et le 17 novembre 1925, pensant peut-être par-là attirer sur son fils nouveau-né la gloire dont il avait rêvé pour lui-même, Thomas Shelley, hôtelier londonien enrichi, convainquit sa jeune épouse, Ann Godwin, de donner à l’enfant les mêmes prénoms que le fameux poète Shelley, Percy Bysshe. Il éduqua son fils dans l’amour des arts et des lettres, et l’entretint dans la vague illusion qu’il avait pu être l’auteur, dans une vie antérieure, des grands poèmes qu’il lui lisait le soir, avant le coucher. A vingt-et-un ans, Percy Bysshe Shelley entreprit des démarches pour faire reconnaître officiellement le pseudonyme de Derrick Plant qui fut dès lors l’identité sous laquelle il vécut, principalement à Rome où il s’occupa de l’exportation de vins italiens vers la Grande Bretagne. Il se donna la mort dans son appartement du quartier Tridente, sans laisser de descendance ni de veuve et fut enterré au Cimitero Acattolico, à quelques mètres de la tombe du poète Shelley. On trouva chez lui des dizaines de manuscrits dactylographiés et sommairement reliés, empilés sur son bureau où figurait sous enveloppe un testament qui faisait d’un certain Felice Carlo di Portaluce son légataire universel. J’en extrais ces quelques lignes : « et avec une conscience égale de mon excellence et de ma nullité, je te remets la somme de mes écrits ; c’est le produit d’années d’un travail quotidien obstiné, vital, conduit en silence et sous le radar des genres littéraires ; une réflexion polymorphe sur la relation de l’écriture à la vie, à la mort, à l’épiphanie et à l’effacement du monde ; c’est la trace d’un passage, une coulée dans le bush du temps ; c’est encore vingt kilos de papier imprimé et des dizaines de fichiers numériques ; fais-en ce que tu voudras, peu m’importe : toute ma vie je me suis efforcé en vain de parvenir à l’indifférence à disparaître, de la mort j’attends qu’elle m’y donne enfin accès ». Y figurait aussi l’épitaphe qu’il souhaitait qu’on gravât sur sa tombe :
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