Cookies

Les mots de notre quotidien, anodins ou loufoques, parfois nous font de loin un petit clin d’œil, pour nous inviter à aller y voir de plus près. Mot à mot, une chronique pour suivre à la trace nos mots et leurs pérégrinations imaginaires.

Les cookies, c’est de saison. Il fait froid, Noël approche : tous aux fourneaux !

Bon, pour être parfaitement honnête : il fait froid, Noël approche : tous sur Internet !

Et qui trouve-t-on, je vous le demande, sur les sites d’achat — même si on ne veut rien acheter — ou sur les sites d’information, qui trouve-t-on là, à nous attendre, avec leur petite gueule enfarinée ? Les cookies !!!

Braves petits cookies tout ronds tout mignons…

Mais pourquoi cookies ? Quel rapport avec la farine ?

Va pour le cookie aux pépites de chocolat : cook, cake, en gros c’est notre biscuit. Jusque là tout va bien. Mais le passage à l’informatique ne va pas de soi. D’abord et concrètement, qu’est-ce qu’un cookie sur le Net ?

Les cookies sont de petits fichiers qui sont insérés sur votre ordinateur par le site web, l’application que vous utilisez ou par la publicité que vous affichez. Ces fichiers vont enregistrer des informations vous concernant : un pseudo, votre âge, certaines habitudes de navigation… (La phrase est reprise en chœur sur de nombreux sites.)

Donc, grosso modo, c’est un traceur. Il exfiltre mes données, les mouline, les croise et crée, comme par magie, le profil du consommateur en puissance que je suis.

Je consulte un site : BIM

Je clique sur une publicité : BOUM

J’utilise une appli : BAM

Grâce à cette multitude de petites données glanées ici et là, on peut désormais me harceler en toute légalité, me proposer, par l’intermédiaire de pop-up intempestifs et d’offres alléchantes, une multitude de produits qui pourraient m’intéresser. Bref, ce dont, sans le savoir, j’ai toujours intimement rêvé.

Le pire, bien sûr, est que j’ai donné mon autorisation. Bien obligée. J’ai pourtant essayé, comme tout le monde, de passer entre les mailles, mais l’implacable logique de la machine a toujours fini par me coincer.

Je me dis que c’est moi qui paye, donc je les tiens, je peux faire ma mauvaise tête et envoyer bouler leurs cookies ! C’est sans compter sur le mélange d’impuissance et d’avidité consommatrice qui me saisit lorsque la page que je veux consulter disparaît sous le bandeau Accepter les cookies qui peu à peu, irrémédiablement, grignote l’écran… Que faire, que faire ? Voilà qu’on me propose de gérer mes préférences !

Malheureuse, regarde mieux : tu n’as que deux choix : en savoir plus (trois pages de politique de confidentialité) ou tout accepter ! En désespoir de cause, grinçant des dents de rage, j’ouvre la porte aux cookies

Mais pourquoi cookies ?

Continuons à nous promener sur le Net… Voilà un site dont le nom me plaît bien : Le détective des mots. À mi-chemin entre le dictionnaire et le forum, on y trouve même une rubrique « enquête privée », où l’on nous dévoile l’origine et le sens de divers termes et formules. On y apprend par exemple pourquoi et comment une femme est qualifiée de bombe. Une première enquête est consacrée à l’étymologie du mot anglais ultracrepidarianism, la suivante à testicule.

Bref, je vais bien pouvoir y trouver réponse à ma question. Ah voilà ! Il y est dit qu’on avait d’abord pensé, en français à des termes comme traceur, témoin, mouchard… On comprend sans peine qu’on ait gardé cookie. Si on remonte à la source, pour le terme anglais lui-même, eh bien… c’est incertain. Les internautes y vont de leur avis et de leurs explications (on frise l’ultracrépidarianism) : pour certains, c’est comme dans le conte Hansel et Gretel, on dit cookies parce que l’internaute sème derrière lui, telles des miettes, des indices de son passage, qui permettront ensuite de le suivre à la trace. Pour d’autres, l’origine de l’expression se trouve dans les fortune cookies… Je lance une rapide recherche… Ce sont des pâtisseries venues de Chine et contenant, telle une fève, de minuscules bandelettes de papier où sont écrites des maximes ou des prédictions censées nous concerner.

Je ne suis pas très avancée.

Mais que se passe-t-il ? Horreur, malheur !!! Je suis assaillie par des recettes de cakes en tout genre, Marmiton me harcèle, les restaurants chinois se bousculent pour me livrer des plats, m’appellent par mon prénom, me tutoient !!

J’entreprends de clore au plus vite ma navigation mais là, juste à ce moment-là, une image que je ne décrirai pas s’affiche sur mon écran…

J’avoue, j’ai craqué, mea culpa, mea maxima culpa, j’ai cliqué, un peu plus tôt, sur testicules… Les cookies, qui m’avaient à l’œil, évidemment, frétillent à présent, les bougres, ils ne vont plus me lâcher !

Mais enfin, je me demande, quel profil, quelle image peuvent-ils bien, avec tout ça, avoir de ma personne ?

Une ménagère aimant la pâtisserie, lexicologue à ses heures, et vaguement salace ?

Attends, attends… je tiens ma revanche… Hop, hop hop, je retourne en arrière et clique sur bombe

Ahaha !! C’est la panique chez les cookies !

Et BIM vas-y, profile-moi maintenant !

Jacqueline Phocas Sabbah
Mot à mot