Américain Vito Acconci. Assis en tailleur pour cette performance intitulée Trademarks, Yann Saïz a méticuleusement tatoué son corps de tampons encrés avant de les transférer sur des morceaux de papier sur lesquels on a pu déchiffrer de cruelles morsures. Ce fut la dernière danse puis le public s’en est allé. Dommage. Ne manquait à cet excellent début de soirée – qui se compléterait par un programme Balanchine/Millepied/Robbins, cette fois dans la salle – que quelques sièges pour les personnes âgées et un guide-programme plus précis.

Marie-Christine Vernay
Danse

Marie-Solène Boulet - 20 danseurs pour le XXe siècle - Conception Boris Charmatz © Agathe-Poupeney
Marie-Solène Boulet – 20 danseurs pour le XXe siècle – Conception Boris Charmatz ©Agathe Poupeney

Opéra Garnier, 20 danseurs pour le XXe siècle et programme Balanchine/Millepied/Robbins, jusqu’au 11 octobre. 

 
La super triplette

Autre bonne nouvelle, Dimitri Chamblas, chorégraphe, danseur, réalisateur revient dans la maison d’une partie de son enfance puisqu’il y fut petit rat. Depuis ses études au Conservatoire national supérieur de Lyon, il est resté ami avec Benjamin Millepied, qui a lui aussi suivi ce cursus, tout comme le troisième de la triplette, Boris Chamartz, qui est également un ami proche de Dimitri. Ce sont des retrouvailles prometteuses. Comme promis, Boris et Dimitri dansent toujours À bras le corps, un duo de 1993 dont Benjamin fut l’un des premiers spectateurs à Lyon. À l’Opéra, Dimitri Chamblas vient d’inaugurer le 15 septembre la 3ème Scène, une scène virtuelle qui s’ajoute au Palais Garnier et à la Bastille. Il s’agit d’une plateforme digitale de création qui héberge des œuvres commandées par l’Opéra à des artistes de renom.

M.-C. Vernay

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