La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

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Chroniques
BlaKkKlansman - Un film de Spike Lee
La branloire pérenne

Mon semblable

BlaKkKlansman, le dernier film de Spike Lee, sorti en salles le 22 août, traite sur le mode de la comédie du racisme purulent aux États-Unis. Adapté d’une histoire vraie, le film raconte comment un policier noir réussit à infiltrer le Ku Klux Klan à l’aide d’une ruse qui vaut bien celles d’Ulysse. L’action se situe dans les années 1970, époque du Black Power, époque aussi où le Ku Klux Klan, bien qu’il n’ait plus d’existence légale, continue de mener des actions d’intimidation à l’égard des Noirs. Pourtant au-delà du portrait féroce et burlesque des hommes de cette organisation raciste, suprémaciste et identitaire, c’est l’Amérique de Trump qui est directement visée par Spike Lee comme en témoignent les quelques “great America” que se lancent régulièrement les adeptes du Klan. L'occasion de s'interroger sur ce que nous appelons “mon semblable”. (Lire l'article)

Le nombre imaginaire, Sciences

E pur si muove !

Il est difficile d’aborder les rapports entre maths et religion sans mentionner la célèbre mais finalement assez mal connue controverse de Galilée. Cette histoire éclaire en effet une dialectique profonde et toujours d’actualité entre vérité et modèle. Que l’Église fût effrayée de la révolution conceptuelle introduite par l’idée que la Terre ne soit pas le centre du Monde, on peut bien le penser, mais ce n'est pas réellement là où Galilée avait un problème. Ce qui fut reproché à Galilée, ce ne sont pas seulement les observations ou les moyens de calcul qu’il apportait en soutien de son modèle : c’est d’avoir, au-delà du modèle, présenté un système du monde, une ontologie, une réalité. (Lire l'article)

Insultologie appliquée

Clown de carnaval

Le débat politique, aux États-Unis comme dans un nombre croissant de pays, s’est mué en un métaphorique numéro de cirque opposant clowns maléfiques et incompétents sans convictions. Le spectacle pourrait être divertissant sauf que ce n’est plus un spectacle.
délib'euro – l'Euro 2016 des écrivains, vu par Clo'e dans délibéré
délib'euro, Foot

Islande-Autriche : lâchez les trolls !

Sur le papier, c’était l’affiche la moins sexy de la Voie lactée. Thomas Bernhard dans la toundra, en gros. Il faut que tu revendes ces deux places, me suis-je dit/m’a dit ma femme. Si tu te démerdes bien, tu pourras te payer un A/R pour Reykjavik et aller vaincre tes petits préjugés de merde. Mais personne n’en voulait, de ces places : les Islandais avaient dû réserver les leurs depuis 1926, et il n’était pas question de faire le moindre cadeau à des gugus ayant voté à 49,65 % pour Norbert Hofer.
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Traduire Karl Ove Knausgaard, par Marie-Pierre Fiquet (entretien avec Agnès Villette)
Entretiens, Le coin des traîtres, Traduction

Traduire Karl Ove Knausgaard

Le Proust norvégien, comme certains le désignent, écrit au plus près de l'émotion et de la vie disséquée dans ses aspects les plus simples, les plus banals. Questionnée par Agnès Villette sur sa co-habitation avec un auteur de l'intimité et de la banalité, sa traductrice française évoque la transposition d'un style bref, dépouillé, volontairement pauvre, qui doit trouver son rythme et sa respiration en français. (Lire l'entretien)

Eric Vuillard, L'Ordre du jour, Actes Sud, coll. Un endroit où aller
Livres, Ordonnances littéraires

Éric Vuillard pour les enragés du réel

L’époque est pragmatique. On aime aujourd’hui plus que tout l’efficacité pratique, on veut que les choses soient d’une utilité palpable et évidente. C’est pourquoi on a tendance à vouloir mettre au rancard ce qu’autrefois on arborait fièrement dès qu’on le pouvait : les idées, les théories. Qui maintenant sont perçues comme des pertes de temps : c’est avec le réel qu’il faut interagir, le bon gros réel, celui qui abrite les vrais gens. Le dernier ouvrage d’Éric Vuillard pourrait permettre à certains de ces de ces enragés du réel de retrouver le chemin de la fiction, de ses fulgurances, de ses beautés, de ses vérités cachées sous la surface des faits. (Lire l'article)

Julien Cabocel, Bazaar, L'Iconoclaste, 2018
Ordonnances littéraires

Masques et cordon sanitaire : Bazaar pour celui dont il ne faut pas prononcer le nom

La médecine, fût-elle littéraire, a ses limites. Quand la maladie est trop noire, trop contagieuse, trop périlleuse pour le staff et les patients, il n’est pas question de soigner, mais de mettre en quarantaine. Où ? À Bazaar, par exemple, dans ce lieu loin de tout, imaginé par Julien Cabocel et conditionné par les laboratoires L’Iconoclaste. Non contente de protéger le service, la Dr R. n’hésite pas à modifier la composition du médicament pour le rendre plus efficace. Espérons que le patient terriblement contagieux et extrêmement dangereux qui s’est présenté aux Urgences littéraires ne reviendra jamais. Pour lire cette ordonnance, il est recommandé de s’équiper d’un masque protecteur et de consulter aux premiers symptômes qui se présenteraient dans les 48 heures suivant la lecture. (Lire l'ordonnance)

Sticky drama
Courrier du corps, Musiques

Vidéo musicale et vomi (comparatif)

L'idée de départ était de regarder deux vidéos musicales un peu contemporaines, pas trop flan façon Adele. On choisit donc Tame Impala et Oneohtrix Point Never pour la musique, soit respectivement le collectif Canada et l'artiste Jon Rafman pour la vidéo, même si dans ce second cas, le compositeur Daniel Lopatin a codirigé le clip. On regarde. L'œuvre de Rafman et Lopatin, Sticky Drama, titre idoine signifiant “drame collant”, ou en l'occurrence gluant, n'a pas manqué de détracteurs pour noter que c'était un peu dégoûtant, toutes ces pustules, ce pipi et ce vomi. Dans The Less I Know the Better de Canada, le personnage masculin aussi vomit, mais de la peinture, qui vient recouvrir le corps de la jeune fille, change de couleur et suggère des menstrues tartinant un entrejambe. (Lire la suite)