Le chaland de Venise (3)

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

En quittant le marché, juste à côté du Rialto d’où le regard plonge sur les étals, je gardais en tête l’image du marchand de poulets, l’image de Venise, théâtre offert au photographe.

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

De retour sur la place Saint-Marc, deux douaniers en cape confirmaient cette impression, comme les publicités peu différentes des icônes virginales offertes aux passants.

Un chocolat viennois au café Florian réchauffa mes ardeurs et la conversation de mon voisin de table, qui recevait les confidences d’une femme d’écrivain français délaissé par son mari, ne me laissa pas indifférent… L’homme parlait bien le français. Je compris assez vite que les ennuis de la dame et le conformisme de son mari pouvaient l’inspirer. Il s’appelait Alberto Moravia.

Venise 1978 - Photo © Gilles WalusinskiLe lendemain, de retour pour une addiction naissante au chocolat viennois, je fis une autre rencontre : un photographe italien que j’avais déjà croisé à Paris, où il écrivait régulièrement dans des magazines de photographie, Alberto Salbitani. Il nous invita à dîner, ma compagne et moi. L’occasion de prendre le vaporetto pour la Giudecca, où il habitait alors. La conversation était passionnante dans le silence de l’île, les Brigades rouges faisaient peur aux bourgeois, Roberto leur trouvait des excuses. Son goût de la provocation gâcha un peu la soirée, ses avances à ma compagne se terminèrent par des larmes. Sans doute encore un peu de théâtre vénitien ?

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

Les vaporetti nous donnaient l’envie des îles. Ce fut d’abord Murano, au plus près de la ville. Ce jour-là le temps était brumeux, l’arrivée dans le canal central de Murano et les bâtiments industriels me donnaient l’envie de visiter un verrier au travail. J’en photographiai quelques uns au bord du canal.

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

De Murano, cap sur le Nord-Est pour rejoindre Burano. Le brouillard s’était dissipé et la couleur était de la fête. C’est un autre théâtre qui s’offrait au Leica. Les passagers du vaporetto lisaient encore des tracts, conséquences de l’attentat fasciste qui avait fait un mort trois jours plus tôt.

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

Un expresso dans un bar confirma mon impression que la population de Burano était assez âgée. Dans le bar, des hommes, exclusivement. Dehors, les femmes d’un côté, jour de ménage, de lessive, les hommes de leur côté sur les placettes.

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

Pourtant, un landau à l’apparence allemande était poussé par une mère au col de fourrure. Une tentation pour le coloriste.

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

Le rouge du parti communiste italien semblait déjà sur le déclin, des affiches de cinéma recouvraient la permanence du parti. La photographie donne à ce “Viol d’une mineure”, film certainement inoubliable de Richard T. Heffron, et à sa vedette Jim Mitchum une sorte d’éternité.

Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

Gilles Walusinski
Photographie

  Venise, 1978

© Gilles Walusinski

Venise, janvier 1978 © Gilles Walusinski

Le chaland de Venise (1)

8 janvier 2020
En ce début d'hiver 1978 à Venise, le froid glacial et la pluie étaient de nature à décourager les ardeurs photographiques. Restées depuis si longtemps dans leur boîte, ces photographies prennent l'air aujourd'hui pour nous aider à mesurer l'empreinte du temps.
Venise, 1978 © Gilles Walusinski

Le chaland de Venise (2)

31 janvier 2020
À la Toussaint 1978, le soleil était plus accueillant que les frimas de l'hiver précédent. Venise suscitait la tentation de la couleur. Mais le soleil  n'effaçait pas l'atmosphère pesante qui régnait en Italie. Les Brigades rouges avaient assassiné Aldo Moro le 16 mars...
Venise 1978 - Photo © Gilles Walusinski

Le chaland de Venise (3)

16 février 2020
En quittant le marché, juste à côté du Rialto d'où le regard plonge sur les étals, je gardais en tête l'image du marchand de poulets, l'image de Venise, théâtre offert au photographe. Troisième volet d'une déambulation dans un album de souvenirs.
Chioggia, 1978 © Gilles Walusinski

Le chaland de Venise (4) : Chioggia

8 mars 2020
Les guides touristiques décrivent Chioggia comme une petite Venise, mais on peut y arriver en car, après avoir longé la bande de terre qui sépare la lagune de l'Adriatique.