La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Critiques
Palais Métro, Montréal, 1967. Architecte : François Dallegret. Collage. Courtesy François Dallegret
Architecture

La discothèque, architecture des flux

Voom Voom de Saint-Trop, Piper de Turin, Club 54 de New York, Palace parisien, Hacienda de Manchester… Et bien d’autres lieux mythiques qui ont mené les corps yéyé, jerk ou disco jusqu’au bout de la nuit. Lumière, son, drogues ont sculpté les espaces de ces discothèques nées dans les années 60. L’exposition La Boîte de nuit, à la Villa Noailles (Hyères), s’immerge dans ces architectures intangibles. Des bulles métaphoriques d’innovations sociales, artistiques et technologiques, imaginées par des architectes expérimentaux, d’ambiance plutôt que d’intérieur. Éclate phénoménologique, entre boules à facettes, décibels et utopies. (Lire l’article)

Théorie du coyote suspendu. Une chronique avéryenne de Nicolas Witkowski
Chroniques avéryennes, Écrans

Théorie du coyote suspendu

Le freinage (par antigravité ?) avant l’atterrissage est devenu un grand classique du dessin animé. La façon de tomber en est un autre : il arrive souvent chez Avery que lorsqu’on coupe un arbre (Timber !!), il tombe du mauvais côté en dépit des lois de la pesanteur. Surtout, comme chez le vil coyote de Chuck Jones, il n’est pas rare de voir un personnage courir, et continuer sur sa lancée en dépassant le bord de la falaise. Il finit par s’arrêter, se gratte la tête et réalise qu’il est dans le vide, ce qui déclenche sa chute immédiate — à la verticale. Or cette “théorie du coyote suspendu” est loin d’être absurde, comme va le montrer un petit détour par l’histoire des sciences. (Lire l’article)

Brest 1982 © Gilles Walusinski
Brest 1982-1992, Photographie

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (4)

L’été se terminait. Le soleil avait contredit la grisaille, cliché bien installé dans les mémoires brestoises. Parler des pauvres qu’on baptisait nouveaux pour désigner ceux qui restaient au bord du chemin, nous amena à penser qu’il fallait aussi parler de leurs rêves, de ce qui les extrait de ces quotidiens besogneux. Quoi de mieux qu’un match de foot…

Design, Expo

Tout le talent de Tallon

 Du rouge, du noir, du blanc, de l’arrondi et de l’effilé, une montre Lip et le TGV, un téléviseur portatif et un escalier hélicoïdal, des cuillères et des machines à écrire Japy, la chaise WIMPY, le premier fastfood américain en France, et la maquette de la revue Art Press… Toutes ces réalisations, à petites et grandes échelles, racontent particulièrement les années 50 à 80. Elles dressent surtout le portrait de Roger Tallon (1929-2011), ingénieur et créateur industriel, qui a su imposer le mot “design” en France. Le musée des Arts décoratifs parisien lui rend hommage. (Lire l’article)

Théâtre

Ivo van Hove, miroirs troubles

Coup de vieux dans la cour du Lycée Saint-Joseph à Avignon. Le metteur en scène Ivo van Hove adapte Vieilles gens et choses qui passent, un roman de Louis Couperus (1863-1923), figure des lettres néerlandaises. Costumes noirs et lumières sombres, l’obscurité règne sur les cœurs et les consciences, comme si le trio de vieillards qui mène cette drôle de danse avait contaminé les générations suivantes, les entraînant avec eux, quel que soit leur âge, aux portes de la mort. Vies malheureuses, gâchées, ralenties, le temps qui passe est du temps qui pèse et l’horloge qui bat au centre de la scène évoque moins le compte à rebours que la malédiction éternelle. (Lire l’article)

Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants, éditions de l'Olivier, 2019
Le coin des traîtres, Livres, Traduction

Valérie Zenatti : le voyage à Czernowitz

Il suffisait de les avoir croisés ensemble une fois : ce qui unissait Aharon Appelfeld et Valérie Zenatti dépassait la complicité qui existe parfois entre écrivain et traducteur. Comme s’ils veillaient l’un sur l’autre. Comme s’ils étaient de la même famille. Après la mort d’Appelfeld, Valérie Zenatti était la seule à pouvoir écrire ce livre, de filiation et tendresse autant que de deuil. Dans le faisceau des vivants, aux éditions de l’Olivier. (Lire l’article)

Livres

Perrault creuse partout

« Dominique Perrault, la Bibliothèque nationale de France, portrait d’un projet 1988-1998 ». Une exposition est consacrée jusqu’au 22 juillet 2018 à cet architecte qui sonde « l’épiderme du sol » pour en extraire la « substance urbaine », ne cesse d’approfondir son architecture souterraine.

periscope
Courrier du corps

Periscope ou les enfants au pouvoir

D’abord, le nom est bien trouvé. Le périscope est ce qui permet littéralement d’embrasser tout l’horizon, de le circonscrire d’un coup d’oeil rotatif. Totalitaire, il possède en outre de super pouvoirs : avec lui, nous dit le dictionnaire, on observe “par-dessus un obstacle des objets inaccessibles à la vision directe”. Deuxio, l’imaginaire du périscope est un peu celui du sous-marin. Planqué dans une boîte en fer, on peut se livrer aux délices du voyeurisme comme dans les dessins animés de la Warner, sans parler de la forme phallique de l’engin : la pulsion scopique est de sortie. Periscope permet à chacun de diffuser en direct les images que capte la caméra de son smartphone, c’est-à-dire d’être une télé. (Lire la suite)

Scott Ross avec son chat, mais sans son poisson
Chroniques scarlattiennes, Musiques

Poisson d’avril

À force de jouer des sonates de Scarlatti, on finit par être capable d’en écrire. Trois grands interprètes ont ainsi laissé de “vraies fausses” sonates : un Caprice à la Scarlatti du pianiste polonais (et Premier ministre en 1919) Ignace Paderewski, une superbe sonate por el señor Escarlate du claveciniste colombien Rafael Puyana… Scott Ross s’est quant à lui offert, lors de la diffusion de son intégrale Scarlatti sur France Musique, le 1er avril 1985, il y a 31 ans exactement, un poisson d’avril scarlattien : une magnifique sonate que l’auteur de ces lignes est allé pêcher dans les archives de l’INA, et qui dévoile un Scott Ross plus scarlattien que Scarlatti… (Lire l’article)

Livres

Quo vadis, Nicanor ?

Nicanor Parra vient de nous quitter. En 103 ans de vie, il aura eu le temps d’être mathématicien et physicien, d’appartenir à une illustre famille d’artistes qui compte aussi parmi ses rangs la chanteuse folklorique Violeta Parra, sœur cadette de Nicanor, mais, surtout, d’être un énorme poète, ou plutôt anti-poète, ainsi qu’il aimait se définir. (Lire l’article)

Colette en faune
Chroniques scarlattiennes, Musiques

Wanda et ses amies

Scarlatti a couvé sous la cendre pendant tout le XIXe siècle ; c’est une jeune pianiste et claveciniste pas comme les autres qui s’est chargée d’allumer le feu et, vestale attentive, de l’entretenir. Nul attendrissement cependant : Wanda Landowska était énergique, sans concessions, et assumait pleinement ses contradictions. Une des plus anodines est que cette grande musicienne fit construire à Pleyel les monstres ferraillants qu’elle joua fièrement : elle pensait qu’il fallait à la musique ancienne un instrument moderne. (Lire l’article)

Théâtre

2666, même pas mal

On saluera bien sûr la performance sportive. Enfermés ensemble durant une douzaine d’heures à la Fabrica, acteurs et spectateurs ont toutes les raisons, vers 2 heures du matin, de se féliciter mutuellement. Julien Gosselin a relevé le défi : son adaptation de 2666, le roman fleuve posthume du Chilien Roberto Bolaño, tient la route, fidèle à la structure du roman, restituant l’histoire et les principaux personnages, se baladant d’Europe au Mexique sans lâcher le fil de la narration, et révélant à de nombreux spectateurs un auteur majeur de la littérature du XXIe siècle. Pari réussi donc ? Tout dépend de ce que l’on entend par là. (Lire l’article)

John Lennon - Plastic Ono Band - Power to the People
Musiques, Signes précurseurs de la fin du monde

Only The People

Si demain l’intelligence artificielle voulait prendre le contrôle de la planète, nous lui conseillerions de commencer par les zones commerciales, ces no man’s land qui croissent comme des champignons à la périphérie des villes françaises. Ces lieux — aberrations à la fois sociale, écologique et esthétique — sont ceux où l’humanité est le plus vulnérable. L’individu n’y est plus qu’un porteur de carte bancaire ; il achète, consomme, use, élimine, éventuellement recycle, puis revient. Du point de vue des machines, le plus rationnel serait qu’il y reste ad vitam… Aux derniers réfractaires, nous conseillons le maquis où, autour de feux de camps, ils pourront reprendre en chœur le Only People de John Lennon… (Lire l’article)

C’est pas là, c’est par là, par la compagnie Galmae © Galmae
Théâtre

Scènes de rue maintient la flamme

Scènes de rue, festival des arts de la rue de Mulhouse, se tient les 17 et 18 octobre. Une éclaircie pour un secteur sinistré, après l’annulation de la plupart des manifestations dédiées aux artistes de la rue. 
Localisation de la Nouvelle-Zemble. Fond de carte Wikipédia
Arts froids

Bons baisers de Nouvelle-Zemble

Le nom de ce longiligne archipel, situé bien au-delà du cercle polaire, signifie la « Nouvelle Terre ». Mais son destin tragique l’éloigne de toute espèce de virginité boréale pour la rapprocher plutôt des terres quasi-mortes, empoisonnées par le rayonnement nucléaire, de celles ayant échappé de peu à la vitrification.