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Nicolas Witkowski (1949-2020), parti comme un papillon
| 14 Août 2020

Il nous avait plongés, à sa manière érudite et ironique, dans les univers de Domenico Scarlatti et de Tex Avery. Il était écrivain, journaliste, éditeur, à l’occasion bourlingueur. Il avait une passion égale pour les sciences et la culture qui lui avait fait écrire des ouvrages aussi divers que Histoire sentimentale des sciences (Le Seuil), Papillonnages, une histoire culturelle du papillon (Le Seuil) ou encore Petite métaphysique des jouets (La Martinière).

Nicolas Witkowski est mort à l’âge de 70 ans. Mort soudaine, inattendue, à l’image de sa vie déroutante. Nicolas avait une formation scientifique qu’il avait envoyé balader pour passer quelques années dans un hamac en Guyane à regarder la mer et s’en était allé explorer la forêt équatoriale. Il était revenu en France métropolitaine enseigner la physique, puis était devenu à Paris un des éditeurs les plus respectés dans le domaine des sciences, au Seuil comme chez Odile Jacob. Il a publié les plus grands noms de la physique tout en continuant d’écrire sa propre oeuvre. Les éditions Gallimard lui avaient demandé de créer leur première collection scientifique, mais l’aventure a tourné court car Nicolas avait un caractère si bien trempé qu’il refusait tout compromis.

Tous ceux qui l’ont côtoyé appréciaient ses connaissances encyclopédiques et son humour. C’était un esprit du XVIIIe siècle égaré dans le XXe puis le XXIe, qu’il regardait avec une ironie ravageuse. Il était fasciné par l’histoire des sciences, les fougères et le vol des papillons, ce déséquilibre permanent que les savants peinent à expliquer. Papillon lui-même, il volait de curiosité en curiosité. Ses ailes continuent de battre dans ses livres et chroniques, mais l’air, lui, n’est plus le même. Moins léger, moins surprenant. Triste.

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