La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

Archives
© Marcela Bolivar, “Leda”
Chroniques scarlattiennes, Musiques

Léda sans cygne

Parmi les personnages hauts en couleurs du XXe siècle, Gabriele d’Annunzio est le plus contradictoire. Poète et guerrier, séducteur et solitaire, amateur d’art et de moteurs V12, ce héros borgne (accident d’avion) du nationalisme italien vit un peu sur la fortune de son père, davantage sur celle de ses amies, et entretient une meute de barzoïs blancs. Grand prêtre du modernisme décadent, il traite le futuriste Marinetti de “crétin phosphorescent”, et c’est sans doute pour échapper à une injure aussi géniale que Mussolini le fait enfermer dans son kitchissime Vitoriale du lac de Garde, où il meurt en 1938. Trente ans plus tôt, à l’occasion d’un concert, il avait découvert Scarlatti. (Lire l’article)

Théâtre

Karamazov, tous ensemble…

Encore un roman fleuve et un spectacle au long cours : Jean Bellorini adapte et met en scène Les Frères Karamazov de Dostoïevski dans la carrière de Boulbon. Pendant près de six heures, les corps travaillent, fatiguent, transpirent. Sans écrans témoins, sans cinéma, à mains nues, face aux spectateurs. Loin de la géniale sophistication des Damnés dans la Cour d’honneur et du savoir faire consensuel de 2666  à la Fabrica, Karamazov est un formidable spectacle prolétaire, une extension du domaine de la lutte au théâtre. (Lire l’article)

Le coin des traîtres, Traduction

Les mots de l’année

Le dictionnaire de la Real Academia española a mis en ligne sa mise à jour de l’année 2020. La liste des nouveaux mots offre une lecture passionnante. Sans rire.  Et certains d’entre eux témoignent de l’un des enjeux de la traduction : l’intraduisible.
Le genre idéal, Livres

Y croire et foncer !

Bibliothèque à vendre. Pas de place. Plus d’argent pour les fêtes et les assurances à payer qui arrivent en même temps que les vœux de bonheur et de prospérité. Les caisses de livres remontent de la cave, rejoignent celles du grenier dans le salon. Restent sur les rayonnages vides des traces légères d’absence, des fantômes délicats d’histoires sur le bois. Il faut d’abord payer le loyer. Et puis tomber sur un livre : Le Vautour de Gil Scott-Heron. (Lire l’article)

“La Collection“ au Signe de Chaumont © Martin Ferrer
Architecture, Arts plastiques, Expo

Chaumont persiste et Signe

 La préfecture de la Haute-Marne attendait ce Centre national de graphisme, elle qui depuis 1990 organise, obstinée et cahin-caha, un Festival international des affiches. Cet édifice, bien situé et bien nommé Le Signe, conçu par l’architecte Alain Moatti, hybride l’ancienne Banque de France et un nouveau bâtiment. La première exposition, “La Collection” de 276 affiches sélectionnées par le graphiste Vincent Perrottet, donne le ton. Entre passé riche d’un fonds de 50 000 oeuvres et futur plus prospectif, ce nouvel outil doit inventer la permanence du graphisme à Chaumont. (Lire l’article)

Jean Giono
Chroniques scarlattiennes, Musiques

La petite sonate en fa majeur

La flambée Scarlatti des années folles s’éteint lentement avec deux textes très différents. Un roman d’un académicien aujourd’hui bien oublié, Edmond Jaloux, et une déclaration d’amour de Jean Giono. Les Barricades mystérieuses, en 1919, montraient déjà à l’œuvre le très habile (et très démonstratif) Jaloux. Huit ans plus tard, Sur un air de Scarlatti est dédié à Wanda, “qui a tant fait pour Scarlatti”. Cela commence comme Mort à Venise, et finit tout aussi mal. Jean Giono, trente ans plus tard, qualifie les sonates de “comprimés de magie”. Deux siècles exactement après la mort du maître, Sur quelques sonates de Scarlatti (1957) est une touchante évocation d’un souvenir d’enfance. (Lire l’article)

L'Aviateur, d'Evgueni Vodolazkine, traduit du russe par Joëlle Dublanchet, éditions des Syrtes
Écrans, Livres, Séries

Russie, trous de mémoires et trains fantômes

Roman de Vodolazkine, série Netflix sur Trotsky, documentaire géant en trois volets, exposition « Rouge » au Grand palais. On n’en finit pas de scruter la mémoire russe. Avec des résultats parfois surprenants. « Notre passé est imprévisible », écrivait Joseph Brodsky, et il n’avait pas tout vu…

Footbologies. Un chronique de la Ligue 1 par Sébastien Rutés
Foot, Footbologies, Footbologies 2015-2016

J27 – Les méritants

Aucun doute possible : dans le football, on croit au mérite. Une pierre dans le jardin de ceux qui lui nient toute valeur morale, car mériter, c’est précisément posséder un droit moral. Certaines équipes bâties à coups de millions ont pour elles le pouvoir de l’argent. D’autres, machines à gagner, se prévalent de leur expérience, leur technique ou leur tactique. Et pourtant, du point de vue du football, elles ne méritent pas forcément leurs victoires. Jean Rostand l’avait dit : “le mérite envie le succès, et le succès se prend pour le mérite”. La revanche des perdants, c’est d’avoir pour eux le mérite. La supériorité morale console de l’infériorité au score… (Lire l’article)

Coloriage – Le camélogne © Philippe Mignon
Coloriage, Zoologie

Le camélogne

De la même famille que le caméluche. Comme lui, il laisse les femelles s’occuper de leur progéniture et de la recherche de nourriture. Il ne fait rien de ses journées. Son sourire laisse penser qu’il n’est pas mécontent de son sort.
Dennis Kamerun, Les héros du quotidien, éditions Dacres, 2022
Guide, Livres

Au cœur du voyage interdit, par Dennis Kamerun

Dans « Les héros du quotidien », l’auteur camerounais Dennis Kamerun nous entraîne dans le voyage migratoire vers l’Europe que tant entreprennent au risque de leur vie. Ce roman-témoignage est le tableau effarant d’un monde que l’on voudrait hors de ce monde, mais qui est bel et bien le nôtre.

Foot, Footbologies 2016-2017, présidentielle 2017

J33 – Coup de comm’

Candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a récemment déclaré sa flamme à l’Olympique de Marseille. Dans un football français polarisé par la rivalité Paris-Marseille révélatrice de vieux enjeux socio-culturels, voilà une prise de position étonnamment tranchée pour celui que ses adversaires accusent d’être « d’accord avec tout le monde ». Dans des campagnes électorales où tout est précisément calculé par les conseillers en communication, le supporteur voudrait que le choix du club fût celui du cœur. Il n’en est rien, les clubs ont une image qu’il est plus ou moins recommandable d’associer à celle d’un candidat. Alors, pourquoi ce choix en apparence clivant pour le candidat du consensus ? (Lire l’article)

“Yung Jake, jeune rappeur américain dont est donné en lien un clip vidéo étonnant, Embedded. Yung Jake est aussi un artiste digital sorti de CalArts, qui au lieu de glorifier la bimbeloterie technologique la rend pitoyable, la renvoie à son ineptie.” (Eric Loret - délibéré)
Courrier du corps, Musiques

Yung Jake, interactif passif

C’était au printemps dernier, consultant le site redshoes (“red shoes | SOME SHOES est une structure de production et de diffusion d’oeuvres contemporaines”) : les “news” de l’automne 2014 y étaient encore affichées. Rétrovision. Ne lisant pas plus loin que la première photo, on s’arrête sur celle de Yung Jake, jeune rappeur américain dont est donné en lien un clip vidéo étonnant, Embedded. Yung Jake est aussi un artiste digital sorti de CalArts, qui au lieu de glorifier la bimbeloterie technologique la rend pitoyable, la renvoie à son ineptie. (Lire la suite)