Markowicz, Morvan, éditeurs sur Mesures
Les éditions Mesures sont une maison indépendante autodiffusée qui a été fondée par deux traducteurs et poètes reconnus. Pourquoi et comment ? Entretien avec André Markowicz.
Bernhard, Lupa : l’Europe par la face sombre
Parue quelques mois avant sa mort, Place des héros est la dernière pièce de Thomas Bernhard, et l'une des plus provocatrices. Imprécateur impitoyable dans la lignée des héros bernhardiens, le personnage principal a la particularité d'être absent : la pièce s'ouvre au lendemain de son suicide. Si le mort est omniprésent tout au long de la pièce, ce n'est pas seulement parce que ses chaussures, ses chemises et ses costumes sont encore là, mais parce qu'il hante littéralement tous les survivants : quand ils ouvrent la bouche, c'est encore le suicidé qui parle, tant sa détestation du monde semble avoir contaminé tous ses proches. (Lire l'article)
Ny-London au Spitzberg
Ny-London à Peirsonhamna sur Blomstrandhalvøya dans le Kongsfjorden au Spitzberg, ou l'histoire du lamentable fiasco industriel d'un type nommé Ernest Mansfield (1862-1924), prospecteur de son son état et patron charismatique de la Northern Exploration Company, qui avait voulu en 1911 ouvrir et exploiter là-bas, dans l'Arctique, une carrière de marbre.
Les jardins, ces passeurs
Le jardin, ce monument vivant, ce musée en plein air, cet Éden, peut-il s'exposer ? Avec la complicité de Dürer, Le Notre, Monet, Penone ou Gilles Clément, le commissaire Laurent le Bon invite, au Grand Palais parisien, à une réjouissante flânerie en ses "Jardins". Pour faire vivre cet art à la fois fragile et construit. Mais en symbiose avec notre culture, tous nos sens. De la Renaissance où ils s'ouvrent au paysage, à nos jours où ils se font le miroir plus sauvage de la planète en danger, balade dans les différents bosquets, toujours artificiels, de la représentation du monde, du travail et du plaisir. (Lire l'article)
Instable comme une saillance
La saillance : objet ou personnage émettant ou recevant des prégnances. Elle est d'une instabilité constitutive qui — acte fondateur du rire — tire le tapis sous nos certitudes les plus assurées. D'abord, un prédateur peut se transformer en proie, ou inversement, sans prévenir personne. Ensuite, une saillance peut se transformer en prégnance, ce qui pose une redoutable question, très voisine de celle que se sont posée les physiciens lors de la naissance de la physique quantique.
L’irréparable
Il y a cinquante ans étaient détruits les pavillons Baltard. Malgré la mobilisation internationale, l’irréparable a été commis. Ces merveilles ont été remplacées par l'auvent le plus cher du monde. Ainsi va le monde et c’est à pleurer.
Léonie
Léonie, c'est le prénom que je t'ai donné, toi qui avais cessé ton commerce, "l'épicerie générale" sur la place de Monpazier. C'est la photographie de ta maison qui est accrochée sur mon mur et voisine avec une image parente réalisée à la même période, en octobre 1979, par Willy Ronis. Nous avions répondu à une commande publique baptisée 10 photographes pour le Patrimoine. L'histoire de la commande est emblématique d'une politique et d'une époque. (Lire l'article)
Yung Jake, interactif passif
C'était au printemps dernier, consultant le site redshoes (“red shoes | SOME SHOES est une structure de production et de diffusion d’oeuvres contemporaines”) : les “news” de l'automne 2014 y étaient encore affichées. Rétrovision. Ne lisant pas plus loin que la première photo, on s'arrête sur celle de Yung Jake, jeune rappeur américain dont est donné en lien un clip vidéo étonnant, Embedded. Yung Jake est aussi un artiste digital sorti de CalArts, qui au lieu de glorifier la bimbeloterie technologique la rend pitoyable, la renvoie à son ineptie. (Lire la suite)
Babylon Berlin, Schneidermann : tourbillon et sidération
“Les années 30 nous obsèdent”, écrit Daniel Schneidermann dans Berlin, 1933. Entre Babylon Berlin, série à succès qui fait du bruit et un livre qui dépiaute les silences de la presse internationale dans l’entre-deux guerres : dialogue. (Lire l'article)
Rambert, entre brouillard et feu sacré
Après le succès planétaire de sa pièce Clôture de l'amour (créée au festival d'Avignon 2011), et le demi plantage de Répétition (2014), Pascal Rambert présente à Gennevilliers son dernier texte, Argument : Annabelle et Louis viennent d'un temps – les années 1870 – que Rambert s'amuse à reconstituer en multipliant les références historiques et sociales. Une pièce improbable, une scène de ménage entre un sadique et une revenante sous le regard d'un enfant mort vivant, un moment de théâtre hors sol, à la fois gonflé et artificiel, un tableau kitsch avec des traits de talent et de grâce. (Lire la suite)
Un jésuite à éclipses
En 1725, Domenico Scarlatti se voit confier une mission par l'ambassadeur du Portugal à Paris : remettre au roi une lentille de lunette astronomique... L'instrument, lui explique da Cunha, a été livré à Lisbonne imperfeito, et Jean V est furieux de s'être fait rouler dans la farine par un artisan français pourtant réputé, Nicolas Bion. On sait le roi grand amateur de musique, d'art, de littérature et de sciences naturelles, mais il se passionnait aussi, comme tout honnête homme à l'époque, pour l'astronomie dont un certain Isaac Newton, président en exercice de l'académie des sciences anglaise, la Royal Society, venait de trouver le grand secret : l'attraction universelle. (Lire l'article)
Deadpool, ou l’esthétique du bluff
Dans le nouvel Olympe marketté par Hollywood, Deadpool, énième comics passé sur grand écran, incarne le sale gosse de la famille mutante. À savoir, sous sa combinaison noire et rouge, un tueur à gages amoral et roublard, avec un visage de zombie, une puissance de surhomme et un don d’immortel. Mais son vrai super pouvoir, c'est le super second degré. Dès l’ouverture se déploient tous les vertiges de l’ironie et de la mise en abyme : voix off gouailleuse et regard caméra complice, gags parodiques. Dans ce kaléidoscope de clins d’œil et de reflets à l’infini, que reste-t-il du réel ? Rien, ou si peu. Fini le temps où des super héros sombres ou fragiles portaient doutes et traumas de l’après 11 septembre : nous voici revenus à l’ère du clinquant et du chiqué. (Lire l'article)
Féminismes, l’auto-défense au quotidien
Pour l’auto-défense féministe, Princesa, Feu! Abécédaire des féminismes présents: trois livres abordant la question de l’auto-défense des femmes contre les violences sexistes et sexuelles.
“Mes personnages sont le réceptacle d’une misogynie féroce”
L'auteur de Haine revient longuement sur la genèse des deux monstres qui cohabitent dans son roman.
Histoire d’Elle
Adapté du roman d’Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens, sous la forme d'un quatuor où se mêlent théâtre, danse, cabaret, musique, poésie sonore, Icônes passe en revue sans hiérarchie les vies et œuvres de femmes qui ont marqué l’histoire et/ou nourri les magazines people. Auteur du texte et de l'adaptation, Anne-James Chaton est aussi sur scène aux côtés de François Chaignaud, Phia Ménard et Nosfell. Un enchantement dont le “Elle” qui revient comme un appel donne le ton mais également le rythme et la sonorité. Donné deux soirs à Chambéry, Icônes est programmé en mai à Mulhouse et Grenoble, avant une représentation à Avignon en juillet. (Lire l'article)
Arnaud Meunier ou le théâtre optimiste
Arnaud Meunier met en scène un Candide pimpant, à la fois près du texte et inventif, proche de la comédie musicale. Dans un entretien, le metteur en scène revient sur ce spectacle et sur sa conception du théâtre.
Annie Le Brun, ou l’art de la résistance
Il reste bien peu de vrais rebelles dans ce monde sans horizon et sans boussole, mais Annie Le Brun en fait assurément partie. Chacun de ses livres est un pavé dans la mare de la crétinisation ambiante, et son tout dernier, Ce qui n’a pas de prix (Stock), est à ce titre une lecture particulièrement jubilatoire, un manifeste contre l’enlaidissement du monde qui sévit depuis les années 90 et résulte de la collusion de l’art et de l’argent orchestrée en particulier par les industries du luxe. Cet “art des vainqueurs” se nourrit en effet de sidération, de gigantisme et de vide esthétique et, face à ce matraquage, il est urgent de réagir, affirme l’auteur... (Lire l'article)
Wait Until Tomorrow
Quelle musique pour la fin du monde ? Jean-Sébastien Bach ou Jimi Hendrix ? Te Deum ou Machine Gun ? Concert live ou MP3 ? L’orchestre du Titanic est réputé avoir joué jusqu’au bout. La légende prétend que son dernier morceau fut My God, To Thee (Plus près de toi mon Dieu). Rescapé du naufrage, un des deux opérateurs radio du bord affirme, lui, avoir entendu les huit musiciens interpréter le cantique Autumn. Certains érudits penchent plutôt pour Songe d'Automne, une valse composée par Archibald Joyce. D’autres enfin assurent que tout cela n’est qu’une belle histoire : en réalité, les musiciens auraient tenté de sauver leur peau comme tout le monde. (Lire la suite)


















