Aux chiottes l’arbitre !

Insultologie Appliquée. La Terre se réchauffe, les esprits s’échauffent, les chefs d’État s’injurient : l’insulte est l’avenir d’un monde en décomposition. Chaque semaine, la preuve par l’exemple.

Il arrive fréquemment, lors d’un match de foot ou de rugby, que l’arbitre soit invité par une partie du public à se rendre aux toilettes. Cela signifie généralement que telle ou telle de ses décisions est contestée, mais cela ne dit pas ce que l’intéressé est censé faire aux chiottes. Y chier probablement, mais pourquoi ? Quel rapport entre défécation et erreur d’arbitrage, réelle ou supposée ? Si le souhait exprimé par les protestataires est que l’arbitre quitte au plus vite le terrain, pourquoi ne pas le dire plus simplement, du moins de manière moins métaphorique ? C’est là un des grands mystères du sport, que nul à ce jour n’a vraiment réussi à percer.

Aux chiottes l'arbitre!Il est vrai que les pratiques sportives s’accompagnent d’un nombre considérable de rites et de croyances qui remontent à la nuit des temps et dont la logique nous échappe désormais. Sans doute serait-il opportun d’analyser cet “Aux chiottes l’arbitre” à la lumière de la théorie de l’évolution, ce qui ferait remonter l’origine de l’expression au temps des cavernes, cette époque lointaine où se sont forgés nombre de nos comportements. Certes la pratique sportive était alors encore très embryonnaire, sauf à y inclure la chasse au mammouth (parties non arbitrées). Quand aux chiottes, elles restaient à inventer : cela prendrait encore quelques siècles.

Toutefois il est probable qu’il était très mal vu, en ce temps-là, de se soulager directement dans la caverne en cas d’envie pressante, ce pour des raisons évidentes. On peut donc imaginer que les contrevenants étaient incités de manière véhémente à aller faire leurs besoins ailleurs. On peut même supposer que cette protestation était reprise en choeur par tous les présents, jusqu’à la sortie du défécateur. À défaut, on lui flanquait un coup de massue.

Ce comportement aurait ainsi traversé les âges jusqu’à nos jours, prenant diverses formes en fonction du contexte. On objectera : un terrain de foot ou de rugby est tout de même assez grand pour qu’on puisse y faire une crotte sans indisposer tout le stade. Les théoriciens de l’évolution répondront : le stade étant le lieu contemporain le plus proche du néolithique (par maint aspects), il est naturel que ce soit aussi celui où les comportements anciens s’expriment le plus spontanément, y compris sans raison objective. Dès lors, ni la taille de la crotte ni celle du terrain n’entre vraiment en ligne de compte. Le cri ancestral s’élève comme une sorte de réflexe, voilà tout.

Cette analyse demanderait à être affinée à la lumière des décisions contestées. Il est en tout cas patent que ce sont les sanctions du hors-jeu — dont l’appréciation est un art subtil, au foot et plus encore au rugby — qui font le plus souvent surgir le vieux cri. La théorie de l’évolution n’a hélas pas grand-chose à nous dire là-dessus. En tout cas moins que l’arbitrage vidéo.

Édouard Launet
Insultologie appliquée