J34 – L’opium du peuple
Devant son écran, le supporteur hésite. Soirée électorale ou Lyon-Monaco ? Voire, le clásico Madrid-Barcelone ? Il se sent coupable, la voix de la raison martèle ses arguments. À la différence des précédents, le scrutin est serré, quatre candidats pourraient passer au second tour. D’accord, mais après quatre saisons dominées par le Paris Saint-Germain, la Ligue 1 offre enfin un peu de suspense… Dilemme. Alors, le supporteur décide de zapper d’une chaîne à l’autre, un peu honteux. Le football est l’opium du peuple, et il se sait dépendant… (Lire l’article)
Qu’elle était belle, ma banlieue rouge
Créé en 1960 à Paris, l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA) a conçu des unités de logements sociaux, des théâtres, des piscines, en banlieue. Habitat et culture pour tous, sport populaire, engagement politique, cette coopérative de jeunes concepteurs, oubliée, ressort de ses bétons bruts, dans une exposition à la Cité de l’architecture. Quel est le legs de ces ravaleurs du modernisme, critiques des Grands Ensembles, inventeurs de la pluridisciplinarité et du paysage urbain, qui se sont auto-dissous en 1985 ? (Lire la suite)
Doggerland, beau comme la météo marine
Doggerland dure soixante siècles, vingt-deux ans et quarante-huit heures. Temps géologique et temps des amours humaines. Écriture de haute précision avec souffle poétique, aventure prométhéenne, rêverie insulaire : on embarque. (Lire l’article)
Ex Machina #30: Le petit monde de Delta
Galois nous suggéra de faire participer Sima à ce projet. Très impressionné par le Songe d’Everett, il nous fit joliment valoir que “l’artiste doit justement concilier la complexité de ses mondes intérieurs avec la finitude des moyens à sa disposition pour les donner à voir”.
Diaghilev groupie
Il est difficile de croire que la première du Sacre du printemps, en 1913, a été contemporaine du travail d’élaboration des Femmes de bonne humeur, comédie de Carlo Goldoni muée en opéra-ballet par Serge Diaghilev en 1916. C’était à la fois le sacre de Stravinsky et celui de Scarlatti. Car Diaghilev, qui voulait une musique pré-romantique, était un inconditionnel de Domenico, dont il choisit 22 sonates qu’il fit, à sa façon habituelle, orchestrer. Curieuse idée que de “mélodiser” des sonates par nature “a-mélodiques” ! Mais il fallait bien que les danseurs aient du grain à moudre… (Lire l’article)
Ni vu, ni connu
Nous en savons à présent un peu plus sur les évènements qui avaient conduit cet hiver Mgr...
Stratagèmes pour un écrin de parfums
On attend les effluves du printemps, les remugles métalliques des particules fines nous gratouillent les narines. Voilà de bons arguments pour exciter nos papilles olfactives dans un énorme flacon lumineux de fragrances. Le Grand Musée duParfum parisien, grâce à un dispositif scénographique et un design astucieux, remet le nez au centre de notre corps, entre chimie et art. Inspirons fort, pour capter un patrimoine historique invisible, et nos propres émois de senteurs. Le lieu pose une question, et la résout assez bien : comment crée-t-on un tel musée, sans œuvres solides, avec une matière si volatile ? (Lire l’article)
Le cabézon serpentin
Il se distingue des autres capitonidae par une longue queue préhensile dont il se sert pour se balancer sous les branches. Elle lui est aussi utile en vol, pour éloigner les prédateurs. C’est le seul oiseau doté de ce genre de queue.
Spirituel, fantasque et rabelaisien
Heinrich Kley est à présent reconnu. Quelques mois seulement après la publication de ses...
J21 – La ligne Maginot au pouvoir
Cette saison, la Ligue 1 peut s’enorgueillir du meilleur dribbleur d’Europe, loin devant les Barcelonais Neymar et Lionel Messi : Hatem Ben Arfa. Seulement voilà, c’est un astre solitaire, une étoile filante sur un ciel immobile, et sa réaction après la difficile victoire de Nice face à Angers pourrait s’appliquer à l’ensemble du championnat : comment peut-on prendre du plaisir à jouer aussi défensif ? À l’heure où la Ligue prône le spectacle, on peut s’étonner de cette tendance défensive du football français, et y chercher des explications complexes. Pourtant, une seule suffit : les chiens ne font pas des chats. (Lire l’article)
Triangulation
À Arles, la Fabrique des Traducteurs a pour objectif de donner à de jeunes traducteurs en début de carrière l’occasion de travailler avec des traducteurs expérimentés et de mieux connaître le paysage de la traduction et de l’édition. Exemple de problème auquel fut confronté un traducteur mexicain lorsqu’un éditeur lui demanda de traduire The Lost City of the Monkey God, de Douglas Preston, en espagnol “neutre”. (Lire l’article)
Murs
Des bruits dans la tête, de Drago Jancar. L’histoire d’une prison. L’allégorie de la servitude. Un homme qui se révolte, d’autres qui ne veulent que suivre ou profiter en oubliant que, si la richesse de l’autre lui est ôtée – liberté, rêves, famille, maison, argent – jamais elle ne sera partagée. La puissance de l’ordre partout. Vies, rêves et poumons piétinés dans le sable. Et pourtant. Toujours, l’homme revient. L’absence de perspectives communes dit-on ? Idée fausse ! Cette défaite supposée est une chimère à repousser comme une araignée noire. (Lire l’article)
Réchauffement climatique
La station des Trois Alpes prévoit d’installer des terrains de Beach Volley sur le glacier d’Argentière. Le sable, ainsi que tous les éléments nécessaires y seront acheminés par hélicoptère. On imagine aisément le succès que va rencontrer une telle initiative.
1685
Händel, Bach, Scarlatti : tel est l’ordre (février, mars, octobre) dans lequel sont apparus ces trois bébés prometteurs en l’an de grâce 1685. Une bonne année : ils eurent tous trois ce pouvoir magique de nous envoyer en l’air — ou de nous réduire à l’état de serpillère — avec trois notes ! S’il fallait les résumer d’un mot, le premier serait un musicien de cour, le deuxième un musicien d’église et le troisième un anarchiste. Mais derrière le Water Music de Händel et ses multiples opéras se cachent d’admirables Suites pour clavier, comme veillent, derrière les cantates et les grandioses Passions de Bach, les fascinantes variations Goldberg. (Lire l’article)
Emmanuelle Richard, pour ceux qui traversent beaucoup la rue
À Emmanuel Macron, une success story enragée d’Emmanuelle Richard qui n’a pas attendu la présidentielle admonestation pour traverser les rues. Pas le choix, à vrai dire. Ainsi le premier magistrat de France pourra-t-il remédier à sa coupable désinvolture et apprendre qu’il faut toujours regarder à gauche avant de traverser.
J5 – D’un Z qui veut dire…
La célébration du but n’exprime pas seulement le bonheur de l’objectif atteint. La célébration, c’est l’affirmation de l’individu dans le sport collectif. Les censeurs moraux condamnent ce coup de force : en se mettant en scène, le buteur accapare le but, se l’approprie, nie sa dimension collective. Soit, mais d’autres concèderont que l’affirmation d’une personnalité propre manque dans ce sport aseptisé. La célébration du but, c’est un acte de rébellion. Le buteur marque sa différence, il retire son maillot pour rejeter le mot d’ordre du “tous semblables”, l’uniforme qui dit l’uniformisation. (Lire l’article)
J24/25 – Tragédie en trois actes
Dimanche, le stade Vélodrome fut pendant quatre-vingt-quatorze minutes le théâtre d’une tragédie des plus classiques, respectant unité de lieu, unité de temps, et l’unité d’action d’une intrigue simple : la vaine lutte d’un club aspirant à retrouver sa gloire passée contre des forces implacables incarnées par un club rival, plus talentueux et plus expérimenté. Rien ne manque à la tragédie : le héros refusant d’abdiquer face au destin (Cabella), le chœur (les supporters), le titan (Zlatan), le deus ex machina (une erreur d’arbitrage) et les dieux du stade (le PSG). Le tout en trois actes. (Lire l’article)
Midnight Spécial, de l’enfance comme consolation
Quand la SF tourne au road movie dépressif : un père s’enfuit avec son fils Aton, doué d’une aura paranormale, avant un mystérieux rendez-vous donné par des forces invisibles. Drame de la paternité, Midnight Special de Jeff Nichols met en scène “l’enfant prodige” comme un mystère – et d’abord pour ses parents –, ses transes spectaculaires et ses ressorts internes comme autant d’énigmes quantiques. C’est qu’ici notre univers tout entier est un mystère, une nuit noire où nos existences filent comme un bolide roulant tout phare éteint. Au milieu de tant d’obscurité, le regard d’Aton illumine les adultes, soudain touchés par la grâce d’une tendresse infinie… (Lire l’article)


















