Sauvons les mers, les océans

elle me tenait le bras la vie
la main posée sur l’alpaga vert de mon costume
en un geste qu’on ne voit plus
qu’au cinéma
nous allions côte à côte la vie
et moi
qui craignais parfois
qu’elle me quitte

 

 

 
 
plus rien ne m’en impose que
la gaité

j’avais le souffle bref, le cœur fêlé, le dos décidément tourné au carrousel des exhibitionnismes poétiques où l’on changeait à chaque tour de cheval de bois, je veillais avec minutie à ce qu’aucune partie de moi n’abdiquât, fût-ce à mon insu, l’usage du monde, et ce que j’appelais le monde c’était le ciel que je voyais de la Terre et l’inverse et même l’intenable moucheron que j’écrasai sur ma feuille et dont le corps fit à mon alphabet une lettre supplémentaire qui se prononçait toi, tu es mort et moi, vivant

Photographie. Sauvons les mers, les océans © Frédéric Teillard

Frédéric Teillard
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