La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Traduire Karl Ove Knausgaard, par Marie-Pierre Fiquet (entretien avec Agnès Villette)
Entretiens, Le coin des traîtres, Traduction

Traduire Karl Ove Knausgaard

Le Proust norvégien, comme certains le désignent, écrit au plus près de l’émotion et de la vie disséquée dans ses aspects les plus simples, les plus banals. Questionnée par Agnès Villette sur sa co-habitation avec un auteur de l’intimité et de la banalité, sa traductrice française évoque la transposition d’un style bref, dépouillé, volontairement pauvre, qui doit trouver son rythme et sa respiration en français. (Lire l’entretien)

Musiques, Signes précurseurs de la fin du monde

Une Belle Histoire

Au printemps 2017, Stephen Hawking déclarait à la BBC que les humains, s’ils voulaient survivre, devaient quitter la Terre d’ici 100 ans afin de coloniser une autre planète. En cause : une éventuelle guerre nucléaire, le changement climatique, une épidémie virale et/ou les progrès incontrôlables de l’intelligence artificielle. Un an plus tard, le célèbre physicien quittait lui-même la Terre, pas pour la planète Zorglub mais pour une tombe à l’abbaye de Westminster, aux côtés de celles de Newton et de Darwin. Ses cendres reposent désormais sous une pierre engravée de la formule T= hc³/ 8πGMk. C’est l’équation dite de Bekenstein-Hawking qui décrit l’entropie des trous noirs, en d’autres termes (très simplifiés) la quantité d’information qu’ils renferment. Et si cette inscription, choisie par le savant lui-même, était un ultime message ? (Lire la suite)

Théâtre

Sarajevo, Athènes, vite fait

Impossible de reprocher à la compagnie Birgit Ensemble un manque d’ambition. Les deux spectacles présentés à Avignon, Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes constituent les deux derniers volets d’une tétralogie intitulée Europe, mon amour. Le deuxième est plus abouti que le premier, mais le propos, dans les deux cas, souffre d’un manichéisme bien intentionné. (Lire l’article)

Le nombre imaginaire, Sciences

Économaths

Les maths et l’économie ont une relation la fois très intime et très conflictuelle. Pourquoi donc ? Les maths échappent à l’exigence empirique dans la mesure où une théorie mathématique n’a de comptes à rendre qu’à elle-même. Ce qu’on lui demande ? D’être cohérente, c’est-à-dire de ne pas démontrer tout et son contraire ; et d’être la plus expressive et complète possible. À l’opposé du spectre, l’économie vise à étudier les règles (s’il en est) qui régissent les échanges entre individus, entre groupes sociaux, entre “acteurs” du marché. Il est difficile de trouver une discipline plus ancrée dans le réel. Force est pourtant de reconnaître qu’à première vue l’empirisme y bat souvent de l’aile. Est-ce donc à dire que les économistes sont des charlatans et les mathématiciens des solipsistes ? (Lire l’article)

Le nombre imaginaire, Sciences

Un arbre solitaire

De quoi parle donc la topologie ? De propriétés des formes, des espaces et des structures qui s’affranchissent de la géométrie, de la mesure, du quantitatif ; de ce qui se conserve quand vous pouvez infiniment déformer un objet, sans pourtant jamais le percer ni le recoller ; de ce qu’il y a de commun entre un réseau routier, un réseau social, un ensemble de nombres, une figure dessinée sur le plan ; elle parle d’univers où les trous de ver existent, de fourmis vivant sur un pneu, de transformations de l’espace laissant au moins un point fixe. Illustration par le dernier jouet à la mode : la Topotty, une pâte à modeler révolutionnaire. (Lire l’article)

Jolly Jumper ne répond plus © Bouzard – Dargaud 2017. Une chronique de Didier Ottaviani
Bande dessinée, S'il vous manque une case...

Une lecture ’pataphysique de Lucky Luke

La bande dessinée peu être assimilée à une forme de ’pataphysique, discipline inventée par Alfred Jarry et définie comme “science des solutions imaginaires”, nous invitant à adopter sur les choses un nouveau point de vue et casser nos attentes habituelles. C’est aussi ce que nous propose Bouzard dans Jolly Jumper ne répond plus, en nous faisant découvrir une interprétation hilarante et très personnelle du personnage de Lucky Luke, qui modifiera complètement la vision que vous aviez du Lonesome cowboy. (Lire l’article)

Danse

La leçon de danse de Jérôme Bel à l’Opéra de Lyon

Une pièce de William Forsythe, une autre de Trisha Brown et une création de son cru : le chorégraphe Jérôme Bel revisite avec le Ballet de Lyon un pan de l’histoire de la danse contemporaine. « Le public aura au moins deux magnifiques pièces à voir » avait-il prévenu. C’est vrai : sa création, qui met en exergue des motifs, des attitudes typiques du vocabulaire classique afin de les vider de leurs élans romantiques, est pour le moins déconcertante. Pour les spectateurs, comme pour les danseurs… (Lire l’article)

Coloriage - L'énoplocère fourchu © Philippe Mignon
Coloriage, Zoologie

L’énoplocère fourchu

Cet insecte chimérique résulte du croisement d’un énoplocère tueur et d’un scarabée fourchu. Il est né non pas dans la nature mais du talent d’un artiste marin, passionné de la faune et de la flore, qui parfois se livra a quelque facétie.
Georges Bernanos, Un Crime. Une chronique de Lionel Besnier dans délibéré
Le genre idéal, Livres

Un crime, mais lequel ?

En 1935 Georges Bernanos, auteur de Sous le soleil de Satan et Prix Femina en 1929, publie un polar. Et fait d’un travail alimentaire un monument qu’il camoufle discrètement, comme un délit, sous les aspects d’une histoire ordinaire. La construction est imparable, d’une grande modernité. Le contenu annonce les grandes thématiques du genre de la deuxième moitié du vingtième siècle : sexe, amour interdit, mensonge social, usurpation d’identité, schizophrénie peut-être… Bernanos, avec ce bijou, s’affirme en précurseur essentiel au même titre que Poe, Gaboriau ou Collins. Trop catholique pour être lu par les lecteurs rebelles, égaré dans la sous-littérature de gare pour les autres, Bernanos a vu son roman caviardé par les préjugés. Quel dommage. (Lire l’article)

meg remy U.S. girls
Courrier du corps, Musiques

Toi, fille (U.S. Girls)

Comme elle passait par là (en tournée) et que sa musique nous plaît, on décide de regarder les vidéos de Meg Remy, alias U.S. Girls, d’un oeil sans oreille, et un peu éveillé. En tant qu’homme, on se dit assez vite que, dans son cas, se mettre en scène comme femme consiste à les incarner toutes à la fois et, par conséquent, à démontrer qu’on ne peut que devenir femme, et non pas l’être. La vidéo de Sororal feelings, premier titre de son dernier album Half free, la montre fixant plus ou moins la caméra comme si c’était un miroir. À propos de cette chanson, Remy, qui a monté la vidéo elle-même, déclare tirer son inspiration d’une question : “Et si tu découvrais que ton mari a couché avec toutes tes soeurs avant de te choisir ?” (Lire la suite)

Foot, Footbologies, Footbologies 2015-2016

J30 – Le supplice de Tantale

À la fin du XIXe siècle, un paysan roussillonnais exprimait le souhait de ne pas mourir avant d’avoir vu Carcassonne, dans un poème de Gustave Nadaud plus tard chanté par Georges Brassens. Moins prosaïque, Boris Vian écrivait en proie à la dépression : “Je voudrais pas crever / avant d’avoir connu / les chiens noirs du Mexique / qui dorment sans rêver”. Trente ans plus tard, c’était au tour de Georges Pérec d’énumérer à la radio “50 choses à ne pas oublier de faire avant de mourir” : prendre le bateau-mouche, passer le cercle polaire, voir les îles Kerguelen. Le supporteur, lui, ne veut qu’une chose : voir son club sacré champion. (Lire l’article)

Le coin des traîtres, Traduction

Le syndrome de Sporgersi

Pendant longtemps mon atavisme marseillais m’a empêché de jouir des richesses des langues étrangères. Je pense que c’est dû à l’accent prononcé que nous nous trimballons. […] Depuis, tentant comme je pouvais de combler ce retard, mais sans grand progrès à l’oral, je me suis mis pendant quelques années à traduire certains textes de théâtre et puis de fil en aiguille, je n’ai pu m’empêcher de traduire tout ce que je pouvais. Ma folie m’a donc amené ces derniers jours à tenter de traduire en français un tableau de Jean-Michel Basquiat intitulé All Colored Past Part III. (Lire l’article)