La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

La revue culturelle critique qui fait des choix délibérés.

55 – Mercredi 27 septembre, 20 heures
| 24 Août 2022

L’histoire est achevée ou presque. Son dénouement est édifiant. Les jeunes générations pourront méditer sur les turpitudes de leurs aînés. Elles sont d’un autre temps et d’un autre monde. Avec les bouleversements de la nature, la société doit changer. Il faut nous adapter et nous montrer plus responsables.

J’ai pris ce matin mes fonctions de ministre de l’Intérieur. La sécurité du pays est désormais entre mes mains. Le président de la République qui a regagné la capitale il y a quelques jours a voulu me faire cet honneur. Dès les premières heures de l’aube j’ai lancé une vague d’arrestations de grande envergure. La Fraction Armée Brune avait infiltré la plupart des corps de notre pays. Elle gangrenait notre administration, elle agissait dans les médias comme vous le savez, Sophie. Le monde du spectacle n’était pas davantage épargné. Les errements du chanteur ont pu inspirer d’autres talents. L’art, malgré sa grandeur, n’est pas à l’abri de la corruption. Des personnalités de la musique dormiront ce soir sous les verrous.

À l’heure où je vous parle plusieurs journalistes sont interrogés par la DGSE. Un nouveau préfet de police a été nommé. Son prédécesseur avait montré son incurie lors de l’attentat manqué du 14 juillet dernier. Nous reprenons peu à peu le contrôle de la situation. Il est certain que des semaines, voire des mois seront nécessaires avant d’avoir abattu l’Hydre. La bête était puissante. Elle agonise lentement.

Par chance le climat se montre plus clément depuis plusieurs jours. En Europe nous retrouvons des températures supportables. Le bulletin météorologique annonce un petit 32 pour l’après-midi. C’est presque frais après les 50 degrés que nous avons connus au plus fort de la crise. Les fleuves reprennent peu à peu leur lit. L’Elbe s’écoule aujourd’hui paisible entre ses deux rives. Malheureusement, malgré des recherches intenses, le corps de Karl Reinhardt n’a pu être repêché. Il pourrit probablement dans les bas-fonds de la mer du Nord. Après ces précisions il est temps d’aborder le sujet qui permettra de clore l’enquête.

Laissez-moi vous montrer la bague avec laquelle tout a commencé. C’est un bijou inestimable comme me l’a confirmé une nouvelle fois Bartier qui présente aujourd’hui sa dernière collection. Il m’a longuement vanté ses colliers amulette en or rose, lapis-lazuli et diamant. Des merveilles de l’art. Il aime aussi un collier juste en clou, un chef-d’œuvre d’une simplicité rare à quelque 100 000 euros. Bartier m’a semblé très en forme lors de notre dîner au Ritz. La place Vendôme renoue avec le succès de ses grandes heures. Mais revenons à l’enquête.

La bague n’a jamais été volée par personne d’autre que moi. C’est une longue histoire que j’abrègerai afin de ne pas éprouver davantage la patience des téléspectateurs. Billot et moi avions connaissance depuis longtemps des activités de la Fraction Armée Brune. Nous savions que le chanteur n’était qu’un appât. Son succès foudroyant nous avait vite paru suspect. Sa fortune colossale sentait l’argent sale. Pensez que l’artiste gagnait au moins autant que nos grands footballeurs. Les activités de Balda étaient elles aussi suivies et examinées de près par nos services.

La tête pensante de l’organisation demeurait pourtant hors d’atteinte. Il fallait faire sortir le loup de la bergerie comme aimait à le dire ce pauvre Poisson. Nous avons ainsi décidé de frapper un grand coup en dérobant le bijou qui servait d’emblème à la Fraction. La bague était un signe de ralliement. On lui prêtait des pouvoirs. Elle électrisait les foules, elle subjuguait la raison. Je me suis introduit dans la propriété de Rambouillet un dimanche matin après avoir été renseigné par le jardinier qui travaillait pour nous.

Je profite de cette occasion pour apprendre au public que Mohamed n’est pas mort. Alertés par son silence, Billot et moi sommes arrivés à temps le vendredi soir pour le dépendre.

Voler le bijou ne m’a demandé qu’un peu d’adresse et de prudence. Tous dormaient dans la maison. Les portes fenêtres étaient demeurées grandes ouvertes après la soirée enfumée de la veille. Ensuite les événements se sont précipités. Le stratagème a fonctionné au-delà de nos espérances. La perte de la bague a déclenché un vent de panique dont nous n’imaginions pas l’ampleur. Les morts se sont multipliés. Passent encore pour Jo, le chanteur et le môme. Leur appartenance au monde du crime ne nous permet pas de les regretter. Mais Isabelle? Et Poisson! Cette bague était l’instrument du diable. Elle repose désormais dans la vitrine de la bijouterie Bartier. Les curieux peuvent l’admirer depuis hier. Trois acheteurs se sont déjà présentés, m’a rapporté Billot aujourd’hui commissaire de police.

Peut-on dire que tout est bien qui finit bien? Nous n’en sommes pas là mais nous avons évité le pire. Et c’est déjà beaucoup en ces temps difficiles. On nous prédit une belle arrière-saison. Je vous fais mes adieux sur cette note d’espoir. Mes nouvelles fonctions vont me contraindre à plus de discrétion.

Chapitre précédent  La Terre n’est pas assez ronde Chapitre suivant

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Dans la même catégorie