La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Critiques
Judith et Holopherne par Louis Finson d’après Caravage
Arts plastiques, Caravage

Cent experts pour un marchand et une oreille de faussaire (2)

Bien que son œuvre fasse grand bruit dans le milieu, le maître faussaire demeure invisible et méconnu. L’occultation de son existence, en effet, est la condition du couronnement. Aussi performant soit-il, ce créateur ne peut jamais recueillir les applaudissements auxquels donne lieu le succès de son travail. Pour cette raison sans doute, comme plusieurs exemples en attestent, il est parfois tenté de fomenter une petite énigme permettant d’atténuer la frustration inhérente à sa condition de faussaire. De ce point de vue, l’auteur du Judith et Holopherne découvert à Toulouse et attribué au Caravage est bien un maître… (Lire l’article)

Danse

17ème Biennale de la danse de Lyon : chemins de traverse

Ils n’ont franchement rien à voir l’un avec l’autre. Les uns du collectif Petit Travers proposent un jonglage scénique où la trajectoire de la balle est plus visible que le jongleur. Les autres de la compagnie Roy Assaf Dance mêlent les danses religieuses, militaires ou de couple. Leur vocabulaire intrigue dans cette 17ème Biennale de la danse de Lyon très touffue. (Lire l’article)

Musiques

The Tree of Forgiveness

En avril 2018, à 71 ans, John Prine sort son 24e album, The Tree of Forgiveness, un peu sous le manteau. Treize ans qu’il n’avait rien produit. Résultat bluffant. “J’espère qu’on ne va pas se rendre compte que c’est la dernière fois qu’on se dit au revoir.”
Portrait de Farinelli (détail) par J. Amigoni
Chroniques scarlattiennes, Musiques

Farinelli nous casse les oreilles

Malgré leurs caractères diamétralement opposés, il semble que l’amitié entre Scarlatti et Farinelli ne se soit jamais démentie. D’ailleurs, c’est à Farinelli, dépositaire de l’héritage musical de Maria Barbara, que l’on doit de connaître aujourd’hui les sonates. On raconte que le divin castrat fit beaucoup pour aider Scarlatti, empêtré dans ses dettes de jeu, moyennant la mise au propre de ses sonates, mais il y avait entre eux bien davantage que de vulgaires histoires d’argent ou d’intérêts. (Lire l’article)

Martine Bedin et Claude Eveno, Objets, nos amis. Une conversation, éditions éoliennes
Design

Le virus des objets

Martine Bedin et Claude Eveno se sont rencontrés en 2000, ont beaucoup correspondu. Au fil de leur amitié, à travers textes et lettres, ils retracent leurs souvenirs respectifs, leurs initiations croisées, leurs constats actuels. Se répondent leurs relations aux lieux, à l’espace, aux voyages, aux maisons, à l’art, à l’architecture, à la photographie… Au design finalement, dans Objets, nos amis. Une conversation, un livre où ils dressent un état du monde des choses subjectif, joyeux et désenchanté. (Lire le guide)

Livres, Ordonnances littéraires

Martin Veyron, pour les obsédés du parpaing

Ce conseil est pour toi, le promoteur, l’homme pressé, l’obsédé du parpaing, de la bétonnière, de la brique alvéolaire. Lis, s’il te plaît, cette très belle BD de Martin Veyron, Ce qu’il faut de terre à l’homme (Dargaud), adaptée de la nouvelle de Léon Tolstoï, parue en 1886. Indémodable. Édifiante, crois-moi. “Si seulement j’avais plus de terre”, c’est le leitmotiv qui obsède, tout comme toi, Pacôme, ce paysan et père de famille. Nous sommes à la fin du XIXe siècle en Sibérie, et si la vie est un labeur harassant, elle lui sourit pourtant. Les efforts payent, la réussite et le gain le grisent, justifient trahisons et fuites en avant jusqu’à l’absurde. Plus dure sera la chute. (Lire l’article)

Danse

Coup de vieux sur la Cour d’honneur

Dans Retour à Berratham, la nouvelle création du chorégraphe Angelin Preljocaj, les danseurs de la compagnie, grâce à leur énergie collective, sauvent la soirée d’un néant où la danse semble renvoyée à une fonction strictement illustrative. Car un intrus s’est invité dans la Cour d’honneur et s’y cramponne : le texte. (Lire l’article)

Design, Expo

Martin Szekely, la constance de l’essentiel

Le designer français expose “Construction” au Musée des arts décoratifs et de design de Bordeaux, dans les salles de l’ancienne prison. Il a trouvé là le lieu idoine pour faire dialoguer quelque 40 pièces limpides et les pierres brutes des murs. Un éloge de la simplicité des meubles, née d’une complexité technologique équilibriste et invisible, menée avec artisans et petites entreprises. Le minimum face aux excès, le silence loin du vacarme. (Lire l’article)

Théâtre

Sister : spectacle fêlé en mal de scène

Les Subsistances aiment à brasser des idées, à mêler les genres et les styles. À l’occasion du festival Mode d’Emploi, la metteure en scène, auteure et comédienne Hélène Mathon proposait un spectacle sur la schizophrénie : Sister, sur un texte d’Eugène Savitzkaya qui nous met directement en relation avec le malade et son entourage, ne parlant pas de la maladie en tant que telle mais de sa perception à travers la fratrie. Sister est une plongée vertigineuse dans un monde délirant, trouble, douloureux mais peuplé. Sister a été déprogrammé par les Théâtres Sorano-Jules Julien à Toulouse. Dommage. (Lire la suite)

Joan Miró, Bleu II
Arts plastiques, Expo

Joan Miró, du coq à l’âne et vice versa

Vient de s’achever, au Grand Palais, une rétrospective consacrée à Joan Miró. Mais par quel bout le prendre, ce catalan impossible ? Lui qui, comme Dalí, comme Picasso, finit par ressembler à ses tableaux. La peinture déteindrait-elle sur nous ? À bien regarder cette exposition – les tableaux et leur public – il semblerait que oui. C’est l’effet Miró… Ça déteint, la peinture coule sur nous. Et l’art nous aide à respirer. (Lire l’article)

poulet vine renoi
Courrier du corps

Le poulet, cet incompris

Il suffit de taper “poulet” dans Vine ou “#poulet” et c’est la cataracte. Une jeune fille chante “j’ai pas mangé de poulet alors j’ai l’impression que je vais crever”. Des garçons se mettent à danser quand ils apprennent que leur “daronne” a fait du poulet. D’autres pleurent parce que le prix du poulet a augmenté. Une variante est possible avec le KFC, ce qui complique singulièrement la mise. En effet, on croyait avoir compris que ce délire gallinacé était le renversement d’un cliché raciste repris à leur compte par ceux qui en sont victimes. Bref, que les “renois”, en faisant toutes les variations possibles sur le poulet, se moquaient de ceux qui leur attribuent un goût particulier pour le poulet. Mais le poulet du KFC n’est plus exactement du poulet. C’est du poulet symbolique. (Lire la suite)

Pierre Paulin, Siège 577 dit Tongue, 1967. © Coll. Centre Pompidou, musée national d’art moderne / Photo JC. Planchet
Design, Expo

Comment Pierre Paulin est devenu Paulin

De ses sièges suaves et colorés à ses intérieurs en forme de tentes ou de cocons, le designer français (1927-2009) a conçu un monde de mobilier et de mini-architectures organiques qui ne renient pas le confort mais s’épanouissent comme des fleurs ou des igloos. Ce pragmatique si inventif n’a pas été reconnu en France avant les années 2000. Le Centre Pompidou lui consacre enfin une exposition qui retrace le parcours rigoureux et chaotique de celui qui ne revendiquait qu’un titre, celui de “dessinateur industriel”. Un modeste tourmenté qui avait un art tout à fait singulier de se projeter dans l’espace et qui a su inventer un paysage domestique complet et continu. (Lire l’article)

Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur, Gallimard. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne
Livres, Ordonnances littéraires

Jean Tardieu pour mon banquier

La “gamification”, vous connaissez ? Ce concept à la mode dans les entreprises, les universités ou la communication gouvernementale est une version modernisée du pain et du cirque, avec peu de pain et beaucoup de cirque. Concrètement, on applique au citoyen, au client, au collaborateur – disons au “peuple” – des méthodes qui sont celles que l’on utilise par ailleurs avec les enfants de maternelle : des activités incessantes encadrées par des consignes régulièrement répétées, très simples et très claires, de la pédagogie, le tout sous une forme qui doit toujours être ludique. Illustration à partir des techniques bancaires actuelles, et avec Jean Tardieu. (Lire l’article)

Livres, Ordonnances littéraires

Massacre des innocents pour le Président de la République

Grâce à son sang froid et à son flair médical, le docteur Rabau a pu diagnostiquer et prendre en charge M. Macon, président de la République, bien connu au service de Médecine littéraire, alors qu’il traversait un épisode aigu de diabète politique sucré. Après une intervention en urgence au palais de l’Élysée, le patient a été admis au service de Médecine littéraire et un traitement de fond a été mis en place avec la prescription du Massacre des Innocents de Marc Biancarelli (Actes Sud, 2018). Les résultats sont encourageants et l’acidité du patient a pu être révélée. La vigilance et des soins réguliers restent toutefois nécessaires. (Lire l’article)

Histoire d'un livre, Livres

Ivan Denys, lycéen résistant (histoire d’un livre)

Fondatrice en 2013 des éditions Signes et balises, Anne-Laure Brisac raconte la genèse du premier titre de son catalogue, Lycéen résistant, formidable témoignage écrit au soir de sa vie par Ivan Denys, son ancien prof de lycée. Cette Histoire d’un livre, en texte, en images et en documents sonores, est aussi le début, pour délibéré, d’une nouvelle chronique.