Adultère

Les mots de notre quotidien, anodins ou loufoques, parfois nous font de loin un petit clin d’œil, pour nous inviter à aller y voir de plus près. Mot à mot, une chronique pour suivre à la trace nos mots et leurs pérégrinations imaginaires.

Comment définir l’adultère, sans donner dans le sermon (c’est MAAAL) et sans tomber dans la complaisance (c’est BOOON) ? Car il n’y a aucun doute, la définition du mot va et vient selon les mentalités, les codes moraux et les époques. Alors, aujourd’hui, quelle est l’acception, disons socialement majoritaire, du concept ?

Par curiosité, et, avouons-le, un peu par paresse, j’ouvre un moteur de recherche et me mets en devoir de  taper « adultère ». J’en suis à peine à « adultè » que je me vois proposer, histoire de me faciliter la tâche, toute une série de possibilités: adultère-adulte-adulte surdoué.  

Voilà, ce sont là, dans l’ordre, les mots commençant par « adult… » les plus tapés par les internautes curieux qui cherchent à se documenter.

Mais c’est fabuleux !

J’adooooore !! Je tiens d’emblée ma définition.

Car oui, Google, cet inconscient collectif, caisse de résonnance intergalactique de toutes les questions et préoccupations métaphysiques de notre société, vient de me révéler le sens véritable de la chose !

L’adultère, d’abord, c’est une affaire d’adultes. C’est-à-dire qu’il faut en premier avoir prononcé des vœux, avoir donné dans le sérieux, sinon, ce n’est pas un adultère, c’est une aventure tout ce qu’il y a de légitime. L’adultère ne se comprend pas hors du mariage : c’est juste le revers de la médaille. Ça tombe sous le sens : la condition sine qua non pour être cocu/cocue, c’est d’être marié/mariée.

Ensuite, il faut être sourdoué. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est Google qui le dit. Surdoué, surdoué… Est-ce que ça a à voir avec du surdimensionné ? J’entends, au sens premier, bien membré, quoi. Ou alors est-ce que ça signifie qu’il faut être doté d’un talent peu ordinaire pour ne pas se faire pincer ? Les deux, sans doute. Au physique comme au mental, l’époux ou l’épouse adultère dépasse le commun des mortels : un seul partenaire ne lui suffit pas, il est au-dessus de ça, et, de plus, il sait s’y prendre : manœuvrer, mentir, manipuler, blablater. Notez que cela se résume à savoir utiliser comme il se doit-ou comme il ne se doit pas- sa main : je manœuvre, je manipule, et sa langue : je mens, je baratine.

Moralité : la main et la langue sont les instruments privilégiés de l’adultère. Comme quoi, Google est sacrément fort : sans en voir l’air, sans même que j’aie lu la moindre ébauche de définition, il vient de taper dans le mille et de me servir une grande vérité sur l’adultère qui, il faut le reconnaître, transcende les âges et les époques.

Je me relis et, oui, ça se tient.

Ah mais non : il y a une faute de frappe au début. Mon doigt a dû glisser, l’index ou le majeur (j’ai du mal sur le clavier avec les autres) et j’ai tapé sourdoué au lieu de surdoué.

Minute, minute, c’est trop facile la faute de frappe ! La faute de frappe n’existe pas, c’est mon inconscient qui a quelque chose à me dire…

Mais oui voyons ! car avec mon lapsus, exit surdoué ! l’infidèle se retrouve au contraire dans la catégorie des handicapés, sourd qu’il est aux impératifs de la morale, des serments et de l’amour conjugal, et, par la même occasion, au lieu d’être au-dessus, il est en-dessous de tout.

Voilà comment ma petite conscience individuelle et mon index accusateur sont venus obligeamment remettre de l’ordre dans le gouffre de l’inconscient globalisé.

Jacqueline Phocas Sabbah
Mot à mot

“Nuit de noces” (1904), vaudeville d’Henri Kéroul et Albert Barré.