Résistances

si rien ne se dit plus pas un mot
qui ne soit poursuivi traqué frappé d’opprobre de censure
et que la langue penche désolée
sur son squelette
le poème alors est un plaisir de bouche qu’on le mâche le
bave le crache
le morsure suçotement
se le passe avec la langue entre les dents
le tète le pourlèche
et le vomisse de
soulagement

(il faisait chaque jour l’expérience de la pauvreté de sa langue et de sa pensée, demeurant interdit devant sa page jusqu’à ce qu’il y vît  surgir des diables de la taille des lettres de l’alphabet, comme crachés par la blancheur et dansant un instant sous ses yeux, noirs, insensés,  insaisissables, puis disparaissant et le laissant à nouveau face au jour rectangulaire avec ses quelques mots, les mêmes, maigre avoir, et de cette expérience dont d’autres auraient pleuré la cruauté ou se seraient à cris de justice indignés qu’elle fût leur lot, il se réjouissait comme d’une aubaine, une poignée de grains, une fraîche éclaboussure, la giclée parfumée du jus d’une prune mûre, un rire d’enfant, y célébrant la vie coriace et inopinée, folâtre et lumineuse passagère)

Résistances © Frédéric Teillard - Microscopies

Frédéric Teillard
Microscopies