17ème Biennale de la danse de Lyon : chemins de traverse

Le potentiel de ces jeunes gens surprend, qu’il s’agisse des jongleurs du collectif Petit Travers (direction artistique de Nicolas Mathis et Julien Clément) ou du chorégraphe d’origine israélienne Roy Assaf, proche d’Emanuel Gat avec lequel il collabora en tant qu’interprète et assistant de 2003 à 2010. Ils tiennent la scène tout en lui ouvrant des horizons. Chercheurs, explorant des langages inédits, ils étonnent par leur qualité technique et leur ouverture. En présentant deux pièces à Vaulx-en-Velin, dans l’emblématique Centre Culturel Charlie Chaplin qui résiste au temps, Roy Assaf affirme une danse sans contrainte qui ne suit que son propre sujet. La première chorégraphie Six ans après fait se rapprocher un couple que la vie avait séparé. Rien de narratif : on ne saura pas le motif du conflit antérieur. Ici, les retrouvailles prennent de multiples formes qui voudraient atteindre l’unisson. Grave et en attente d’un nouvel élan d’amour, le duo ne dit rien d’autre que la complexité tendue du corps aimant. Pleine de points de suspension, de rage, la rencontre entre l’homme et la femme se passe à la verticale, pudiquement. Mais tout se lit à l’horizontale, Six ans après se passe au lit. Joli renversement.

Roy Assaf, Six ans après © Gadi Dagon. Une critique de Marie-Christine Vernay dans délibéré
Roy Assaf, Six ans après © Gadi Dagon

Sa seconde pièce, créée en 2012, La Colline est un trio masculin qui pourrait dénoncer la politique israélienne militaire. Autant figures de carnaval que copains de chambrée, les hommes se mettent au pas sur une chanson de Givat Hatahmoshet qui célèbre la victoire du 6 juin 1967 de l’armée israélienne contre les Jordaniens, durant la guerre des Six jours. Les parachutistes avaient pris d’assaut la Colline des Munitions, d’où le titre du spectacle. Mêlant danse contemporaine et danses religieuses, Roy Assaf s’élève contre l’absurdité des conflits guerriers et meurtriers tout en chantant I started a joke des Bee Gees. À fond la caisse, sa danse réunificatrice refuse de sonner le glas. Elle s’emballe du côté de la jeunesse. On verra sans doute plus de lui encore tant il est imprévisible et excellent chorégraphe.

Roy Assaf, La Colline © Gadi Dagon. Une critique de Marie-Christine Vernay dans délibéré
Roy Assaf, La Colline © Gadi Dagon

Le collectif Petit Travers nous a épatée également. Dans les plis du paysage, qui évoque au lointain La Vie dans les plis d’Henri Michaux, est une performance technique sans qu’elle en soit le but. Dernier volet d’un triptyque, démarré avec Pan-Pot, cette nouvelle création qui met en vedette la balle comme projectile et bien sûr ses trajectoires et ses vitesses, ne fait pas complètement disparaître le jongleur mais lui donne un rôle secondaire. Car il n’est pas unique mais un collectif qui justement se renvoie la balle, qui la laisse choir ou qui la projette de part et d’autre de la scène. Le projectile est alors comme une note de musique pour une partition commune et un objet graphique. Dans leurs anoraks capuchonnés orangés, les jongleurs sont des lanceurs qui apparaissent et disparaissent, des graffeurs d’un paysage changeant.

Marie-Christine Vernay
Danse

Prochaines dates :
Collectif Petit Travers le 6 octobre au Dôme à Albertville, les 21 et 22 octobre au Festival Circa à Auch.
Roy Assaf : performance le 24 septembre à Micadanses à Paris, nouvelle création pour la National Dance Company Wales à Cardiff, le 25 septembre et 26 octobre.

Biennale de la danse de Lyon, jusqu’au 30 septembre.

Les entretiens de Marie-Christine Vernay avec les artistes de la Biennale de la danse de Lyon (jusqu'au 30 septembre 2016) à écouter sur Radio Bellevue.Les entretiens de Marie-Christine Vernay avec les artistes de la Biennale de la danse de Lyon sont à écouter sur Radio Bellevue.

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