Il Miracolo, une histoire du trouble

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Dieu, ces derniers temps, visite souvent Arte et c’est tant mieux. Après Au nom du père, co-production avec le Danemark, et son ravageur pasteur, voici Il Miracolo, co-production avec l’Italie, avec sa vierge en plastoc qui pleure des litres de sang. Serait-ce un rien passéiste ? Parce que l’Italie, là, semble moins habitée par les miracles de la madone que par de bons vieux démons. Erreur.

Niccolò Ammaniti fait ses débuts en réalisation, il est jeune écrivain connu, traduit en France chez Grasset (par Myriam Bouzaher), a reçu le prix Strega (l’équivalent du Goncourt) et, pour expliquer son passage à l’image, ne dit que cela : cette vierge, qui lui est apparue au moment d’écrire, il n’avait pas envie de la céder à d’autres. Y a-t-il meilleure raison pour générer livre ou film, que quatre mots ou une image qui ne vous lâche pas ?

D’où ce formidable Short cuts à l’italienne qui, partant de la pleurante dame, fait entrer en scène un président du Conseil italien en campagne électorale à haut risque (Guido Caprino, tout en subtilité) : nous sommes en plein Italiaexit potentiel ; son épouse que l’on peut croire évaporée mais qui possède un vrai potentiel de nuisance politique, et regrette le militant sans petits arrangements qu’elle a aimé ; un prêtre dont la foi s’est bien effondrée et qui est devenu champion polyvalent du vice, jeu, sexe, escroquerie (Tommaso Ragno, prix d’interprétation au festival Séries Mania) ; une baby-sitter polonaise membre d’une improbable secte fredonnante (hommage sans doute à The Leftovers que Niccolò Ammaniti a bien aimé), un père et son fils en plein dilemme Abraham/Isaac quelque part en Calabre, une scientifique spécialiste de l’ADN chargée d’analyser le sang virginal, ce qui pourrait bien l’emmener vers l’extrême (impeccable Alba Rohrwacher qui magnifie ses rôles ici avec discrétion), une amoureuse éconduite trente ans plus tôt mais de nature entêtée, un général qui pense, et quelques autres.

   
Le miracle est bien là, y compris chez les plus rationnels des personnages (du moins en apparence) : directement ou indirectement la statuette sème le trouble dans les vies et les esprits mais la fragmentation permanente du réel est déjouée, portée par une narration qui d’éparse devient progressivement lumineuse. Et même parfois inspirée. 

Dominique Conil
Guide

Il Miracolo, de Niccolò Ammaniti, sur Arte. L’intégralité de la série est en ligne depuis le 4 janvier, la diffusion sur la chaîne débutant le 11. Et prions pour que les spectateurs en Arte +7 télévisuel aient accès à la version originale, ce qui n’est pas toujours le cas.
Série disponible en DVD et blu-ray, 35 €.