Bob Dylan

“L’Amérique de…” : une chronique éphémère sur des Américain.e.s qui font ou ont fait l’histoire des États-Unis. Cette semaine, l’Amérique de Bob Dylan.

L'Amérique de Bob Dylan, par Hélène QuanquinEnfant, Bob Dylan était toujours en train de courir. Il fugue pour la première fois quand il a 10 ans, part de la maison définitivement à l’âge de 18 ans pour s’installer à New York. “C’était comme si j’avais toujours été à la poursuite de quelque chose, quelque chose en mouvement – une voiture, un oiseau, une feuille qui s’envole – quelque chose qui pourrait m’amener vers un endroit mieux éclairé, une terre inconnue en aval”, écrit-il dans le premier volume de ses Chroniques, publiées en 2004. Lorsque l’un de ses profs lui dit que son fils a “la nature d’un artiste”, son père demande : “Un artiste, c’est pas un gars qui peint ?” Soixante ans plus tard, Bob Dylan est prix Nobel de Littérature.

L’Amérique de Bob Dylan, c’est la poésie, la création de “nouvelles expressions poétiques” dans la chanson américaine, d’après le comité Nobel. C’est Toni Morrison, dernière Américaine à avoir reçu le Prix Nobel de Littérature avant le 13 octobre 2016. C’était il y a 23 ans. C’est T.S. Eliot qu’il apprécie, mais aussi Ezra Pound qu’il refuse de lire à cause de ses sympathies nazies, affirme-t-il dans ses Chroniques. C’est le prix Tom Paine qu’il reçoit en 1963 pour son combat pour les droits civiques. Lorsque dans son discours, il dit qu’il “a vu un peu de lui-même” dans Lee Harvey Oswald, celui qui a assassiné John F. Kennedy quelques semaines plus tôt, il est hué.

L’Amérique de Bob Dylan, c’est la chanson. Le sujet de la première qu’il compose, c’est Brigitte Bardot. Il écrit : “Une chanson, c’est comme un rêve que tu essaies de réaliser. Ce sont comme des pays étrangers dans lesquels tu dois entrer.” C’est la chanson qui proteste. C’est “The Death of Emmett Till”, sur le lynchage d’un jeune garçon noir de 14 ans dans le Mississippi en 1955. C’est “Hurricane”, qui dénonce l’emprisonnement du boxeur noir Rubin Carter au terme d’une erreur judiciaire. C’est Joan Baez, sa voix qui hypnotise le jeune Dylan. En 1964, il affirme qu’il ne veut plus écrire de chansons qui “pointent du doigt”. Il décide “d’écrire depuis le plus profond” de lui-même.

L’Amérique de Bob Dylan, c’est la musique. La musique folk, le rhythm and blues, la musique country. Lorsqu’un journaliste du New Yorker le rencontre en 1964, il le décrit comme “un mélange de Huck Finn et de Woody Guthrie jeune”. L’Amérique de Bob Dylan, c’est Woody Guthrie, “le cowboy de l’Oklahoma” aux sympathies communistes, le chanteur de la Grande Dépression, que Bob Dylan décrit comme sa “dernière idole”. C’est le musicien de jazz et de blues Lonnie Johnson, qui l’incite à changer son jeu de guitare. C’est un producteur qui lui apprend à chanter dans un micro. C’est sa voix, “comme du sable et de la colle”, chante David Bowie dans “Song for Bob Dylan” en 1971.

Hélène Quanquin
L’Amérique de…

Bob Dylan, Chronicles (volume one), New York, Simon & Schuster Paperbacks, 2004 (édition dont sont extraites et traduites les citations de cet article). 
Bob Dylan, Chroniques (tome 1), traduites de l’américain par Jean-Luc Piningre, Gallimard, coll. Folio, 2010.

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