Feu l’Europe, musée rétrofuturiste au Mucem

La promenade est charmante : des passerelles du Mucem, le passant domine la ville de Marseille. La mer est bleue et les bateaux de plaisance se font de plus en plus nombreux, ce qui ne fait pas oublier comme nous le rappelle une autre passante que de nombreuses personnes vivent sur leur embarcation faute de pouvoir payer leur loyer sur la terre ferme. Nous voici plongés dans l’ambiance de l’exposition-installation-performance du metteur en scène belge Thomas Bellinck. En 2013, il avait fait une première version d’un musée rétrofuturiste sur l’UE. Rattrapé par la réalité, notamment le Brexit et la crise ukrainienne, le metteur en scène a revu sa copie, pour le mieux.

Thomas Bellinck, Domo De Europa Historio En Ekzilo

Loin d’être un eurosceptique, Thomas Bellinck se sert de l’espéranto pour titrer l’installation Domo de Eūropa historio en ekzilo (Maison de l’histoire européenne en exil). L’entrée dans ce musée minable, délaissé, poussiéreux nous fait rencontrer dans le futur notre présent en visitant le passé. De pièce en pièce, en poussant des rideaux en plastique, des vieilles portes bringuebalantes, on se souvient des guerres « civiles » de 14-18 et de 39-45, des libertés fondatrices (libres circulations des marchandises, des services, des capitaux et des personnes), du million de morts lors de la guerre de la décolonisation franco-algérienne, de la chute du rideau de fer en 1989, de la photo de Gorbachev dans une voiture avec son sac Louis Vuitton, jusqu’à réapprendre puisque notre mémoire est courte que Michel Barnier fut président de la Commission européenne de 2019 à 2022.

Thomas Bellinck, Domo De Europa Historio En Ekzilo

On passe par la salle des vieux billets, en l’occurrence l’euro qui fut le « joyau européen », avant de pénétrer dans une baraque pour travailleur migrant sans papier. Notre raison déjà si peu contrôlée vacille. Nous avons donc connu tous ces événements sans nous en inquiéter : en 2016 le refus de la Hongrie d’accueillir des migrants puis en 2019, celui de la Slovaquie, la mer euro-africaine qui fut baptisée « fosse commune méditerranéenne »… jusqu’au retrait de l’Europe des Pays-Bas en 2021 et celui de la France en 2022. On se prend au jeu, tout à la fois en état d’éveil, en état de rébellion et amusés car le musée qui ressemble à tous ceux qui furent abandonnés, comme beaucoup de musées d’histoire naturelle, à ses cachettes pleines d’humour (des plantes vertes hideuses vaguement vivantes ou sous vitrine, Angela Merkel en forme de cendrier…).

Avant de partir pour Bruxelles, devenue la capitale mondiale du lobbyisme (méfions-nous de l’invitation aimable de Thomas Bellinck !), avant que le Monténégro, l’Écosse et la Serbie ne rejoignent l’UE (par prudence, nous ne manquons de les saluer et de leur souhaiter la bienvenue !), avant la régression qui ouvre sur une vague de suicides, nous avons décidé de rester à Marseille, au moins le temps du festival. Quand les nationalismes ressuscitent la violence et le repli identitaire, cette expo nous renseigne.

Marie-Christine Vernay
Expositions

Thomas Bellinck, Domo De Europa Historio En Ekzilo

Domo de Eūropa historio en ekzilo de Thomas Bellinck, au Mucem, jusqu’au 30 juillet.

 

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