La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Horacio Castellanos Moya, Madrid, juin 2019 © Casa de América
Lire Horacio Castellanos Moya, Livres

Héritage et solitude littéraires

Étrange est pour un écrivain la découverte du chemin le menant vers sa vocation, son destin. Pas seulement étrange, unique aussi. Quand j’essaie de visualiser cette découverte, quand je tente de comprendre comment j’en suis arrivé à l’écriture des livres que j’ai écrits, je ressens comme une gêne. Comment ai-je pu persévérer dans ce qui était de toute évidence une sottise, vu le milieu dans lequel je me suis formé, la famille d’où je viens, le pays où j’ai grandi et où j’ai commencé à emprunter cette voie ?
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Le nombre imaginaire, Sciences

Liberté+égalité+fraternité=?

Le désaccord est bien plus passionnant que le consensus quand il vous oppose à un esprit exigeant, ouvert et affuté. Mon interlocuteur, appelons-le Y., se présente comme libéral, au sens vrai et étymologique du terme : celui pour lequel la valeur de liberté est essentielle . Nous devisions santé. Y. m’expliquait qu’à son sens, il devrait – comme chacun d’entre nous – être libre de choisir entièrement son système de couverture santé, y compris la possibilité de n’en avoir aucun. Je me suis interrogé depuis sur ce que pourrait donner, traduite dans le réel, la proposition de Y. Peut-on, au moins en théorie, accommoder l’idéal de liberté avec celui de fraternité ? Et qu’en serait-il alors de notre troisième valeur, l’égalité ? (Lire l’article)

All My Life (1966) de Bruce Baillie
Écrans, Machines à voir

All My Life

Bruce Baillie est l’un des pionniers du cinéma d’avant-garde tourné sur la côte ouest des États-Unis à la fin des années soixante. Ce court-métrage de 1966 fait correspondre en un plan-séquence la voix d’Ella Fitzgerald et la lumière d’été sur la côte californienne.

Le nombre imaginaire, Sciences

Le Meta Club

Un résident célèbre de l’hôtel Aleph est le grand mathématicien et philosophe britannique Bertrand Russel, troisième comte du nom – un nom qui compte. Avant de prendre ses quartiers à l’hôtel, Russel vécut parmi nous presqu’un siècle, de 1872 à 1970 – le temps pour lui, entre autres petites choses, de cofonder la logique mathématique moderne, de contribuer à la philosophie des sciences, de passer six mois en prison pour pacifisme, d’épouser quatre femmes et de remporter un prix  Nobel de littérature. Russel est le fondateur du Meta Club. (Lire la suite)

Chefs-d'œuvre retrouvés de la littérature érotique, Classé X

Jean d’Ormesson au-delà des Thermopyles

Confidence glissée par notre Jean d’O national dans une interview donnée à Vogue Paris quelques mois avant sa mort : “J’aurais beaucoup aimé écrire des livres érotiques sous pseudonyme mais c’est impossible : on me reconnaîtrait immédiatement.” Il y avait dans cette phrase un demi-mensonge ainsi qu’une vérité et demie. Le demi-mensonge : Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d’Ormesson se trouve être l’auteur de quelques pages, jamais publiées, sur ses amours homosexuelles – réelles ou fantasmées, on ne sait. La vérité et demie : chaque phrase de ce texte est à ce point frappée du sceau d’ormessonnien que la foule de ses lecteurs ne s’y serait pas trompée une seule seconde. Le style Jean d’O, c’est comme le Chanel n°5, vaguement écœurant mais reconnaissable à cent mètres. La preuve… (Lire l’article)

Le nombre imaginaire, Sciences

De l’art d’être banal

Il existe une catégorie essentielle de secrets pour chacun de nous : ceux qui nous permettent de prouver notre identité sur Internet – mots de passe, codes confidentiels, réponses à des questions secrètes. Si nous laissons échapper ces secrets, alors n’importe qui peut se faire passer pour nous. Il existe des recommandations de bon sens : utiliser des mots de passe complexes, jamais deux fois le même, ne jamais les confier à un tiers, utiliser un “coffre-fort à mots de passe”. Force est de reconnaître que nous n’appliquons que rarement ces recommandations, dont certaines sont d’ailleurs contre-productives. Parlons-en un peu. (Lire l’article)

Dominique de Rivaz, “Rose Envy”, éditions Zoé, 2012
Livres, Ordonnances littéraires

Rose Envy de Dominique de Rivaz pour les auto-dévorants : tous cannibales !

Aux obtus qui pensent qu’on peut difficilement faire du beau avec de l’apparent dégueulasse et aux cannibales, présents et à venir ! À ceux qui grignotent les bulbes de leurs cheveux, à ceux qui picorent les peaux mortes de leurs bouches et se régalent de leurs cuticules, à ceux qui se rongent tout ce qu’ils peuvent se ronger, aux meurtriers victimes d’eux-mêmes, pris de troubles obsessionnels compulsifs des plus divers et des plus inavouables et particulièrement “du calvaire de l’auto-dévoration”, aux self-eaters et fiers de l’être, une prescription : Rose Envy, de la cinéaste et auteure suisse Dominique de Rivaz. (Lire l’article)

Eric Vuillard, L'Ordre du jour, Actes Sud, coll. Un endroit où aller
Livres, Ordonnances littéraires

Éric Vuillard pour les enragés du réel

L’époque est pragmatique. On aime aujourd’hui plus que tout l’efficacité pratique, on veut que les choses soient d’une utilité palpable et évidente. C’est pourquoi on a tendance à vouloir mettre au rancard ce qu’autrefois on arborait fièrement dès qu’on le pouvait : les idées, les théories. Qui maintenant sont perçues comme des pertes de temps : c’est avec le réel qu’il faut interagir, le bon gros réel, celui qui abrite les vrais gens. Le dernier ouvrage d’Éric Vuillard pourrait permettre à certains de ces de ces enragés du réel de retrouver le chemin de la fiction, de ses fulgurances, de ses beautés, de ses vérités cachées sous la surface des faits. (Lire l’article)

Le nombre imaginaire, présidentielle 2017, Sciences

Redresseur de torts ?

Comment savoir a priori qu’un échantillon est représentatif ? Et d‘ailleurs, que recouvre cette notion ? Nous savons tous ce qu’en est l’opposé, à savoir un échantillon biaisé. Si vous faites un sondage d’opinion sur l’adoption homoparentale à la sortie de la messe de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, une étude épidémiologique sur le tabac dans la file d’attente du buraliste de la Place de Clichy ou une enquête de popularité pour Mélenchon dans les tribunes de l’hippodrome de Saint-Cloud, il y a fort à parier que vous obtiendrez des chiffres pour le moins faisandés… (Lire l’article)

Théâtre

Rubens, Godard et les autres

La salle des Rubens, au cœur du musée royal des Beaux-Arts d’Anvers est actuellement fermée pour travaux. Qu’à cela ne tienne : dans Het Land Nod (Le Pays de Nod), le collectif FC Bergman se propose d’installer les spectateurs dans la salle d’origine, reconstituée à l’identique. Ne manquent que les Rubens aux murs. À l’exception d’une crucifixion, connue sous le titre Le coup de lance, où le Christ est entouré des deux voleurs. Entre gardiens maladroits et visiteurs intempestifs, la salle des Rubens est très fréquentée. On y croise même Godard… (Lire l’article)

football ligue 1 sébastien Rutés Footbologies
Foot, Footbologies, Footbologies 2015-2016

J7 / J8 – Manifeste de critique sportive

L’époque est au retour à la morale. Miracle du populisme, nos hommes politiques font pénitence, se flagellent en public et portent le cilice en soirée, sur le frac. On veut faire l’ange après la bête, et pour faire bonne mesure, convertir autrui à sa récente vertu. Alors, on rétablit les cours de morale à l’école, on prêche à la tribune et l’on décrète ici ou là des devoirs d’exemplarité, dont les footballeurs sont les dernières victimes à la mode. Les joueurs doivent être des modèles pour la jeunesse, proclament ministres des sports et dirigeants du football qui n’ignorent pas que les investissements des annonceurs et des diffuseurs en dépendent. Un sport plus propre pour plus de profit : voilà de quoi encourager à la vertu ! (Lire l’article)

Chefs-d'œuvre retrouvés de la littérature érotique, Classé X

Marguerite Duras à Calcutta

Il faut avoir vécu l’an de grâce 1969 pour avoir une juste idée du choc que fut la création à New York et à Londres de la comédie musicale Oh ! Calcutta ! : une série de sketches d’avant-garde réunis par le critique de théâtre et dramaturge britannique Kenneth Tynan. Ce grand pourfendeur de la censure voulait que chacun de ces sketchs vienne briser un tabou. Samuel Beckett, John Lennon, Sam Shepard et Edna O’Brien sont quelques-unes des plumes qui acceptèrent de participer à l’écriture du spectacle. Il manque à cette liste le nom de Marguerite Duras, dont on sait depuis peu qu’elle fut également sollicitée par Kenneth Tynan. (Lire l’article)

Anne Percin, Sous la vague, éditions du Rouergue, août 2016. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne dans délibéré
Livres, Ordonnances littéraires

Sous la vague pour Bernard Arnault

Tout ne va pas pour le mieux dans le royaume de Bernard Arnault car, c’est officiel, l’homme n’est plus le plus riche de France. De quoi envisager une sévère déprime pour celui qui, en 2014, gagnait 1 million d’euros par heure. Bon moment, sans doute, pour se mettre à la lecture : les éditions du Rouergue publient en ce mois d’août un roman d’Anne Percin, Sous la vague, dans lequel un milliardaire, Bertrand Berger-Lafitte, héritier et directeur des cognacs du même nom, s’en tape une, de déprime. (Lire l’article)

Nicolas Machiavel, Le Prince, traduit de l'italien par Jacques Gohory, préface de Paul Veyne, suivi d'extraits des Œuvres politiques et des Lettres familières, Gallimard, coll. Folio classique (n° 1173), nouvelle édition en 2007. Une ordonnance littéraire de Nathalie Peyrebonne dans délibéré
Livres, Ordonnances littéraires

Machiavel pour les neutres

Facebook a récemment fait une annonce surprenante : ses employés vont devoir suivre des cours de “neutralité politique”. Parce qu’aujourd’hui, il est de mauvais ton d’être engagé. La respectabilité implique la neutralité, l’objectivité, réelles ou supposées. Ainsi, le gouvernement n’a plus vraiment d’idées politiques, il est “pragmatique”, il est neutre, comme le Medef, que Pierre Gattaz veut “apolitique”, ou le mouvement lancé par Emmanuel Macron, “pas à droite, pas à gauche”. Ceux qui dirigent, de plus en plus, déclarent être indépendants, impartiaux, sans engagements, ils aiment tout le monde et leur cœur ne penche ni vers les uns, ni vers les autres. Promis, juré. À tous les apôtres de la neutralité politique, et aux dirigeants de Facebook en particulier, je recommande fermement la lecture du Prince de Machiavel…  (Lire l’article)