J3 – “Jésus revient, Jésus revient”
Le football aime les retours. Le supporteur y voit renforcée sa foi dans le club et la fidélité comme vertu théologale de son rapport au monde. Que d’anciens joueurs ou entraîneurs y reviennent confirme que le club est l’alma mater, la maison de famille, le cimetière des éléphants où le supporteur aussi aura droit au repos un jour, parmi les siens. Pareils à Ulysse après l’odyssée d’une carrière itinérante, certains joueurs retrouvent Ithaque, comme Rod Fanni qui vient de résilier son contrat avec la formation qatarie d’Al Arabi pour s’engager avec Marseille, où il a joué de 2010 à 2015. Cependant, il en est un qui ne revient jamais : le messie. (Lire l’article)
Jérôme Baschet pour un gouvernement victime d’hyperactivisme frénétique et d’étouffement présentiste
Parce qu’une “sortie du présentisme” est possible, parce que “sortir du présentisme, c’est aussi et avant tout rouvrir le futur”, nous recommandons l’ingurgitation par tous les adhérents à La République en Marche ainsi qu’à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, s’y sont frottés, l’ingestion complète de l’ouvrage de Jérôme Baschet, Défaire la tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits, qui, nous l’espérons, pourra percer une brèche, fût-elle modeste, fût-elle lointaine, dans notre avenir un peu bouché. (Lire l’article)
Chauffe Marcel
L’unique mention de Scarlatti dans La Recherche se trouve dans le récit d’une partie de musique (Sodome et Gomorrhe), où le pianiste joue quelques morceaux à la demande des invités : Mme de Cambremer “venait de découvrir un cahier de Scarlatti et elle s’était jetée dessus avec une impulsion d’hystérique. […] Et pourtant de cet auteur longtemps dédaigné, promu depuis peu aux plus grands honneurs, ce qu’elle élisait, dans son impatience fébrile, c’était un de ces morceaux qui vous ont si souvent empêché de dormir et qu’une élève sans pitié recommence indéfiniment à l’étage contigu au vôtre.” Proust serait-il passé à côté de Scarlatti ? Au fond, ce n’est pas lorsque Proust évoque Scarlatti qu’il est le plus scarlattien. (Lire l’article)
Loue charmante studette, vue imprenable, prix d’équilibre
Une réalité, même si elle peut s’expliquer mathématiquement, n’est pas justifiée politiquement ou moralement de ce fait. Est-il, par exemple, moralement juste ou socialement gérable qu’un 10m² se loue 450€ à Paris ? On est en droit de considérer que non, et ce même si ce prix est un prix d’équilibre sur un marché parfait. Comme l’explique André Comte-Sponville, subordonner la politique ou la morale à la technique, c’est une forme de confusion des ordres (qu’il appelle en l’occurrence de la barbarie). À l’inverse, nier les maths au nom de la morale serait une autre forme de confusion des ordres. (Lire l’article)
Éternité incompressible
Donald Trump ayant affirmé sans rire, peu après sa séance de piercing à l’oreille droite,...
Paroles et musique
Mémoires d’un traducteur de chansons (ou d’un homme à tout faire) : au début des années 1980, en pleine Movida, l’Espagne était à la mode et beaucoup s’imaginaient, en France, qu’il serait intéressant – et juteux – de conquérir ce marché. C’était à qui sortirait son disque en espagnol avec la french touch, de toute urgence. L’occasion de parler ici de musique, de métrique, de sémantique et de phonétique. (Lire l’article)
Le sens de l’équilibre
En lisière des platanes de l’île Piot, des chapiteaux, petits et grands : c’est la Région Occitanie qui fait son cirque en Avignon et les deux formes dont il est question ici rappellent s’il est nécessaire qu’il ne faut pas confondre tourner rond et tourner en rond : Dad is Dead (Mathieu Ma Fille Foundation) et Un Soir chez Boris (solo de cirque sous yourte d’Olivier Debelhoir et Pierre Déaux), ça continue après Avignon… (Lire l’article)
L’Amérique m’inquiète
L’Amérique m’inquiète est le joli titre d’un recueil de chroniques que Jean-Paul Dubois écrivit pour L’Obs dans les années 90. Mais cette Amérique, on la connaît mal. Deux films américains actuellement sur les écrans permettent de mieux sonder ces abysses, pour autant qu’on les regarde comme des métaphores. Deux films qui n’avaient probablement pas pour projet initial de radiographier l’Amérique : Logan Lucky, de Steven Soderbergh, et Le Musée des merveilles, de Todd Haynes. (Lire l’article)
L’échelle
Gregg Ellis, Séries photographiques. Saison 2, épisode 9
Álvaro Enrigue, pour les joueurs et fans de tennis déprimés
Aux joueur et spectateurs de tennis abattus par les scandales de dopage et de matchs truqués, il convient de prescrire la lecture de l’ouvrage du Mexicain Álvaro Enrigue, Mort subite, récemment publié en France aux éditions Buchet-Castel et traduit en français par Serge Mestre. Il y est question d’un curieux match de tennis opposant, le 4 octobre 1599, un poète espagnol à un jeune artiste de Rome : Francisco de Quevedo et Le Caravage, excusez du peu, assommés l’un comme l’autre par une gueule de bois monstrueuse qui ne les empêchera pas de jouer leurs trois sets. Quevedo à Rome face au Caravage ? Parfaitement.
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Patrice Kirchhofer, mort d’un cinéaste radical
Patrice Kirchhofer, un des cinéastes français les plus singuliers, réalisateur d’une vingtaine de films expérimentaux depuis les années 1970, est mort le 20 août dernier. Un hommage lui sera rendu le 10 septembre. Y seront projetés trois films rarissimes.
Ça dégomme à Uzès
Julian Hetzel, performeur, musicien et artiste visuel né en Allemagne, actuellement basé à Utrecht (Pays-Bas) et associé au CAMPO de Gand en Belgique, présente The Automated Sniper, un spectacle qui tire sur tout ce qui ose encore bouger. Dans cette chasse à l’homme, les interprètes vont vite réaliser qu’ils sont des cibles, tandis que deux spectateurs deviennent des tueurs. Un jeu terrible et sacrément bien foutu. (Lire l’article)
Du Lambeau, de Philippe Lançon
Comment trouver l’envie et la force d’écrire lorsque votre corps vous trahit et que l’angoisse vous ronge ? Comment, à l’hôpital, avoir encore l’humour, la poésie, l’élégance et la lucidité que nécessite un travail d’écriture ? Très peu d’auteurs sont parvenus à nous renseigner vraiment sur le monde depuis leur lit de souffrance et d’inquiétude, sous les néons tristes, parmi les infirmières pressées ou empressées. Et bien moins encore ont réussi à faire de cette expérience le catalyseur d’une littérature plus puissante, une littérature des limites. Avec Le Lambeau, Philippe Lançon vient d’entrer dans ce club terrible dont les membres ne se comptent probablement que sur les doigts d’une ou deux mains. (Lire l’article)
Une miniature en audio-description
On a déjà vu des spectacles en audio-description même s’ils demeurent trop rares. Mais jamais...
Brest 1982 : la ville, les pauvres, le port (4)
L’été se terminait. Le soleil avait contredit la grisaille, cliché bien installé dans les mémoires brestoises. Parler des pauvres qu’on baptisait nouveaux pour désigner ceux qui restaient au bord du chemin, nous amena à penser qu’il fallait aussi parler de leurs rêves, de ce qui les extrait de ces quotidiens besogneux. Quoi de mieux qu’un match de foot…
L’Ukraine entre crainte et tremblement
Paru en 2019, L’Ukraine, une histoire entre deux destins de Pierre Lorrain permet de mieux comprendre le passé complexe d’un pays pour lequel le droit à exister n’est jamais allé de soi.
Féminismes, l’auto-défense au quotidien
Pour l’auto-défense féministe, Princesa, Feu! Abécédaire des féminismes présents: trois livres abordant la question de l’auto-défense des femmes contre les violences sexistes et sexuelles.
Ivo van Hove, miroirs troubles
Coup de vieux dans la cour du Lycée Saint-Joseph à Avignon. Le metteur en scène Ivo van Hove adapte Vieilles gens et choses qui passent, un roman de Louis Couperus (1863-1923), figure des lettres néerlandaises. Costumes noirs et lumières sombres, l’obscurité règne sur les cœurs et les consciences, comme si le trio de vieillards qui mène cette drôle de danse avait contaminé les générations suivantes, les entraînant avec eux, quel que soit leur âge, aux portes de la mort. Vies malheureuses, gâchées, ralenties, le temps qui passe est du temps qui pèse et l’horloge qui bat au centre de la scène évoque moins le compte à rebours que la malédiction éternelle. (Lire l’article)


















