La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Critiques
Théâtre

La femme aux masques de Phèdre

À l'Odéon, Isabelle Huppert incarne tour à tour une déesse antique, une star à la dérive dans un palace, une ménagère anglaise enfermée dans une banlieue glauque, une conférencière désabusée et l'héroïne de Racine. Autant de masques de Phèdre à la démesure d'une actrice qui excelle à souffler le chaud et le glacé et à livrer son corps à la contradiction. Sa performance exceptionnelle occulte en partie les failles du spectacle de Krzysztof Warlikowski, où les choix littéraires du metteur en scène (textes signés Wajdi Mouawad, Sarah Kane, J.M Coetzee) ne sont pas toujours à la hauteur de ses intuitions dramaturgiques. (Lire l'article)

Entomologie photographique, Photographie

Daniel

Tu ne t'appelles certainement pas Daniel, toi le marchand de balais de Mendoza. Daniel c'est ton photographe, que j'ai rencontré chez Agathe Gaillard, l'amie qui tenait la première galerie réservée à la photographie, ouverte à Paris en 1975. Daniel Barraco est né le 23 janvier 1956 à Mendoza, en Argentine. Le premier travail important, qu'il montre en arrivant à Paris, il l'a baptisé Le truc de perdre l'enfance. Il retourne vivre à Mendoza dans les années 2000. Il s’est remis à dessiner et surtout à écrire. Et il est devenu éditeur. (Lire l'article)

Obia, de Colin Niel (Rouergue noir)
Le genre idéal, Livres

Jamais n’existe pas

Des gens cherchent une place dans le monde. Pas même au soleil. Un proverbe créole le dit : "Plus tu es déchiré, plus les chiens te déchirent." Comment peut-on croire que ce qui se passe ailleurs n’est qu’un dépaysement ? Obia, de Colin Niel, éditions Rouergue Noir. 
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Théâtre

Thomas Bernhard, version réduite

Clown lettré, intello au physique de gardien de but, Nicolas Bouchaud a un don de connivence, une façon d'interpeller les spectateurs qui met aussitôt en confiance. Toutes qualités présentes dans son adaptation de Maîtres anciens. Il a le coffre et la tête pour interpréter les monstres chers à Thomas Bernhard. Quelque chose pourtant ne fonctionne pas tout à fait, qui tient à la structure de l'original... (Lire l'article)

Livres, Ordonnances littéraires

Martin Veyron, pour les obsédés du parpaing

Ce conseil est pour toi, le promoteur, l’homme pressé, l’obsédé du parpaing, de la bétonnière, de la brique alvéolaire. Lis, s’il te plaît, cette très belle BD de Martin Veyron, Ce qu’il faut de terre à l’homme (Dargaud), adaptée de la nouvelle de Léon Tolstoï, parue en 1886. Indémodable. Édifiante, crois-moi. “Si seulement j’avais plus de terre”, c’est le leitmotiv qui obsède, tout comme toi, Pacôme, ce paysan et père de famille. Nous sommes à la fin du XIXe siècle en Sibérie, et si la vie est un labeur harassant, elle lui sourit pourtant. Les efforts payent, la réussite et le gain le grisent, justifient trahisons et fuites en avant jusqu'à l'absurde. Plus dure sera la chute. (Lire l'article)

Robert Benayoun
Chroniques avéryennes, Écrans

Tex Avery existe-t-il ?

Robert Benayoun (1926-1996), historien du cinéma, scribe de l'érotisme et du rire surréalistes, a vécu avec Tex Avery, et surtout sans lui, une étrange aventure. Fasciné par une oeuvre qu'il qualifie magnifiquement de “déculottage darwinien, tarte à la crème relativiste et kugelhof freudien”, il monte dans les années 1960, avec quelques amis de la revue Positif, un “Bureau de recherches texaveriennes” qu'il situe quelque part entre le CNRS et l'Oulipo. Surtout : il tente dès 1951 d'entrer en contact avec Tex Avery... (Lire l'article)

Bande dessinée, S'il vous manque une case...

Les arts du possible (2)

En constituant des mondes miroirs du nôtre, les BD présentent des univers virtuels qui, sous la forme de métaphores ou de dystopies, mettent en évidence les réalités de notre quotidien ainsi que ses dérives possibles. Elles proposent ainsi une lecture permettant de comprendre que la recherche du bien-être, ou les pratiques les plus consensuelles de nos systèmes sociaux, portent en elles des risques pouvant mettre en danger le fondement même de la vie politique : la liberté. (Lire l'article)

Arts plastiques, Expo

Les “Singer Notes” de Mel Bochner

Il y a presque cinquante ans, Mel Bochner entrait en résidence au Singer Central Research Laboratory, dit Singer Lab. Il y avait candidaté avec un projet intitulé Numerical Photographic Translation : il voulait traduire photographiquement une configuration numérique, c’est-à-dire, littéralement, produire une image digitale. Les ressources du Singer Lab. devaient l’y aider. Mais, quelque temps après, les ingénieurs du laboratoire conclurent que les technologies n’étaient pas assez avancées et Bochner dut renoncer au projet. La résidence se changea en une conversation sans but précis et Bochner décida que les notes prises par les participants à ces échanges en seraient le seul résultat. Ces Singer Notes sont aujourd'hui exposées à la galerie mfc michèle didier. (Lire l'article)

Kobane Calling, de Zerocalcare, traduit par Brune Seban, éditions Cambourakis. Une chronique de Didier Ottaviani dans délibéré
Bande dessinée, S'il vous manque une case...

Kobane calling (to the underworld)…

La situation moyen-orientale peut être envisagée à partir de bien des prismes, et c’est celui des combattants kurdes qu’a choisi le dessinateur italien Zerocalcare dans Kobane calling. Parti à la frontière de la Turquie, de l’Irak et du Kurdistan pour produire ce qu’il définit lui-même comme “un carnet de voyage, pas un traité de sociologie”, il s’inscrit dans la nébuleuse de ces témoignages en BD, qui peuvent prendre des formes extrêmement variées. Avec une différence majeure dans le cas de Zerocalcare : c’est un punk… (Lire l'article)

Affiche du film “Journey to the West: The Demons strike back”
Cinéma, Écrans

L’Empire du Milieu contre-attaque

Le cinéma chinois va-t-il dévorer Hollywood ? Cela fait en tout cas longtemps qu'il est parti à la conquête du monde. Dès les années 1920, les frères Shaw étendaient leur empire sur toute l'Asie. Journey to the West, The Demons Strike back, blockbuster réalisé par Tsui Hark et présenté dans le cadre du 7e Festival du cinéma chinois en France, raconte la lutte d'un jeune moine contre les démons. Il ne s'agit pas de tuer le mal, mais de le faire revenir au bien. Ce n'est pas gagné... (Lire l'article)

"La porte", une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski
Chroniques avéryennes, Écrans

La porte !

Tex Avery nous a cent fois menés au bord du gouffre, nous y a maintenus en lévitation tel le coyote suspendu, pour finalement nous plonger dans des abîmes de perplexité. Confrontés au choix de rire ou de réfléchir, nous avons choisi de faire les deux. 
Une mouette et autres cas d'espèces, mise en scène Hubert Colas © Hervé Bellamy
Théâtre

La Mouette, ou comment l’oublier

Il n'y pas foule dans la salle transformable du théâtre de Nanterre-Amandiers, et il n'est pas sûr que le bouche à oreille la remplisse d'ici la fin des représentations (le 22 janvier). Pas sûr non plus que le spectacle d'Hubert Colas fasse le plein au théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi où il est programmé le 26 janvier. Cela s'explique, Une mouette et autres cas d'espèces n'est pas une franche réussite. Mais c'est injuste, la scénographie est inventive, les acteurs talentueux, et la mise en scène d'Hubert Colas ne verse jamais dans la médiocrité. (Lire l'article)

Christian Léourier, Le Chemin de Rungis (Gallimard Jeunesse) © Philippe Mignon
Architecture

L’irréparable

Il y a cinquante ans étaient détruits les pavillons Baltard. Malgré la mobilisation internationale, l’irréparable a été commis. Ces merveilles ont été remplacées par l'auvent le plus cher du monde. Ainsi va le monde et c’est à pleurer.
David Lefebvre, “Montagne III”, huile et acrylique sur toile, 73x92 cm, 2015. Courtesy Galerie Zürcher, Paris - New York
Arts plastiques, Expo

Parce que la peinture

Les paysages de David Lefebvre exposés à la galerie Zürcher sont des mondes miniatures, des maquettes où le réalisme aurait ménagé une place pour une science-fiction plausible, nichée au creux des rochers, dans les replis des collines ou dans le bleu du ciel. Des paysages interrompus par un signe qui brise les réalismes. Sans rien cacher, ses peintures demeurent mystérieuses. Rien ne semble échapper quand on les regarde, et pourtant, elles diffusent une secrète étrangeté. Quelque chose se trame, dans le calme le plus grand et dans l’immobilité la plus parfaite. (Lire la suite)