Auteur : Gilles Walusinski

Brest 1992 : le port et la ville (3)

Brest 1992 © Gilles Walusinski

Dernière séquence du travail à Brest en août 1992 pour la commande publique passée par le ministère de l'Équipement à six photographes : Le port et la Ville. L'appareil Horizon produit des images intéressantes si l'on prend garde à maintenir l'horizon, comme l'évoque son nom, au centre de l'image. Le niveau à bulle intégré au viseur de l'appareil assure au photographe qu'il maintient le dos et donc le film bien vertical. Ces vues panoramiques permettent de capter l'évolution de la ville et invitent à poser une question : combien de temps faut-il attendre pour qu'une photographie devienne lisible en accord avec les intentions de son auteur ? L'occasion, aussi, de réfléchir sur les intentions de ceux qui passent des commandes publiques.
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Brest 1992 : le port et la ville (2)

Brest 1992 © Gilles Walusinski

Arriver à Brest en plein cagnard d'un mois d'août particulièrement chaud, se confronter à une ville déserte et se replier vers le port de plaisance pour trouver un hôtel, c'était en 1992. Une commande en poche, Le port et la ville, me résoudre à arpenter les rues vides et regretter l'accompagnement dont j'avais bénéficié en 1982, tenter de retrouver des lieux déjà photographiés, le quartier de Pontaniou, notamment, et conclure qu'en fin de compte la liberté serait le meilleur moteur de mon travail. (Lire  l'article, voir  les photos)

Brest 1992 : le port et la ville (1)

Brest 1992 © Gilles Walusinski

En 1982, une commande passée par l'association des PACT-ARIM et la revue Habiter m'avait permis de travailler à Brest. En 1992 le Ministère de l'Équipement lançait une "commande publique" dont le titre Le port et la ville correspondait à la préoccupation politique du développement – difficile – des ports en France comparé aux grands ports européens. Je décidai alors de revenir à Brest et d'y partir au mois d'août pour respecter le délai qui m'avait été donné. Cette année 1992, un peu plus encore qu'en 1982 le mois fut inhabituellement chaud pour le Finistère. La vie du port était au ralenti mais les chômeurs profitaient de leur temps libre pour venir pêcher dans les bassins déserts au volant de leur R12 increvable. (Lire l'article, voir les photos)

Brest 1982 : la villes, les pauvres, le port (5)

Brest 1982 © Gilles Walusinski

J'ai choisi de montrer ici trois familles. La première est celle d'une maman de deux garçons. Seule avec eux et un imposant berger allemand, la mère me faisait visiter sa cuisine toute neuve. Dans un autre village nous avons visité une famille d'immigrés portugais installés dans une petite maison très modeste. Le père était fier de nous faire voir le garage qu'il avait aménagé près du poulailler et du bout de champ qu'il cultivait. Dans le quartier de Recouvrance, Sylvain Legrand m'accompagna chez un docker au chômage. Trois enfants et leur jeune maman qui me disait avoir trente ans vivaient dans une maison presque insalubre, prêtée par la mairie. (Lire l'article et voir les photos)

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (4)

Brest 1982 © Gilles Walusinski

L'été se terminait. Le soleil avait contredit la grisaille, cliché bien installé dans les mémoires brestoises. Parler des pauvres qu'on baptisait nouveaux pour désigner ceux qui restaient au bord du chemin, nous amena à penser qu'il fallait aussi parler de leurs rêves, de ce qui les extrait de ces quotidiens besogneux. Quoi de mieux qu'un match de foot pour que les hommes se retrouvent. Pas de femme, si une seule que les mecs regardent. Peut-être pour le sac de cacahouètes qu'elle a apportés ? L'équipe de Brest s'appelle l'Armoricaine, le bistro d'en face aussi et c'est par là que tout commence... (Lirel'article et voir les photos)

Brest, 1982 : la ville, les pauvres, le port (3)

Brest, 1982 © Gilles Walusinski

Cette année-là, à Brest, il avait fait chaud. Une fin de semaine que d'aucuns nommeraient week-end, j'avais comme quartier libre ; j'avais décidé d'aller voir les plages alentour, le port et les activités qui pouvaient s'y attarder. Flâner dans Pontanézen, retourner vers les cités qu'on disait de transit, insérées dans les cités d'HLM hâtivement construites dans les années 1960. J'aime particulièrement cette photo d'une mère de famille nombreuse menant d'un pas décidé sa marmaille à la plage. Une photo que mes commanditaires de l'époque trouvaient banale, sans intérêt documentaire. La présence automobile dérangeait l'esthétique en vogue. Nous la regardons différemment, le temps a passé... (Lire l'article et voir les photos)

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (2)

Brest, 1982 © Gilles Walusinski

Le quotidien des « nouveaux pauvres » tels qu'on nommait en 1982 ceux que la société laissait en marge, pouvait se vivre dans ce qu'on nommait cités de transit. Des logements très modestes, d'un confort sommaire, offraient des solutions qu'on souhaitait temporaires à ceux qui en bénéficiaient. La première série de photos que nous avons publiées pouvait donner une idée du paysage brestois, de la présence un peu oppressante de l'industrie de l'armement, l'Arsenal coupant la cité en deux territoires. Nous avons défini plusieurs thèmes qui devaient guider le travail de reportage. D'abord choisir un quartier et son « centre social ». Ce fut Pontanezen, un quartier au nord-est de la ville. Pendant mes temps libres, j'arpentais aussi l'autre rive de La Penfeld, dans le quartier ancien de Pontaniou. (Lire l'article et voir les photos)

Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (1)

Brest, 1982 © Gilles Walusinski

À dix ans d'intervalle, en 1982 et 1992, je me suis rendu à Brest pour honorer deux commandes à l'initiative du ministère de l'Équipement. Deux travaux documentaires, l'un dans le cadre d'une campagne de réhabilitation de logements insalubres, l'autre autour du thème "Le port et la ville". Regarder le travail produit pour ces deux commandes, 37 ans et 28 ans après, permet de s'interroger sur l'évolution sociale, sur son impact sur la ville et peut-être se poser d'autres questions en lien avec l'actualité.  La première séquence que nous publions ici sera la description de la ville de Brest, telle que je la vis en 1982. Suivront sur plusieurs semaines de nouvelles séquences, traitant chacune d'un aspect de la vie de ces mal nantis, qui m'évoquent d'autres situations actuelles non moins alarmantes. (Lire l'article et voir les photos)

Dorothea Lange, retour sur icône

Mère migrante, photo Dorothea Lange, 1936

Mère migrante est une des photos les plus célèbres de Dorothea Lange, et figure en bonne place dans l'exposition que le Musée du Jeu de Paume à Paris consacre à la photographe américaine. Retracer son histoire permet de reposer plusieurs questions fondamentales : sur le statut de la photo documentaire, sur les rapports entre le photographe et son modèle, sur la liberté artistique, sur le copyright, sur le droit d'auteur et sur le droit à l'image. Des questions que Dorothea Lange était loin d'envisager ce jour froid et pluvieux de février 1936 où elle décida d'arrêter sa voiture, sur l'U.S. Route 101, à proximité de la petite ville de Nipomo, entre San Francisco et Los Angeles. (Lire l'article)

Dorothea

Dorothea Lange, Grand-mère mexicaine employée à ramasser des tomates en Californie, 1938

Dorothea, je t'ai connue en 1969 quand j'ai déniché sur un rayon perché d'une librairie maintenant disparue, cédée au luxe parisien, An American Exodus, la réédition que ton mari Paul Schuster Taylor et l'Oakland Museum venaient de publier. C'était peu de temps après ton décès en 1965. Cette photographie d'une grand-mère mexicaine ramassant des tomates date de 1938. Tu l'as faite en Californie mais elle ne figure pas dans la très belle exposition que te consacre le Jeu de Paume jusqu'au 27 janvier 2019 sous le titre « Dorothea Lange, politique du visible ». (Lire l'article)

La der… d’André Walusinski (1915)

André Walusinski par Alfred Soyer. La der des der

Ce 11 novembre 2018 marque un centenaire, cent ans pendant lesquels aucune autre trace que le document officiel de 1920 confirmant le décès d'André Walusinski “à l'ennemi” n'est parvenue, pas même une lettre de poilu qui aurait pu faire de lui quelqu'un d'autre qu'un soldat inconnu. Ses moustaches et sa barbichette rapportées par les photographies d'Alfred Soyer, son beau père sont la seule chose qui nous reste après l'horreur qu'André a dû vivre en 1914 et 1915. Photographies tueuses d'un instant, témoins pour l'éternité de la vie des disparus. (Lire l'article)

Paul

Je n’avais aucune idée de l’adresse de La Briardière, la maison que Paul Strand avait achetée avec Hazel son épouse. Nous avons tourné dans toutes les rues du village quand tout à coup, eu haut d’une côte, je vis un jardin qui ressemblait beaucoup aux photographies de Paul que je connaissais par son livre A Retrospective Monograph. À mon coup de sonnette à l’entrée du jardin, nous vîmes apparaître Hazel Strand, qui nous dit haut et fort que Paul sortait à peine de l’hôpital et qu’il ne voulait voir personne. C’est alors que nous entendîmes crier du premier étage, là où Paul avait fait son atelier, Non Hazel, laisse entrer, j’ai besoin de voir du monde ! (Lire l'article)

Manuel

Manuel Álvarez Bravo, El ensueño

Si l'entomologiste se doit de n'oublier aucun des coléoptères d'une famille pour compléter sa boîte de merveilles, le photographe qui fait de son mur une entomologie photographique se complait à associer les auteurs qu'il aime, qui l'inspirent, dans le choix des tirages accrochés. Quand, en mai 1980, Agathe Gaillard exposait Manuel Álvarez Bravo et son épouse Colette Urbajtel, elle revenait depuis peu de New York où elle était allée rendre visite à André Kertész pour préparer la biographie qu'elle avait décidée d'écrire. En 1978, Manuel et André s'étaient retrouvés aux rencontres d'Arles. Ce n'est donc pas un hasard si Manuel suit André dans les colonnes de délibéré. (Lire l'article)

André

Gilles Walusinski par André Kertész (1982)

C'est un jour de 1983 qu'une enveloppe m'est arrivée de New York. André Kertész m'envoyait le portrait qu'il avait fait l'année précédente, en 1982 sur le balcon de sa chambre d'hôtel, rue Saint Séverin. C'était en hiver et André passait une bonne partie de son temps dans la galerie d'Agathe Gaillard qui l'exposait. Ce n'était pas la première fois que je raccompagnais Kertész de la galerie jusqu'à son hôtel. Nous faisions le trajet bras-dessus bras-dessous à petits pas, André s'arrêtant à toute occasion, me disant regarde cette photo que je ne fais pas. Ce pigeon me le reproche ! (Lire la suite)

Gyula

Brassaï - Les Halles - Dormeurs au petit matin - Paris 1932

J'ai rencontré Brassaï pour la première fois en 1976. Nous étions membres de la même association de photographes qu'on disait alors illustrateurs, ceux qui ne pouvaient prétendre au statut de journaliste, maintenant nommé photojournaliste. Brassaï n'était pas très à l'aise avec les règlements administratifs et l'association l'avait aidé à s'inscrire à la sécurité sociale des auteurs qui venait d'être officiellement créée. L'amitié née de l'entraide associative m'a permis de mieux connaître Brassaï. Le 24 décembre 1978, il m'a offert une photographie dont voici l'histoire... (Lire l'article)

Philip

Philip Heying, Étretat (environs)

Ce paysage des environs d'Étretat c'est le cadeau que tu m'as fait, Philip, à ton départ de Paris en 1997 – je devrais écrire à ton retour aux États-Unis. Un paysage qui tient au mur, côtoyant le marchand de balais de Daniel Barraco et le notaire d'August Sander. Je t'ai connu, Philip Heying, en février 1989, lors de ta première exposition chez Agathe Gaillard. Tu montrais des paysages d'Amérique... (Lire l'article)

Léonie

Léonie, c'est le prénom que je t'ai donné, toi qui avais cessé ton commerce, "l'épicerie générale" sur la place de Monpazier. C'est la photographie de ta maison qui est accrochée sur mon mur et voisine avec une image parente réalisée à la même période, en octobre 1979, par Willy Ronis. Nous avions répondu à une commande publique baptisée 10 photographes pour le Patrimoine. L'histoire de la commande est emblématique d'une politique et d'une époque. (Lire l'article)

Eugène

Si tu es sur mon mur, Eugène, on peut dire que c'est une des conséquences les plus marquantes de mai 68, pour mon mur... C'est bien toi, Eugène, qui as inspiré le titre de cette série abritée par délibéré, et ta photographie est l'œuvre de Nadar, épinglée parmi d'autres regrets de jungle. Eugène Carrière avait cinquante-sept ans le jour où Nadar éclaira les draps blancs de son lit de mort. “S'il est un devoir pénible dans la photographie professionnelle, écrivait Nadar, c'est l'obligée soumission à ces appels funéraires – qui ne se remettent pas...” Le temps a eu raison de ce devoir-là ; peut-être l'évolution des techniques permettra-t-elle bientôt au photographe de se selfier sur son lit de mort. (Lire l'article)

Daniel

Tu ne t'appelles certainement pas Daniel, toi le marchand de balais de Mendoza. Daniel c'est ton photographe, que j'ai rencontré chez Agathe Gaillard, l'amie qui tenait la première galerie réservée à la photographie, ouverte à Paris en 1975. Daniel Barraco est né le 23 janvier 1956 à Mendoza, en Argentine. Le premier travail important, qu'il montre en arrivant à Paris, il l'a baptisé Le truc de perdre l'enfance. Il retourne vivre à Mendoza dans les années 2000. Il s’est remis à dessiner et surtout à écrire. Et il est devenu éditeur. (Lire l'article)

Alice

C'était il y trente ans, Alice, tu étais en haut de la pile. Une pile de tirages photographiques un peu jaunis, une pile d'images sans attrait, un lot de brocante que l'homme vulgaire avait posé là au milieu de couverts, d'assiettes et de bibelots. Trente ans, j'ai oublié où était cette brocante, peut-être à la Bastille, peut-être à la campagne. Mais Alice tu es maintenant sur mon mur. Au-dessus de la pile tu ne pouvais rester, à la merci de celui qui pouvait spéculer, rêver faire un bon coup en te fauchant, pour 5 francs. C'est ce que l'homme vulgaire demandait pour me confier que ta photographie sortait des archives de la police belge. (Lire l'article)

Alfred Soyer, photographe

Septembre 1967, c’est décidé, je veux devenir photographe. Fidèle alliée, ma grand-mère Georgette, encourageant l’affirmation de ma vocation, me propose de rendre visite à son frère Paul, qu’elle voit peu. Paul nous reçoit et me donne une petite valise en cuir noir. C’est, me dit-il, la valise qui contient un appareil de ton arrière grand-père Alfred Soyer, le dernier qu’il avait acheté en 1910, deux ans avant son décès. Avec l'appareil, il y a aussi des plaques de verre, des tirages, des albums. Le tout permettant, à travers la reconstitution d'une histoire familiale, un retour aux sources de la photographie. (Lire l'article)

Roms, ville fermée

10 août 2016 – Marta (6ans) devant une voiture de police venue les chasser de la place Jean-Jaurès. Photo: Gilles Walusinski

C'est par les réseaux sociaux que Juliette Keating et moi-même avons appris le 28 juillet 2016 au soir l'expulsion par la police de treize familles Roms qui habitaient depuis plusieurs années au 250, boulevard de la Boissière à Montreuil. Le lendemain, les familles s'étaient installées devant la mairie. Le 30 juillet la police chassait les Roms de la place de la mairie, puis de la place Anna Politkovskaïa où ils s'étaient réfugiés. C'est à ce moment que commence mon travail de photographe accompagnant quotidiennement les familles pendant quatre mois et demi... (Lire l'article)

Fixer une existence

Ulrike Edschmid, La disparition de Philip S., éditions Piranha, 2015

Venant de sa Suisse natale, Philippe S. arrive à Berlin à la fin de l'été 1967 pour entrer à l'Académie du film. Il a 20 ans, Ulrike Edschmid en a 27, elle vient de se séparer du père de son jeune fils et, parce qu'elle utilise le téléphone mural de l'Académie, croise Philip S. et en tombe amoureuse. La Disparition de Philip S., récit d'un amour qui s'évanouit avec la disparition volontaire d'un homme, tué en mai 1975 par un policier sur un parking d'une banlieue de Cologne, est construit comme un scénario de film alternant le récit de leur aventure commune et les flash-back sur la mort de Philip S., dévoilée dès la première page. Un homme qui écrivait “ne pas vouloir filmer les gens et le monde pour étayer une théorie, ni pour former et défendre une opinion, mais seulement pour fixer leur existence.” (Lire l'article)

Il était dix-huit négatifs…

Pendant plus de quarante ans, Gilles Walusinski a conservé la pochette que lui avait remise son père et qui contenait dix-huit négatifs représentant Trotsky et ses proches au Mexique. Pour lui, ces photos ne sont pas seulement des documents historiques mais une clé qui ouvre sur sa propre histoire, sur celle de son père, Gilbert Walusinski, et de toute une génération de militants révolutionnaires anti-staliniens, regroupés autour du journal La Révolution prolétarienne, animé par Pierre Monatte et Alfred Rosmer. Vieil ami de Trotsky, Rosmer avait prêté en novembre 1938 sa maison de Périgny en région parisienne pour la réunion de fondation de la IVe Internationale. Une maison où Gilles Walusinski enfant a souvent séjourné dans les années cinquante. (Lire l'article)