La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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4 – Exercices de style Part II
| 22 Oct 2022

Le plan-séquence fait partie de la syntaxe de toute série un peu ambitieuse. Parfois même il constitue l’intégralité d’un épisode. C’est, pour les réalisateurs, l’occasion de faire étalage de leur savoir-faire. Pour le spectateur, c’est une sucrerie qui ne se refuse pas, bien qu’elle soit plus ou moins digeste selon les cas.

Un plan-séquence est une scène tournée en continu, ou qui en donne l’impression, c’est-à-dire qu’elle apparaît sans coupure ni montage (c’est parfois le cas), sans ellipse temporelle ni champ/contrechamp évidemment. Ces plans sont en général tournés à la steadicam et nécessitent une chorégraphie millimétrée. Ils donnent une impression de réalité ou bien de théâtre filmé, peuvent communiquer un sentiment d’urgence ou au contraire de flottement. Le cinéma en a usé et parfois abusé depuis La Corde de Hitchcock (1948) jusqu’à Birdman d’Alejandro Inarritu (2014) ou 1917 de Sam Mendes (2020), trois longs-métrages entièrement tournés en plan-séquence, avec quelques raccords discrets. Le Chinois Bi Gan en a fait un usage remarquable dans son onirique Un grand voyage vers la nuit (2018), terminant son film par une heure de plan-séquence en 3D.

Quelques séries sont parvenus à faire de ce procédé un voyage à la fois dans l’espace … et dans le temps. Prenez le sixième épisode de The Haunting of Hill House. Cette mini-série américaine de Netflix démarre comme une classique histoire de maison hantée : un couple et ses cinq enfants s’installent dans une demeure maléfique de la côte est. Si maléfique que la mère meurt dans des circonstances qui restent floues. Mais, très vite, on retrouve les personnages des années plus tard sur la côte ouest où ils ont déménagé, pour s’intéresser aux traumas que ce séjour a laissé chez le père et les enfants devenus adultes. Par la suite, la série fait des allers retours entre l’est et l’ouest, entre hier et aujourd’hui. Le sixième épisode réussit ce tour de force : réunir tout cela en un seul plan. Les membres survivants de la famille sont réunis dans une maison funéraire de la côte ouest pour l’enterrement de l’un des leurs. L’un d’eux sort et la caméra le suit jusque … dans la maison hantée de la côte est où l’on retrouve les mêmes personnages plus jeunes d’une vingtaine d’années. Puis l’on revient vers l’ouest, etc, et peu à peu s’éclaire l’origine des traumas. Ce long plan-séquence n’est pas qu’une simple acrobatie, il fait sens en tricotant habilement le passé et le présent, ici et là-bas. A lui seul, il aurait pu justifier la série . Un extrait :

Walk and talk

Le troisième épisode de la mini-série de HBO Landscapers fait plus fort encore en fondant un seul plan-séquence de trois minutes le passé, le présent, les lieux et même les hypothèses. L’histoire : un couple d’Anglais est soupçonné du meurtre d’un autre couple (les parents de la femme), commis quinze ans auparavant. Lors d’un ultime interrogatoire des suspects, la policière chargée de l’enquête dit soudain : « Voilà ce que va dire mon rapport ». Elle se lève, tandis que l’on voit derrière des techniciens démonter le décor dans lequel était tournée la scène, car l’épisode ne cache rien de ses ficelles ce qui, paradoxalement, donne plus d’épaisseur au récit. La policière quitte le plateau d’un pas rapide en demandant aux suspects, à leur avocat et même au cadreur de la suivre, pour rejoindre un autre décor qui est celui du meurtre. Celui-ci est alors rejoué selon les indications de l’enquêtrice, avec les commentaires des suspects et de leur avocat. C’est à la fois drôle, surprenant et tout à fait dans le ton de cette série qui joue avec les frontières de la réalité et du fantasme.

Les amateurs de plans-séquence trouveront aussi leur bonheur dans les longues séquences walk and talk de The West wing : 

Le quatrième épisode de True detective s’offre une chute virtuose :

Quant au cinquième épisode de la saison 3 de Mr Robot , il a été entièrement tourné en plan-séquence :

 

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